LA MÈRE G IL LIN
Le v'ià sans doute stilà, dont nous a parlé notre homme.
BABET
Ah ! maman , qu'il est laid.
LA. MÈRE GILLIN.
Tais-toi donc, petite fille; est-ce que, quand on a une belle place, on n'est pas toujours beau? Abordons le citoyen.
COURANTIN, sans regarder.
Qu'est-ce que c'est ?
BABET, à la mère Gillin.
Ah! maman, quelle voix!
LA MÈRE GILLIN.
Tais-toi donc. Citoyen , nous venons vous demander une grâce.
COURANTIN.
Ça ne .se peut pas. Sans doute, pour faire sortiiquelqu'un de prison; morbleu, il n'y aurait qu'à écouler toutes ces femelles, il n'y aurait jamais de coupable : Cest mon époux , un lionnêle homme , je vous t'ii réponds ; f ai trois enfants, lui seul nous nourrit ; c'est un bon citoyen. Une auti-e : Cest mon père ^ cest
un vieillard iiifirme, je ne demande qu'à le suivre. Oh! si je n'étais en garde contre toutes ces pleurnicheries , je ferais de belles affaires. Vous aurez beau pleurer, vous ne m'attendrirez pas, j'ai le cœur plus dur que du fer. Si c'est pour suivre vos maris en prison, à la bonne heure; je fais entrer tant qu'on veut, mais je ne fais jamais sortir.
LA MÈRE GILLIN.
INIais, citoyen, il ne s'agit pas de cela; je viens vous de^iander la permission d'accompagner les suspects, quand" ils partiront pour Paris, et d'y mener ma fille.
cou RAJN^TIX.
Est-ce que votre mari est suspect?
LA MÈRE GILLIIV, gaiement,
Oui, citoyen.
E A B E T , gaiement.
Et mon amoureux l'est aussi.
Diable î vous dites ça bien gaiement.
LA MÈRE GILLIN.
C'est qu'on dit qu'il y a bien de l'honneur à être
suspect.
COURANTIN.
Que diable dit-elle donc ? Mais j'aperçois sans doute le troupeau d'imbécilles qui composent cette commune. Prenons notre dignité.