PRÉFACE. XXXV
n'ont point vu Mademoiselle Mars, l'exjDrcssion de sa belle physionomie, sa grâce toujours nouvelle, son accent si pur et si mélodieux? — Mais je dirai, par exemple, et Ton me comprendra, qu'un secret instinct lui fait deviner la pensée de l'auteur. J'ajouterai que, dès l'instant qu'elle se charge d'un caractère, elle en a compris toutes les nuances et tous les effets ; et que , sans travail et sans efforts, elle se trouve avoir atteint la perfection. — Ah ! combien est pénible l'adieu que je suis forcé de faire à l'aimable interprète de mes plus heureuses pensées ! Quand je songe que , dans trois grandes comédies , je pouvais m'appuyer encore de son rare talent, je ne puis que maudire la destinée qui la prive de nouveaux succès dont j'aurais peutêtre partagé la gloire.
Arrivé à cet âge où l'imagination se refroidit, où l'on ne trouve plus dans son cœur cette chaleur et ce désir du travail qui peuvent faire prédire \\u triomphe , ce n'est pas sans un secret plaisir que je vais passer en revue les travaux de toute ma vie. Si mon goût plus épuré par l'expérience me fait apercevoir les défauts de telle ou telle comédie, ma mémoire m'offrira, comme un dédommagement, le plaisir que m'a fait son succès. Je |)uis
xxxvi PREFACE.
nie comparer an nautonnier qui, de retour clans ses foyers, relit le journal de ses voyages. S'il tremble encore au souvenir des tempêtes qui l'accueillirent dans de lointains climats, il sourit à l'idée d'avoir trouvé dans ses talents les moyens d'en triompher. — Comme le nautonnier, je compte aussi des naufrages ; mais lorsque je songe à la multitude des dangers que j'ai voulu courir, je ne puis que rendre grâce au destin de m'avoir fait échapper à mes nombreuses témérités. Ah! si, comme les poètes anciens, il m'était permis d'élever un monument à mon dieu protecteur, j'appendrais aux murs du Théâtre-Français une lyre plus d'une fois com'onnée, et j'inscrirais au-dessous :
AU PtBLIC l'auteur RECONNAISSANT.
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