SCENE II. -^.Sij
je ne peux pas souffrir les domestiques qui ne rapportent jamais juste, et qui parlent à tort et à travers de leurs maîtres. D'abord, je leur dirai qu'Antoine Kerlebon s'est noyé dans l'eau , par une tempête causée par un naufrage, poursuivi par des Anglais; c'est clair. Puis, j'ajouterai qu'il n'est pas bâtard, parce qu'il a des parents; que la grosse dame, qu'ils n'aiment point, est sa belle-sœur, quoiqu'elle ne soit ni belle ni bonne ; que le neveu Henri en conte à la cousine Sopbie, qui est très-tendre de son naturel, et qu'on ne sait pas trop comment ça finira; que l'autre neveu, monsieur Duperron, est un fort honnête homme, qui a fait sa fortune en six mois, tandis que des honnêtes gens, d'une autre espèce, ont bien de la peine à la faire en trente ans; qu'on n'attend plus que le frère Jacques Kerlebon qui arrive, dit-on, très-gaîment, pour partager l'héritage de son frère : et puis après , selon l'usage, tous les parents s'en retourneront chez eux les poches et les mains pleines. J'espère que voilà un rapport bien juste; on ne dira pas qu'il y a de la médisance. Je sais que, dans notre petite ville de Landernau, en voilà au moins pour huit jours de conversation. Toutes nos commères vont arranger cela à leur manière; mais, s'ils inventent, ce n'est pas ma faute; je me pique d'être exact, fidèle, et sur-tout point bavard.
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