SCENE I
lUTES.
lih l)ieii ! que léponds-tu à cela ?
ALAIIV.
Rien. Je ne sais pas leurs histoires, et c'est fort désagréable ; car enfin un bon domestique qui aime son étal, doit savoir tout ce qui se passe dans la maison où il se trouve placé. Il faut qu'il puisse dire à tous les voisins : «Monsieur a fait ci, madame a fait ça; « ceci a déplu à monsieur, mais ceci plaisait à ma- « dame.» Si l'on n'est pas ainsi au courant des affaires, on passe pour un imbécille; et, Dieu merci, je ne le suis pas.
JULES , à part.
Sa naïveté me fait rire [Haut.) Et que veux-tu donc savoir ? ^
ALAIN
D'abord, quelle est cette grosse dame qu'on appelle Tnadame de Kerlebon ?
JULES
C'est la belle-sœur de défunt mon maître.
ALAIN
Vous êtes bien poli de l'appeler belle. Et pourquoi le mari n'est-il pas venu hériter ?
JULES
Parce qu'il est mort.
ALAIN
Voilh une bonne raison. Qu'est-ce que c'est que cette petite Sophie?...
J Tl L E s.
C'est la fille de madame Kerlebon, elle porte son
u88 LES HÉRITIERS.
nom , et c'est son titre à l'héritage. Mais je suis trop bon de répondre à toutes tes sottises,
ALAIN
Encore un petit mot. Quels sont les deux jeunes gens?
JULES
Ce sont les fds de deux sœurs de mon maître. Henri est un jeune artiste, plein de mérite et de droiture. Duperron est un nouvel enrichi, plein de morgue et d'ignorance. Mais voici l'heure où les chers parents doivent descendre pour le déjeuner, je sors. Je vais chez l'officier de justice lui dire de venir faire la levée des scellés.
ALAIN
C'est donc aujourdliui ? mais je croyais qu'on attendait encore quelqu'un pour partager le gâteau.
JULES
Sans doute : Jacques Kerlebon, le frère de mon maître, doit arriver aujourd'hui même de Marseille. On l'attend avec grande impatience; et moi, qui ai grande envie d'être débarrassé de l'héritage et des héritiers, je cours vite à la ville pour finir cette affaire.
(Il sort.)