‹ OEuvres complètesChapitre 207 sur 330 · SCENE VllI · texte numérisé non relu

SCENE VllI

\]\ÏOINE KERLEBON.

Comment aux autres! Allons, allons, ne raisonne pas ; conduis-moi vite à ma chambre , j'ai besoin de me reposer.

AL A I JV.

Je ne crois pas qu'il y ait de chambre vide. Les scellés sont par-tout.

ANTOINE KERLEBON, étonné.

Les scellés!...

ALAIN

Eh! oui, les scellés. On n'attendait que vous pour les lever.

ANTOINE KERLEBOW, plus étonné.

Ah! ah!

ALAIN

Mais vous savez bien que c'est vous et les autres héritiers qui les avez fait poser sur les biens d'Antoine Kerlebon...

ANTOINE KERLEBON.

Je commence à comprendre...

ALAIN

De votre frère qui, en revenant des Indes, a fait la sottise de se laisser manger par les poissons.

ANTOINE KERLEBON, à part.

Ah! je suis mort! je ne m'en doutais pas.

ALAIN

Vous paraissez étonné de tout, comme si vous reveniez de l'autre monde.

ANTOINE KERLEBON.

C'est ([ue j'arrive en effet de l'autre monde. lVlai> iiiainlcnaiit me voilà remis, et je...

u()8 I.ES HERITIERS.

A LA ly.

A la lin, c'est bien heureux!

ANTOINE KERLEBON, à paît.

.rarrive donc ici pour voir partager mon bien.

ALAIN, à part.

( ki'a-t-il donc ainsi à se parler seul ?

ANTOINE KERLEBON, à paii.

Je vois ce que c'est. Jules aura vu mon naufrage, il m'aura cru noyé...

ALAIN , à puit.

Le cher frère me paraît avoir la lete un peu timbrée.

ANTOINE KERLEBON, i paît.

CependaHt il aurait dû recevoir des lettres d'Angleterre, qui lui annonçaient et mon existence et mon emprisonnement.

ALAIN, à part.

La drôle de tannlle ! C'est un original de plus que nous allons avoir.

ANTOINE KERLEBON, à Alain.

Tu dis donc que les héritiers sont ici ?

11 y a long-temps : on n'attendait que vous pour faire les partages. N'êtes-vous pas le frère Jacques?

ANTOINE KERLEBON, à part.

Ah î il me prend pour mon frère Jacques ! C'est bon. //««/.) Leurs lots ne. seront pas difficiles à emporter.

ALAIN

Fardonnez-moi ; le défunt est très-riche.

ANTOINE KERLEBON.

Va les héritiers, que pensent-ils du défunt.'

SCENL Vlll. 299

ALAIN

list-ce (|uc cela se tlemaiide ? Ils en pensent ce (jue des héritiers pensent d'un parent qu ils n'ont jamais connu, et qui leur laisse un gros héritage.

ANTOINK KERLEBOiN'.

C'est-à-dire qu'ils ne sont pas fâchés de sa mort?

ALAIN

Eux, tâchés! vous les connaissez bien! Ils sont dans une joie , mais dans une joie... sur-tout madame Kerlebon, votre belle-sœur, et le neveu Duperron; ils rodent dans la maison, ils visitent tous les recoins; ils se disputent sur les partages à faire. L'un veut la ferme, l'autre veut le château; ils se disent de grosses injures, puis ils se raccommodent. Le défunt aurait du plaisir s'il pouvait être témoiade leur avidité, s'il pouvait entendre ce qu'on dit de lui ; mais , comme dit le proverbe, quand on est mort.... on est mort.

ANTOINE KERLEBON.

Connnent!. ils ne respectent pas la mémoire de celui ([ui les enrichit ?

Oh! entre nous, le défunt n'était pas un honnne trèsrespecta])le.

ANTOINE KERLEBON.

Tu crois ?

ALAIN

Certainement. D'abord, outre qu il avait mille mauvaises qualités, c'était un pauvre homme, un honnne sans talent dans son état, enfin un très-petit génie.'

3oo LES HÉRITIERS.

ANTOINE KERLEBON, i pari.

J'enrage. {Haut.) Qui te l'a dit?

ALAIN

Tout le monde. Du coté du mérite et des mœurs, on mettait une grande différence entre vous et lui,

ANTOINE KERLEBON.

Mais....

ALAIN

Moi , je parle à cœur ouvert , parce que je sais fort bien que tous les deux, quoique frères, vous ne vous aimiez pas excessivement.

ANTOINE KERLEBON , riant.

Tu te trompes. Le défunt et moi nous avons toujours été très-bien ensemble.

ALAIN

(Jn sftit ce qu'on sait. Il faut respecter les morts. Dieu lui fasse paix et me garde de faire tort à sa mémoire! mais j'ai entendu dire qu'il était bien le plus grand brutal, le plus grand ivrogne.... Et s'il a laissé une grande fortune, comment l'a-t-il acquise? hein?... c'est aux dépens d'autrui.

ANTOINE KERLEBON.

Malheureux ! tu oses...

ALA IN

Vous vous emportez comme si vous n'héritiez pas.

ANTOINE KERLEBON, à part.

En effet, j'ai tort. J'oublie que je suis mort. Il me vient une idée. [Haut.) Va trouver Jules.

ALAIN

Jl est sorti.

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