SCENE I
MICHELIN, Madame MICHELIN.
MICHELIN
Je te dis que Ton ne parle d'autre chose, c'est plus fort que jamais. J'ai couru dans le quartier une partie de la matinée, et les voisins assurent avoir encore vu aujourd'hui, vers les neuf heures du matin, rôder près d'ici un des gens de monsieur de Richelieu... Je voudrais bien deviner quelle est la beauté mystérieuse... Je lis dans tes yeux que tu blâmes ma curiosité... Mais ([ue veux.-tu? Une jolie femme, une anecdote scandaleuse, cela a toujours quelque chose de piquant, cela nous intéresse toujours, nous autres hommes... Tiens, tu as beau dire, madame Renaud ne me sort pas de la tête. Je gagerais tout ce que je possède qu'elle est l'héroïne du roman en question... Pas de réponse?... Depuis quelque temps tu ne parles plus, tu es triste, silencieuse... Je crois que tu ne m'aimes plus... Encore des larmes!... Ah! je ne dis pas cela pour t'affliger... Je ne fais point de reproches, m'en préserve le ciel!... Allons, allons, calme-toi... Je descends au magasin, et te laisse un moment à loi-même... Songe que tu es
4o6 LA JEUNESSE DE RICHELIEU.
tout pour moi , et que mon bonheur , que ma tranquillité , que ma vie , sont attachés à la possession de ton cœur, à ton amour, à ta félicité.
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