‹ OEuvres complètesChapitre 291 sur 330 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Madame MICHELIN, RICHELIEU.

MADAME MICHELIN, à part.

Ah ! Dieu ! •

RICHELIEU

Enfin, nous sommes libres... Je puis me jeter à vos pieds, et vous supplier de m'entendre...

MADAME MICHELIN

Levez-vous, monsieur, je vous en conjure, et vousmême faites-moi la grâce de m'écouter. Voici, peutêtre, le dernier instant où je puis vous parler... t'est contre mon vœu que le hasard l'a fait naître... Mais je dois en profiter.

4'io LA JEUNESSE DE RICHELIEU.

RICHELIEU

Vous m'effrayez, d'honneur.... Ce ton grave et solennel...

MADAME MICHELIN

L'ironie est» déplacée, et vous m'dvez rendue assez malheureuse pour que j'aie au moins quelque droit à votre pitié... [^Richelieu fait un mouvement poiœ i^épondre, elle poursuit avec chaleur.) Daignez m'écouter, monsieur, et ne consommez pas aux yeux des hommes la ruine d'une femme qui , sans vous , s'estimerait encore. Je ne vous rappellerai point votre crime et mon malheur... Mais depuis l'époque à jamais détestée où mes yeux ont rencontré les vôtres, je vis dans les larmes, je m'éteins au milieu des douleurs, je péris dévorée de remords. Pour comble de tourments, il faut que je sopplie le barbare qui se rit de mes pleurs et jouit de mon désespoir... Mais je ne dois plus vous voir, et, malgré les vices trop connus de votre caractère, malgré votre insensibilité, et le plaisir affreux que vous prenez à multiplier vos victimes, s]il vous reste un sentiment d'honneur, vous devez renor^per à paraître chez moi, ne pas me perdre aux yeux de mon époux, vous abstenir de toute démarche dont je serais l'objet, oublier jusqu'au malheur que j'eus de vous connaître, et me laisser au moins la liberté de pleurer dans la solitude, et jusqu'au tombeau, vos crimes, mes erreurs -^t mon ignominie.

RICHELIEU, du ton le plus sentimental.

Et c'est à moi que s'adresse un langage aussi cruel î Moi, je suis un- barbare! moi ! je jouis de vos larmes!...

ah! cette injustice est au-dessus de mes forces et m'arrache des pleurs... les seuls, peut-être, que j'aie amais versés. Je ne chercherai point à excuser, une eunesse dissipée, et sans doute coupable... Oui, je fus inconstant, léger... je n'avais pas connu l'amour! mais je vous ai vue , et c'est pour jamais que mon cœur s'est fixé. Rappelez-vous ma conduite : voyez-moi , pendant plus de deux mois, déguisé sous ce modeste habit; passant, repassant devant votre maison; épiant le moment de vous voir; trop heureux quand je vous avais vue ; suivant par - tout vos pas , me transportant partout où j'espérais vous rencontrer; renonçant à ma famille, aux devoirs de mon rang; abjurant toute espèce de plaisir... et ce n'est pas là de l'amour! et je suis un être barbare ! et vous osez m'accuser d'insensibilité !

MADAME MICHELIJV.

Ah ! ce n'est pas à mon égard seul que vous êtes coupable... Et madame Renaud?... et mon amie aussi que vous avez trompée ?

RICHELIEU, vivement.

Ah ! combien il me sera facile de me justifier !... je ne connais pas madame Renaud...

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