ACTE II, SCENE lY. 'Mj
Vainement votre bouche a voulu le défendre. Son forfait m'est connu , son crime est avéré , Et son supplice fut trop long-temps différé. Puisque vous refusez, malgré votre origine, De partager l'honneur que vous faisait Christine : Je ne vous presse plus, et vous livre au regret, N'étant point mon époux, de vivre mon sujet.
LAGARDIE
(A part.)
Ah! madame, arrêtez!... Grands dieux que vais-je dire! Quel est donc sur mon cœur ce redoutable empire? Si , malgré cette horreur que j'ai pour le forfait , En le désavouant, j'en forme le projet. Je ne balance plus si Christine l'ordonne. Mon cœur à sa fureur tout entier s'abandonne.
(Haut.) ^
Puisque vous le voulez, je jure sonWépas;
Et l'amour , malgré moi , saura guider mon bras .
Oui, ce seul sentiment me dévore et m'enflamme;
Lui seul de ses fureurs vient pénétrer mon anie ,
Et l'espoir enchanteur dont vous flattez mes sens
D'un reste d'amitié fait taire les accents.
Je me sens pas à pas entraîner dans l'abyme.
Un crime doit toujours suivre le premier crime.
A ce noir attentat tout doit me condamner :
Qui trahit son ami peut bien l'assassiner :
Vous voyez maintenant de quoi je suis capable. ^
Il ne me reste plus qu'à punir le coupable.
Faut-il dès cette nuit servir votre courroux ?
C'est à vous de fixer le momenl||et les coups.
4o CHRISTINE.
Parlez: dans quel endroit, où voulez-vous qu'il meure?
Me faut-il de son sang souiller cette demeure ?
Faut-il, pour ajouter encore à cette horreur,
D'un poignard acéré lui déchirer le cœur?
Ou hien d'un fer tranchant armant ma main sanglante.
Faire tomher sa tête, et remporter fumante?
Il n'est point de forfaits, commandés par l'amour,
Que mon bras n'exécute en cet horrible jour.
Qu'il périsse à l'instant où son ame inconstante Croit trouver le bonheur en quittant son amante; Qu'il périsse, et qu'il sache, en recevant les coups, Qu'il ne doit son trépas qu'à mon juste courroux. Vous pouvez obéir, et soigneux de me plaire. Servez en l'immolant ma haine et ma colère. Je ne vous prescris point de terme à sa douleur; Essayez cependant de le frapper au cœur : C'est lui qui m'a trahie, et que ce coup lui prouve. Quand le cœur est atteint, le tourment qu'on éprouve. Allez, quand votre bras aura versé son sang, La récompense est prête, et l'autel vous attend.