ACTE II, SCÈNE IV
Soustraire ainsi sa mort à la honte publique , Pourvu que par l'ingrat mou amour outragé, Vengé secrètement, n'en soit pas moins vengé. J'avais, il est bien vrai, pensé que Lagardie Devait seul de ses mains punir sa perfidie. Et que pour un sujet ma moindre volonté Devait être toujours un ordre respecté; Je croyais avoir droit à sa reconnaissance , En laissant à lui seul le soin de ma vengeance ; Et j'osais espérer, je le dis sans détour. Ou plus de mes bienfaits, ou plus de sou amour. Mais non, pour un ingrat son injuste faiblesse Peut voir impunément avilir sa maîtresse, Et, m'opposant les cris d'une vaine pitié. Colore son refus du nom de l'amitié.
Cependant, s'il savait quelle est la récompense Que Christine gardait à son obéissance ; Oui , s'il savait enfin , qu'en sei-vant son espoir » Christine avec son cœur était en son pouvoir , Lagardie à l'instant, embrassant ma querelle, En punissant un traître eût mieux prouvé son zèle*.
LAGARDIE
Quoi! je pourrais, madame...? O destin trop heureux.!
Je pourrais espérer le succès de mes vœux !
Mais quel est cet espoir où mon amour s'égare ?
Pourriez-vous sans frémir regarder un barbare ?
Christine pourrait-elle, avilissant sa main,
Partager cet honneur avec un assassin ?
L,e seul prix xju'on lui doive est l'horreur du suppiice.
N'ai-je donc pas le droit de faire ici justice ? Pour punir un rebelle ai-je besoin de lois? Ne devez-vous pas tous obéir à ma voix ?
Oui, nous devons, sans doute, obéir sans murmure: Mais peut-on étouffer le cri de la nature ? Hélas! comment peut-on, sans inspirer l'horreur. Sur le sein d'un ami lever un bras vengeur ?
CHRISTIIS E.
C'est assez. Je vois trop que votre cœur timide Vient de se déclarer en faveur d'un perfide. Vous ne méritez plus l'intérêt que mon cœur, Par ses*tendres projets, prend à votre bonheur. Vous crovez que je veux, employant l'avantage Que me donnent sur vous votre amour et votre âge , Vous forcer de la sorte à servir mes projets. ]Mais ignorez-vous donc qu'ici, dans ce palais. Je puis d'un seul regard , si la fureur me guide , ' Répandre votre sang et celui du perfide ? Que , près de ma personne il est des Suédois Qui vont tous s'empresser d'obéir à ma voix ? Que vos efforts sont vains, que cet instant peut-être, Malgré votre frayeur, est le dernier d'un traître? Et pour mieux le prouver, je m'en vais, de ce pas, Aux soldats de ma garde ordonner son trépas.
LAGARDIE
Ah ! daignez m'écouter.
Je ne veux rien entendre.