SCENE I
(n fait nuit.)
LAGARDIE, seul.
Ou porté-je mes pas? quelle nuit m'environne? Quipii'a conduit ici? d'où vient que je frissonne? J'avance en frémissant, et l'horreur de ces lieux Ajoute à mes tourments et les rend plus affreux ! Tout semble prendre part au trouble que j'endure , Et l'effroi de mes sens s'étend sur la nature. Pourquoi, de cette horreur, serais-je épouvanté? Le crime doit toujours chercher l'obscurité. Quoi! Christine voudrait?... pourquoi l'ai-je revue? Elle a mis sa fureur dans mon ame éperdue. Vainement j'ai voulu céder au repentir , Un seul de ses regards vient de l'anéantir. Mais cependant, malgré cet amour qui m'enflamme Je ne sais quel remords vient effrayer mon ame ; En vain, en l'étouffant, mon cœur se garantit. Je le sens toujours là : son ardeur me poursuit. C'est en vain que sa voix veut empêcher le crime ; Si Christine le veut , il faut une victime. Et je vais la livrer... Oui, que Monaldeschi... Elle a juré sa mort : il n'est plus mon ami.
iNIon ami! Dieux! quel nom a prononcé ma rage!
De ma férocité c'est le dernier outrage.
Pour mériter la mort, quels sont donc ses forfaits?
Sa générosité m'accabla de bienfaits :
C'est à lui que je dois tout l'éclat dont je brille ;
Il répandit ses dons jusque sur ma famille;
Hélas! il n'avait point de secrets pour mon cœur,
Et venait, dans mon sein, épancher sa douleur.
Ah! trop funeste amour, quelle est donc ta puissance.
Si tu livres mon ame en proie à ta vengeance?
Quelle est donc ta fureur, si tu crois que ma main,
A mon plus tendre ami, puisse percer le sein?^^
Mais, quel bruit imprévu vient troubler ces ténèbres?
Il retentit au loin sous ces voûtes funèbres.
Ecoutons.