ACTE m, SCENE IL
Je sais quel est mon crime ; et je ne puis comprendre Qu'une pitié soudaine ait pu se faire entendre: Moi qui, par mon amour, heureux dans l'avenir. Malgré d'affreux remords savourais le plaisir ; Qui , le poignard en main , osais prévoir encore Le bonheur d'être joint à tout ce que j'adore! Oui, tel est de mes feux le funeste ascendant, Que si, pour te venger, tu ne perces mon flanc. Si ta main dans mon sang ne lave cet outrage , Tremble qu'un autre instant ne reveille ma rage. Un regard de Christine, aigrissant ma fureur, Peut me porter encore à te percer le cœur : Ainsi préviens mon bras, punis ma perfidie. Et venge-toi d'un traître en m'arrachant la vie.
MOIVALDESCHI.
Amour ! je reconnais ton empire absolu !
Tout cède à tes fureurs et même la vertu.
Du plus beau sentiment tu nous rends la victime.
Et ton charme trompeur peut nous conduire au crime.
Malheureux, envers moi quelle était ton erreur!
Mais puisque les remords ont pu toucher ton cœur.
Je veux tout oublier : oui, le mien te pardonne.
Et, pour te le prouver, à toi je m'abandonne.
Je te rends ma tendresse, et j'attends de ta foi
Que tu voudras me suivre et partir avec moi.
Laisse-là ton amour, ainsi que ton offense.
Viens , et cette nuit même abandonnons la France ;
Guidés par l'amitié, nous irons tous les deux
Chercher dans l'Italie un destin plus heureux.
A ce seul sentiment je borne ma vengeance;