ACTE ni, SCENE IL
Viens, mes bras sont ouverts , répands-le dans mon sein. Tu ne peux le cacher sans te rendre coupable , Et je dois partager la douleur qui t'accable. Mon ami !
LAGARDIE
Laisse-moi.
MONALD.ESCHI.
Ne me refuse pas.
LAGARDIE
Ah dieux! tu veux presser un monstre dans tes bras.
MONALDESCHI
Un monstre!
LAGARDIE
Oui, je le suis, et, dans ce jour funeste, Mon trop coupable cœur se craint et se déteste. Je ne me connais plus ; un aveugle transport Ne laisse à Lagardie autre espoir que la mort. Il brûle, il se repent, il gémit, il adore. Et redoute de voir le jour qu'il déshonore.
MON ALDESCHI.
Hélas! à ton ami, tu crains d'ouvrir ton cœur?
LAG ARDIE.
Vois-tu bien ce poignard?
MONALDESCHl.
Quelle est donc ta fureur?
Qu'avais-tu résolu?
LAG \ RDI E.
Ta mort!
MONALDESCHl.
Eh! quoi? barbare !
LAG ARDIE.
Oui, voilà mon secret, et je te le déclare.
MONALDESCHI
Oh! dieux!
LAGARDIE
Ce n'est pas tout ; apprends tous mes excès. Un billet imprudent révéla tes secrets : Ta fuite, ton amour, tout est su de Christine; Elle croit maintenant que mon bras t'assassine, Et, payant de sa main le plus noir des forfaits, Elle ordonnait ta mort ; et moi , j'obéissais
MONALDESCHI
Malheureux! quoi? tu peux me plonger dans l'abyme! Et que tai-je donc fait?
LAGARDIE
Mon amour est ton crime.
J'idolâtrais la reine, et mon cœur attendri Ne vit d'autre bonheur que d'en être chéri. Elle a vu mon amour, elle a connu mon ame; Profitant du pouvoir que lui donnait ma flamme. Au bord du précipice elle a conduit mes pas. Ma bouche en frémissant lui promit ton trépas; Et, pour mieux assurer son injuste vengeance. Le plus auguste hymen était ma récompense. Ah! si tu m'avais vu combattu par mon cœur, Tout en obéissant, détester mon erreur.
Maudissant mon amour et Christine et sa haine. Tu n'aurais pu le voir sans partager ma peine. Ne crois pas que je veuille, en peignant mon état, Pallier à tes yeux le plus noir attentat :