ACTE III, SGëNE III. 5i
MONALDESCHl.
Ah! quelle perfidie 1 Vous venez en ces lieux pour m'arnicher la vie ?
Je viens, coupable hélas ! d'un trop jaloux transport, Pour empêcher le crime ou partager ton sort.
MONALDESCHl.
A ce faible retour puis-je croire, cruelle?
Quand, pour m'ôter le jour, votre ame criminelle.,..
Il est trop vrai, je fus coupable un seul instant:
Du repentir, bientôt, j'ai connu le tourment.
J'ai senti de quel feu mon ame était atteinte ,
Mon amour aussitôt a fait place à la crainte ;
Mon cœur s'est reproché d'avoir été cruel ;
Je te voyais, tombant sous le couteau mortel,
Accuser de ta mort la fureur d'une amante ;
Je n'ai pu soutenir cette image effrayante :
Ta fuite, ton amour, tes perfides projets,
Ont produit contre toi d'inutiles effets;
La pitié de mon cœur à chassé la vengeance,
Et j'accours dans ces lieux pour prendre ta défense.
MONALDESCHl.
Perfide! puis-je voir vos remords sans mépris, Quand d'un assassinat vous vous rendez le prix?
Par ce cruel soupçon ne me fais point outrage. Je voulais seulement un complice à ma rage ; Et loin que ce forfait lui méritât mon cœur. Il se livrait lui-même à ma juste fureur.
Pouirais-je, sans mourir, toucher lu main sanglante Qui d'un sang adoré serait encor fumante ? Non, non, ne le crois pas; l'arrêt était porté, J'aurais, sur lui, sur moi, puni ma cruauté; fit l'amour , en ces lieux excitant tous les crimes , A.urait au même instant réuni trois victimes. Si je ne t'aimais pas, aurais-je autant de torts? Il fout avoir mon cœur pour sentir mes remords ! Et ce projet cruel, que maintenant j'abhorre. Doit même te prouver à quel point je t'adore. Si tu veux augmenter l'horreur de mes forfaits , Il en est encor temps. Renonce à tes projets ! Laisse là ma rivale ; et ton ame constante Va trouver le bonheur auprès de ton amante. Oui, par mon repentir Monaldeschi vaincu En me rendant son cœur me rendra ma vertu.
MONALDESCHI
Et pouvez-vous penser que j'aurai la faiblesse
De croire sans péril ce retour de tendresse ?
Si Lagardie avait servi votre courroux.
De votre cruauté j'éprouvais tous les coups ;
Mais sa tendre amitié m'a conservé la vie :
Et, si je pardonnais à votre perfidie.
Malgré tous les attraits d'un si brillant destin.
Je croirais toujours voir un poignard sur mon sein.
rURT STI ÎN F.
Ah! je pénètre, ingrat, le motif qui t'anime! Tu jouis de l'espoir que t'a donné mon crime; Et t'en faisant un droit pour mépriser mes feux. Tu chéris un forfait qui va rompre nos nœuds.