CTE III, SCENE III
Tu ne veux pas céder au remords qui m'accahfce! Et dis-moi? de nous deux quel est le plus coupable } Que t'ai-je fait, ingrat, pour vouloir me trahir? S'il est un criminel , c'est toi qui dois rougir. Sans ton funeste amour et sans ton inconstance Mon cœur n'aurait jamais recherché la vengeance : Et que te manquait-il, en recevant ma main ? Mon rang et ma fortune assuraient ton destin.
MONALDESCHI
Ah! quels que soient vos dons, ils ne font point envie , S'il faut les acheter au péril de sa vie! Il vaut mieux assurer notre bonheur commun ; Mon aspect en ces lieux vous doit être importun; Ainsi , laissez-moi donc abandonner la France , Et retrouver la paix loin de votre présence.
Quoi! tu pourrais penser? quelle honte pour moi!... Qui , moi ! je souffrirais qu'une autre obtînt ta foi ? Mais, ne sais-tu donc pas que je suis encor reine ? Que je le suis par-tout; et que ma juste haine Peut, dans ce même instant, ordonner de ton sort, Et rendre ce palais le témoin de ta mort. Tremble que je ne dicte un arrêt trop sévère ! Si tu ne n'aimes pas, crains au moins ma colère!... Mais, non , rassure-toi ; non , ne redoute rien : En te perçant le cœur je percerais le mien. Pour fléchir un amant il me faut d'autres armes : Je ne veux maintenant employer que des larmes. Puissent ces pleurs amers, au moins te rappeler Que c'est la cruauté qui les a fait couler.
Ose, 91 tu le peux, en tirer avantage ;
Regarde, les voilà qui baignent mon visage.
Où mets-tu le bonheur, ingrat? Tu peux parler;
Désires-tu des biens ? je veux t'en accabler.
Voudrais-tu posséder ce qu'on ambitionne ?
Oserais-tu porter tes vœux à la couronne ?
Soit; peut-être avant peu je pourrai te l'oftrir :
Pour la mettre à tes pieds, j'irai la conquérir.
Tu vois quel est mon cœur : choisis , dispose , ordonne ;
Mon amour à tes soins tout entier s'abandonne.
Tout me paraîtra doux si je puis te fléchir,
Et je voudrais avoir encor plus à t'offrir.
Tous mes biens, mes grandeurs,mon nom, mon existence,
Tout ce qui m'appartient, tout est en ta puissance.
Je te suivrai par-tout, tu peux choisir l'endroit;
Je puis voir un palais dans le plus humble toit.
Rien ne peut maintenant affaiblir mon courage ;
Et ce séjour enfin, fut-il le plus sauvage.
Si par Monaldeschi je le vois habité ,
Deviendra pour Christine un séjour enchanté.
MONALDESCHI, à part.
Tant d'amour, malgré moi , m'importune et me touche.
CHRISTIA'E.
Je ne puis arracher mon pardon de ta bouche? Les pleurs du repentir ne sauraient t'attendrir! Ah! sans doute, à tes pieds tu veux me voir mourir. S'il n'est que ce moyen pour émouvoir ton ame , Si ton cœur garde encor cette honte à ma flamme ; Connais donc mon amour, tu vas être content. Oui , je puis être heureuse aux pieds de mon amant î