‹ OEuvres complètesChapitre 70 sur 330 · Tome T · texte numérisé non relu

Tome T

DELMONTÉ.

Je suis couvert du sang de la victime! A peine en ce palais arrivés tous les deux, J'ai couru pour revoir votre ami malheureux. J'errais aux environs de cette galerie , Quand d'un secret effroi mon ame s'est remplie. Un noir pressentiment avait troublé mes sens. Et m'a fait au hasard porter mes pas tremblants. Tout-à-coup des cris sourds ont fait frémir la voûte : D'avoir bien entendu j'avais encor le doute. Quand l'écho de ces lieux répétant ces accents Me les a révélés en sons plaintifs et lents. La fureur aussitôt vers cet endroit me porte ; Sous des coups redoublés je fais céder la porte* , J'entre... Dieux ! quel spectacle étonne mes regards ! Je vois quatre assassins, tous armés de poignards. Frapper un malheureux, qui pour sauver sa vie Faisait de vains efforts contre leur barbarie. De rage et de fureur je demeure indigné ; Mais pour sauver ses jours j'étais trop éloigné; Avant que ma valeur pût empêcher le crime. De ses vils meurtriers il était la victime. Il croit se garantir, mais son effort est vain; Car de tous les côtés il trouve un assassin : On l'atteint , il chancelle , il se relève , il tombe , Et sous un dernier coup l'infortuné succombe. Je voulais le venger; on me repousse au loin. Et je n'ai de sa mort été que le témoin. Ah! que vois-je! vers nous le malheureux se trame; Epuisé, sans couleur, il se soutient à peine.

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