ÉPILOGUE
C'est ainsi que ce juste élevait dans son âme , Comme une hache au cœur, ce souvenir de femme !
Lorsqu'après cette fin , que je n'avais pu voir, J'eus accompli pour lui le funèbre devoir, De tout ce qu'il laissait me faisant ma famille. Je voulus emmener Marthe, la pauvre fille ! Elle me répondit, en me montrant du doigt L'arbuste enraciné dans les fentes du toit : <■ A ces murs , comme lui , ma vie a pris racines •, On me laissera bien vieillir sous ces ruines. Qu'est-ce qui soignerait le chien abandonné? On m'y rapportera le pain que j'ai donné ! » Je sifflai vainement le chien du pauvre prêtre : Il s'émut à la voix de l'ami de son maitre ; Mais, fiairant le sentier qui menait au cercueil, Sans faire un pas plus loin, il me suivit de l'œil ; Les oiseaux affranchis revinrent à leur cage; Et je n'emportai rien de son cher héritage. Qui , sur sa croix de bois , son vieux christ de laiton , Ces feuillets déchirés, sa Bible, et son bâton.
Depuis ce jour, au mois où l'on coupe les seigles. Je monte tous les ans la montagne des Aigles , Et, de mon pauvre ami le récit à la main. De la grotte, en lisant, je refais le chemin ; Du drame de ses jours j'explore le théâtre. Et j'y trouve souvent son vieil ami le pâtre. Qui, laissant ruminer à l'ombre son troupeau. Rêve des deux amants, assis sur leur tombeau;
Car, malgré le mystère et malgré la distance, Jocolyn dort aussi près du corps de Laurence. ■Lorsque dans la montagne on sut par mes discours Le secret divulgué de ces saintes amours, Ses pauvres paroissiens, par pitié pour son Ame, Rapportèrent sa cendre au tonihemi de lu dame; Et depuis sept printemps ils sont couchés tous trois Aux lieux qu'ils ont aimés, et sous la même croix. Souvent, des joiirs entiers, j'y rêve ou j'y médite; Car on aime ce sol qu'une dépouille habite, Comme on aime à s'asseoir sur le banc de gazon, Où, lorsque le soleil a quitté l'horizon, La brume du couchant, que l'heure en paix déplie. Vous enveloppe d'ombre et de mélancolie. Mais où le rayon mort, qui voile sa splendeur, Laisse longtemps sur l'herbe un reste de tiédeur !