PROLOGUE
Je posai mon fusil sur une pierre grise, Et j'essuyai mon front que vint séclier la brise; Puis regardant, je fus surpris de ne pas voir D'arbre en arbre au verger errer son habit noir : Car c'était l'heure sainte où, li])re et solitaire, Au rayon du couehant il lisait son l)ré\iaire; Et plus surpris encor de ne pas voir monter. Du toit où si souvent je la voyais flotter, De son foyer du soir l'ordinaire fumée. Mais voyant au soleil sa fenêtre fermée , Une tristesse vague, une ombre de malheur. Comme un frisson sur l'eau courut sur tout mon cœur ; Et, sans donner de cause à ma terreur subite. Je repris mon chemin et je marchai plus vite.
Mon œil cherchait quelqu'un qu'il put interroger; Mais dans les champs déserts, ni troupeau, ni berger. Le mulet broutait seul l'herbe rare et poudreuse Sur les bords de la route; et dans le sol qu'il creuse Le soc penché dormait à moitié d'un sillon; On n'entendait au loin que le cri du grillon , Au lieu du bruit vivant, des voix entremêlées Qui montent tous les soirs du fond de ces vallées. J'arrive, et frappe en vain; le gardien du foyer. Son chien même , à mes coups ne vient pas aboyer ; Je presse le loquet d'un doigt lourd et rapide. Et j'entre dans la cour, aussi muette et vide. Vide? hélas! mon Dieu, non; au pied de l'escalier Qui conduisait de l'aire au rustique palier, Comme un pauvre accroupi sur le seuil d'une église,