ET L'ANALYSE DE L'AIR
La première fois que j'ai lu les ouvrages de M. Haies, je me suis aperçu qu'ils valaient bien la peine d'être relus. Comme je voulais le faire avec toute l'attention qu'ils méritent, je pensai qu'il ne m'en coûterait guère plus de les traduire , et l'envie de faire plaisir au public a achevé de m'y déterminer. Ma traduction est littérale, surtout celle des endroits où l'auteur fait le détail de ses expériences. Je me suis donné un peu plus de liberté dans ceux qui sont moins importants; mais en général , je me suis attaché à bien rendre le sens, et à éclaircir ce qui m'a paru obscur
La nouveauté des découvertes, et de la plupart des idées qui composent cet ouvrage, surprendra sans doute les physiciens. Je ne connais rien de mieux dans son genre, et le genre par lui-même est excellent; car ce n'est qu'expérience et observation ; mais ce n'est point à moi à faire l'éloge de cet ouvrage; le mérite d'un auteur ne doit pas se mesurer par les louanges du traducteur , le public s'en défie , et ce n'est pas sans raison :
1. Cette Préface, publiée en 1733, a été le premier écrit de Buffon; il n'avait alors que vingt-huit ans; il revenait d'Angleterre, et ii était rempli d'un enthousiasme de jeune homme pour les compatriotes de Haies.
Beaucoup d'inexpérience et des connaissances encore imparfaites n'empêchent pas de voir percer ici le génie qui bientôt entraînera Buffon vers les grands problèmes; et, dans les reproches qu'il adresse à la manière d'écrire du savant auteur de la Statique, on sent Yécrivain-né, qui a besoin de l'harmonie du style pour se satisfaire.
La traduction du livre de Haies fut suivie de près des Mémoires sur les végétaux. « La trace duction de la Statique des végétaux, de Haies, et celle du Traitédes fluxions, de Newton, ainsi « que les préfaces qu'il y ajouta, furent, dit Guvier, les premiers écrits qui firent connaître Buffon « du public. Dans ses propres travaux il parut, pendant quelque temps, disposé à cultiver à la « fois et presque également la géométrie, la physique et l'économie rurale... »