‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 113 sur 126 · C^O LA TAUPE · texte numérisé non relu

C^O LA TAUPE

tion^ qui y sonl relatives : elle a de plus le toucher délicat 3 son poil est

doux comme la soie; elle a l'ouïe très-fine et de petites mains à cinq doigts, bien différentes de l'extrémité des pieds des autres animaux, et presque semblables aux mains de l'homme; beaucoup de force pour le volume de son corps, le cuir ferme, un embonpoint constant, un attachement vif et réciproque du mâle et de la femelle, de la crainte ou du dégoût pour toute autre société, les douces habitudes du repos et de la solitude, l'art de se mettre en sûreté, de se faire en un instant un asile, un domicile, la facilité de l'étendre, et d'y trouver, sans en sortir, une abondante subsistance. Voilà sa nature, ses mœurs et ses talents, sans doute préférables à des qualités plus brillantes et plus incompatibles avec le bonheur, que l'obscurité la plus profonde.

Elle ferme l'entrée de sa retraite, n'en sort presque jamais qu'elle n'y soit forcée par l'abondance des pluies d'été , lorsque l'eau la remplit ou lorsque le pied du jardinier en alfaisse le dôme; elle se pratique une voûte en rond dans les prairies, et assez ordinairement un boyau long dans les jardins, parce qu'il y a plus de facilite! à diviser et à soulever une terre meuble et cultivée qu'un gazon ferme et tissu de racines; elle ne demeure ni dans la fange ni dans les terrains durs, trop compactes ou trop pierreux ; il lui faut une terre douce, fournie de racines esculentes, et surtout bien peuplée d'insectes et de vers , dont elle fait sa principale nourriture.

Comme les taupes ne sortent que rarement de leur domicile souterrain , elles ont peu d'ennemis, et échappent aisément aux animaux carnassiers; leur plus grand fléau est le débordement des rivières; on les voit, dans les inondations, fuir en nombre à la nage, et faire tous leurs efforts pour gagner les terres plus élevées ; mais la plupart périssent aussi bien que leurs petits qui restent dans les trous; sans cela , les grands talents qu'elles ont pour la multiplication nous deviendraient trop incommodes. Elles s'accouplent vers la fin de l'hiver; elles ne portent pas longtemps, car on trouve déjà beaucoup de petits au mois de mai; il y en a ordinairement quatre ou cinq dans chaque portée, et il est assez aisé de distinguer, parmi les mottes qu'elles élèvent , celles sous lesquelles elles mettent bas: ces mottes sont faites avec beaucoup d'art, et sont ordinairement plus grosses et plus élevées que les autres, .le crois que ces animaux produisent plus d'une fois par an , mais je ne puis l'assurer; ce qu'il 5 a de certain , c'est qu'on trouve des petits depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'août : peut-être aussi que le unes s'accouplenl plus tard que lés autres.

Le domicile où elles font leurs petits mériterait une description particulière, il est fail avec nue intelligence singulière; elles commencent par pousser, par élever la terre el former une voûte assez élevée; elles laissent de cloisons, des espèces de piliers de distance en distance ; elles pressent el battent la terre, la mèlenl avec des racines el de- herbes, el la rendent

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si dure et si solide par dessous, que l'eau ne peut pénétrer la voûte à cause de sa convexité et de sa solidité; elles élèvent ensuite un tertre par dessous, au sommet duquel elles apportent de l'herbe et des feuilles pour faire un lit à leurs petits; dans cette situation, ils se trouvent au-dessus du niveau du terrain , et par conséquent à l'abri des inondations ordinaires, et en même temps à couvert de la pluie par la voûte qui recouvre le tertre sur lequel ils reposent. Ce tertre est percé tout autour de plusieurs trous en pente , qui descendent plus bas et s'étendent de tous côtés , comme autant de roules souterraines par où la mère taupe peut sortir et aller chercher la subsistance nécessaire à ses petits; ces sentiers souterrains sont fermes et battus, s'étendent à douze ou quinze pas, et partent tous du domicile comme des rayons d'un centre. On y trouve, aussi bien que sous la voûte, des débris d'oignons de colchique , qui sont apparemment la première nourriture qu'elle donne à ses petits. On voit bien, par cette disposition, qu'elle ne sort jamais qu'à une distance considérable de son domicile, et que la manière la plus simple et la plus sûre de la prendre avec ses petits est de faire autour une tranchée qui l'environne en entier et qui coupe toutes les communications; mais comme la taupe fuit au moindre bruit et qu'elle tâche d'emmener ses petits , il faut trois ou quatre hommes qui , travaillant ensemble avec la bêche, enlèvent la motte tout entière ou fassent une tranchée presque dans un moment, et qui ensuite les saisissent ou les attendent aux issues.

Quelques auteurs ont dit mal à propos que la taupe et le blaireau a dormaient sans manger pendant l'hiver entier. Le blaireau , comme nous l'avons dit6, sort de son trou en hiver comme en été, pour chercher sa subsistance , et il est aisé de s'en assurer par les traces qu'il laisse sur la neige. La taupe dort si peu pendant tout l'hiver, qu'elle pousse la terre comme en été, et que les gens de la campagne disent, comme par proverbe : Les taupes poussent , le dégel n'est pas loin. Elles cherchent, à la vérité, les endroits les plus chauds: les jardiniers en prennent souvent autour de leurs couches aux mois de décembre, de janvier et de février.

La taupe ne se trouve guère que dans les pays cultivés ; il n'y en a point dans les déserts arides ni dans les climats froids, où la terre est gelée pendant la plus grande partie de l'année. L'animal qu'on a appelé taupe de Sibérie " ', qui a le poil vert et or, est d'une espèce différente de nos taupes, qui ne sont en abondance que depuis la Suède d jusqu'en Barbarie e; car le

a. Ursus, Mêles, Erinaceus , Talpa , Vesperlilio per hyemem durmiunt àbstemii. Linruri Fauna suecica. Stockolmiae , 17'i6, p. 8.

b. Voyez l'article du Blaireau.

c. Vid. Albert. Seba. Amstelœdami , 1734, vol. I, p. 5.

d. Vid. Linn ti Faun. suecic. Stoi-kolm. , 17iC, p. 7.

e. Voyez les Voyages du docteur Shaw. Amsl rdam, 1743, t. I, p. 322

1 Le zocor ( mus aspalax. Gmel. ).

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