‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 120 sur 126 · Et l' tt, raison ertti • b inné · texte numérisé non relu

Et l' tt, raison ertti • b inné

découvre leur retraite, on les trouve resserrées en boule et fourrées dans le foin; on les emporte tout engourdies, on peut même les tuer sans qu'elles paraissent le sentir; on choisit les plus grasses pour les manger, et les plus jeunes pour les apprivoiser. Une chaleur graduée les ranime comme les loirs, et celles qu'on nourrit à la maison, en les tenant dans des lieux chauds, ne s'engourdissent pas, et sont même aussi vives que dans les litres temps. Nous ne répéterons pas, au sujet de l'engourdissement de la marmotte, ce que nous avons dit à l'article du loir; le refroidissement du sang en est la seule cause ', et l'on avait observé avant nous que, dans cet état de torpeur, la circulation était très-lente, aussi bien que toutes les sécrétions, et que leur sang, n'étant pas renouvelé par un chyle nouveau, était sans aucune sérosité. Voyez les Transactions philosophiques , n° 397. Au reste, il n'est pas uir qu'elles soient toujours et constamment engourdies pendant sept ou huit mois , comme presque tous les auteurs le prétendent. Leurs terriers sont profonds, elles y demeurent en nombre, il doit donc s'y conserver de la chaleur dans les premiers temps, et elles y peuvent manger de l'herbe qu'elles y ont amassée. M. Altmann dit même, dans son Traité sur les animaux de Suisse, que les chasseurs laissent les marmottes trois semaines ou un mois dans leur caveau avant que d'aller troubler leur repos; qu'ils ont soin de ne point creuser lorsqu'il fait un temps doux ou qu'il souffle un vent chaud; que, sans ces précautions, les marmottes se réveillent et creusent plus avant; mais qu'en ouvrant leurs retraites dans le temps des grands froids, on les trouve tellement assoupies qu'on les emporte facilement. On peut donc dire qu'à tous égards elles sont comme les loirs, et que si elles sont engourdies plus longtemps, c'est qu'elles habitent un climat où l'hiver est plus long.

Ces animaux ne produisent qu'une fois l'an ; les portées ordinaires ne sont que de trois ou quatre petits ; leur accroissement est prompt, et la durée de leur vie n'est que de neuf ou dix ans; aussi l'espèce n'en est ni nombreuse, ni bien répandue. Les Grecs ne la connaissaient pas, ou du moins ils n'en ont fait aucune mention. Chez les Latins, Pline est le premier qui l'ait indiquée sous le nom de mus Alpinus, rat des Alpes; et en effet, quoiqu'il y ait dans les Alpes plusieurs autres espèces de rats, aucune n'est plus remarquable que la marmotte, aucune n'habite comme elle les sommets des plus hautes montagnes; les autres se tiennent dans les vallons, ou bien sur la croupe des collines et des premières montagnes, mais il n'y en a point qui monte aussi haut que la marmotte; d'ailleurs elle ne descend jamais des hauteurs, et parait être particulièrement attachée à la chaîne drs Alpes, où elle semble choisir l'exposition du midi et du levant, de préférence à celle du nord ou du couchant. Cependant il s'en trouve dans les

1. Voyez la note l de la page 617. — Voyez aussi les notes 1, 2 et 3 de la page 627.

Apennins, dans les Pyrénées et dans les plus hautes montagnes de l'Allemagne. Le bobaJ; de Pologne a, auquel M. Brisson 6, et d'après lui MM. Arnault de Nobleville et Salerne • ont donné le nom de marmotte, diffère de animal, non-seulement par les couleurs du poil, mais aussi par le nombre des doigts, car il a cinq doigts aux pieds de devant; l'ongle du pouce paraît au dehors de la peau, et l'on trouve au dedans les deux phalanges de ce cinquième doigt qui manque en entier dans la marmotte1. Ainsi le bobak ou marmotte de Pologne, le monax ou marmotte de Canada, le cavia ou marmotte de Bahama, et le crient ou marmotte de Slrashourg, sont tous les quatre des espèces différentes de la marmotte des Alpes-.

Il n'y a aucun animal, du moins de ceux qui sont assez généralement connus, sur lequel les auteurs d'histoire naturelle aient autant varié que sur l'ours : leurs incertitudes, et même leurs contradictions sur la nature et les mœurs de cet animal, m'ont paru venir de ce qu'ils n'en ont pas distingué les espèces, et qu'ils rapportent quelquefois de l'une ce qui appartient à l'autre. D'ahord il ne faut pas confondre l'ours de terre avec l'ours de mer, appelé communément ours blanc, ours de la mer Glaciale3 : ce sont deux animaux très-différents, tant pour la forme du corps que pour les habitudes naturelles; ensuite il faut distinguer deux espèces dans 1rs ours terrestres, les bruns et les noirs di, lesquels n'ayant pas les mêmes

a Vid. Auctuarium hist. nat. Poloniœ, auth. Rstacsynshi, p. 327.

b. Brisson, Rrgn. anim., p. 1G5.

<\ Histoire naturelle des animaux, par MM. Arnault de NoMcville 1 1 Salerne. Paria , 1 7:>G Ouvrage utile, et où les faits sont rassemblés avec autant de soin que de discernement

d. Nota que ikius comprenons in, bous la dénomination d'ours bruns . ceux qui sont brans , fauves, roux, rougeàtrcs, et par celle d'ours noirs ceux qui sont noirâtres, aussi bien que toi i a fait noirs.

1. Les marmottes ont quatre doigts et un tubercule au lien de pouce aux pieds de devant, (i cinq doigts à ceux de derrière.

2. I.e liibak ou marmotte <lc Pologne, et le r»i nu r ou marmotte du Canada sont deux espèces àe marmottes, distinctes de celle des Alpes. Lecricet ou marmotte de Strasbourg

• I le hamster. Le ratia est le Cabîai

* Ursus arctos (Linn.). — Ours brun d' Europe ( c.uv.). — Ordre di b Carnassière ; famille

n lin â i lantigra : Ours (Cuv.).

a. L'ours blanc de la mer Glaciale (Ursus maritimus. l.iun.) est une espèce bien distincte-i

i iplatii i ] blanc 1 1 lis te , etc.

',. L'ours brun d'Europe s le fronl convexe, le pelage brun, etc. — « On croI1 pouvoir en uei l'ourt noti d'Euro} qu'on noi ad on pom tels avaient le front plat

ox et noirâtre ; mais leur origine ne nou parait pas tien authentique, a (i mn i . ni /'"' animal il, p, ]B0 )

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inclinations, les mêmes appétits naturels , ne peuvent pas être regardés comme des variétés d'une seule et même espèce, mais doivent être considérés comme deux espèces distinctes et séparées. De plus, il y a encore des ours de terre qui sont blancs, et qui, quoique ressemblants par la couleur aux ours de mer, en diffèrent par tout le reste autant que les autres ours. On trouve ces ours blancs terrestres dans la grande Tartarie a, en Moscovie, en Litbuanie et dans les autres provinces du Nord. Ce n'est pas la rigueur du climat qui les fait blanchir pendant l'hiver, comme les hermines ou les lièvres ; ces ours naissent blancs et demeurent blancs en tout temps : il faudrait donc encore les regarder comme une quatrième espèce, s'il ne se trouvait aussi des ours à poil mêlé de brun et de blanc, ce qui désigne une race intermédiaire entre cet ours blanc terrestre et l'ours brun ou noir ; par conséquent l'ours blanc terrestre n'est qu'une variété de l'une ou de l'autre de ces espèces !.

On trouve dans les Alpes l'ours brun assez communément, et rarement l'ours noir, qui se trouve au contraire en grand nombre dans les forêts des pays septentrionaux de l'Europe et de l'Amérique 2. Le brun est féroce et carnassier, le noir n'est que farouche, et refuse constamment de manger de la chair. Nous ne pouvons pas en donner un témoignage plus net et plus récent que celui de M. du Pratz. Voici ce qu'il en dit dans son Histoire de la Louisiane b : « L'ours paraît • l'hiver dans la Louisiane, parce que les « neiges qui couvrent les terres du nord, l'empêchant de trouver sa nour- « rilure, le chassent des pays septentrionaux; il vit de fruits, entre autres « de glands et de racines, et ses mets les plus délicieux sont le miel et le « lait : lorsqu'il en rencontre, il se laisserait plutôt tuer que de quitter « prise. Malgré la prévention où l'on est que l'ours est carnassier, je pré- « tends, avec tous ceux de cette province et des pays circonvoisins, qu'il « ne l'est nullement. Il n'est jamais arrivé que ces animaux aient dévoré « des hommes, malgré leur multitude et la faim extrême qu'ils souffrent « quelquefois, puisque même dans ce cas ils ne mangent point la viande « de boucherie qu'ils rencontrent. Dans le temps que je demeurais aux

a. Voyez Relation de la grande Tartarie. Amsterdam , 1737 , in-12, p. 8.

b. Voyez l'Histoire de la Louisiane, par M. le Page du Pratz. Paris, 1758, in-12, t. II, p. 77 et suiv.

c. Observez qu'il s'agit ici de l'ours noir, et non de l'ours brun.

1. L'ours blanc d'Europe n'est que l'ours ordinaire , l'ours brun, à l'état d'albinisme

2. « L'ours noir de l'Amérique Septentrionale (Urstis ameriranus, Gmel. ) est une espècî

i bien distincte, à front plat, à pelage noir et lisse, à museau fauve — Il y a, dans les

.v Cordillères , un autre ours noir, à gorge et museau blanc, et à grands sourcils fauves qui « s'unissent sur le chanfrein (Ursus ornatus). — Il n'est pas encore bien prouvé que l'ours :- rendre , l'ows terrible de l'Amérique septentrionale , soit différent, par l'espèce, de l'ours

brun d'Europe. (Cuvier : Règne animal, t. I, p. 136. ) — A ces ours d'Europe et d'Amérique , il faut joindre plusieurs ours d'Asie, l'ours Malais, l'ours du Thilet, l'ours jongleur ou du Bengale , etc.

6i0 L'OURS.

« Xatehez, il y eut un hiver si rude dans les terres du nom , que ces ani- « maux descendirent en grande quantité; ils étaient si communs qu'ils « s'affamaient les uns les autres, et étaient très-maigres; la grande faim les « faisait sortir des bois qui bordent le fleuve; on les voyait courir la nui*. « dans les habitations et entrer dans les cours qui n'étaient pas bien fer- « mées ; ils y trouvaient des viandes exposées au frais ; ils n'y touchaient « point, et mangeaient seulement les grains qu'ils pouvaient rencontrer. « C'était assurément dans une pareille occasion, et dans un besoin aussi « pressant, qu'ils auraient dû manifester leur fureur carnassière, si peu « qu'ils eussent été de cette nature. Ils n'ont jamais tué d'animaux pour « les dévorer, et pour peu qu'ils fussent carnassiers, ils n'abandonne- « raient pas les pays couverts de neige, où ils trouveraient des hommes et « des animaux à discrétion , pour aller au loin chercher des fruits et des « racines, nourriture que les bêtes carnassières refusent de manger. » M. du Pratz ajoute dans une note que depuis qu'il a écrit cet article il a appris avec certitude que dans les montagnes de Savoie il y a deux sortes d'ours, les uns noirs comme ceux de la Louisiane, qui ne sont point carnassiers, les autres rouges, qui sont aussi carnassiers que les loups. Le baron de la Hontan dit (tome Ier de ses Voyages, page 8G) que les ours du Canada sont extrêmement noirs et peu dangereux ; qu'ils n'attaquent jamais les hommes, à moins qu'on ne tire dessus et qu'on ne les blesse. Et il dit aussi (tome II, page 40) que les ours rougeàtrcs sont méchants, qu'ils viennent effrontément attaquer les chasseurs, au lieu que les noirs s'enfuient.

Wormius a écrit a qu'on connaît trois ours en Norwége : le premier (liressdiur) très-grand, qui n'est pas tout à fait noir, mais brun, et qui n'est pas si nuisible que les autres, ne vivant que d'herbes et de feuilles d'arbres; le second (Ihlgiersdiur) plus petit, plus noir, carnassier, et attaquant souvent les chevaux et les autres animaux , surtout en automne; le troisième (Myrcbioni) qui est le plus petit de tous, et qui ne laisse pas d'être nuisible; il se nourrit, dit-il, de fourmis, et se plaît à renverser les fourmilières. On a remarqué (ajoutc-l-il sans preuve) (pie ces trois espèces si; mêlent, et produisent ensemble des espèces intermédiaires; que ceux qui sont carnassiers attaquent les troupeaux , foulent toutes les bêles comme le loup, et n'en dévorent qu'une ou deux; que, quoique carnassiers, ils mangent des fruits sauvages, et que, quand il y a une grande quantité de sorbes, ils sont plus à craindre (pie jamais, parce (pie ce fruit acerbe leur agace si fort les dents, qu'il n'y a (pie le sang et la graisse qui puissent leur ôler cet agacemenl qui les empêche de manger. Mais la plupari de ces faits, rapportés par Wormius, me paraissent fort équivoques, car

a. va Mus, Worm., p

il n'y a point d'exemple que des animaux dont les appétits sont constamment différents, comme dans les deux premières espèces, dont les uns ne mangent que de l'herbe et des feuilles, et les autres de la chair et du sang, se mêlent ensemble et produisent une espèce intermédiaire; d'ailleurs, ce sont ici les ours noirs qui sont carnassiers, et les bruns qui sont frugivores, ce qui est absolument contraire à la vérité. De plus , le P. Rzaczynski c, Polonais, et M. Klein , de Dantzick 6, qui ont parlé des ours de leur pays, n'en admettent que deux espèces, les noirs et les bruns ou roux, et, parmi ces derniers, des grands et des petits : ils disent que les ours noirs sont les plus rares, que les bruns sont au contraire fort communs, que ce sont les ours noirs qui sont les plus grands et qui mangent les fourmis, et enfin que les grands ours bruns ou roux sont les plus nuisibles et les plus carnassiers '. Ces témoignages , aussi bien que ceux de M. du Pratz et du baron de La Hontan, sont, comme l'on voit, tout à fait opposés à celui de Wormius, que je viens de citer. En effet, il paraît certain que les ours rouges, roux ou bruns, qui se trouvent non-seulement en Savoie, mais dans les hautes montagnes , dans les vastes forêts et dans presque tous les déserts de h terre, dévorent les animaux vivants, et mangent même les voiries les plus infectes. Les ours noirs n'habitent guère que les pays froids; mais on trouve des ours bruns ou roux dans les climats froids et tempérés, et même dans les régions du midi. Ils étaient communs chez les Grecs; les Romains en faisaient venir de Libye c pour servir à leurs spectacles; il s'en trouve à la Chine d, au Japon ', en Arabie, en Egypte et jusque dans l'île de Java f%. Aristote o parle aussi des ours blancs terrestres, et regarde cette différence de couleur comme accidentelle, et provenant, dit-il, d'un défaut dans la génération. Il y a donc des ours dans tous les pays déserts, escarpés ou couverts; mais on n'en trouve point dans les royaumes bien peuplés, ni dans les terres découvertes et cultivées; il n'y en a point, en France, non plus qu'en Angleterre, si ce n'est peut-être quelques-uns dans les montagnes les moins fréquentées.

a. Auctuar. Hist. nat. , p. 32.

b. De quadrup. , p. 82.

c. Herodot. Solin. Crinit. et alii. Quoi freno Libyci domantur ursi, dit Martial.

d. Histoire générale des voyages, par M. l'abbé Prévost, t. III, p. 492. Histoire nature'' du Japon, par Kœmpfer, t. I , p. 109.

e. Strabc, lib. xvi. Prosp. Alpin., p. 233.

f. Voyage autour du monde de Le Gentil. Paris, 1725, t. III, p. S3.

g. Aristot. , de admir. , cap. cxl. Idem, de gcn. anim. , lib. y, cap. vi.

1. « Les ours ont presque toutes leurs dents tuberculeuses..,.. Cette dentition, presque de « frugivore, fait que, malgré leur ext ème force, ils ne mangent guère de chair que par néces- « site. » (Cuvicr: Règne animal, t. 1, p. 133.)

J'ai fait nourrir, pendant plusieurs années, un ours brun avec du pain bis et des carottes seulement. — Un autre ours brun, que je fais nourrir de la même manière depuis quatre ans , en est venu au point de ne plus vouloir toucher à la chair.

2. Ce ne sont pas les mêmes espèces. ( Voyez la note 2 de la p. C39.)

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