LE RATON
nent la facilité <lo grimper aisément sur les arbres; il monte légèrement jusqu'au-dessus de la tige, et court jusqu'à l'extrémité des branches; il va toujours par sauts, il gambade plutôt qu'il ne marche, et ses mouvements, quoique obliques, sont tous prompts et légers.
Cet animal est originaire des contrées méridionales de l'Amérique : on ne le trouve pas dans l'ancien continent, au moins les voyageurs qui ont parlé des animaux de l'Afrique et des Indes orientales n'en font aucune mention; il est au contraire très-commun dans le climat chaud de l'Amérique, et surtout à la Jamaïque a, où il habite dans les montagnes et en descend pour manger des cannes de sucre. On ne le trouve pas en Canada, ni dans les autres parties septentrionales de ce continent, cependant il ne craint pas excessivement le froid ; M. Klein b en a nourri un à Dantzick , et celui que nous avions a passé une nuit entière les pieds pris dans de la glace , sans qu'il ait été incommodé.
11 trempait dans l'eau, ou plutôt il détrempait tout ce qu'il voulait manger; il jetait son pain dans sa terrine d'eau, et ne l'en retirait que quand il le voyait bien imbibé, à moins qu'il ne fût pressé par la faim , car alors il prenait la nourriture sècbe, et telle qu'on la lui présentait; il furetait partout, mangeait aussi de tout, de la ebair crue ou cuite, du poisson , des œufs, des volailles vivantes, des grains, des racines, etc. ; il mangeait aussi de toutes sortes d'insectes; il se plaisait à chercher les araignées, et lorsqu'il était en liberté dans un jardin il prenait les limaçons, les hannetons, les vers. Il aimait le sucre, le lait , et les autres nourritures douées pardessus toute chose, à l'exception des fruits, auxquels il prêterait la chair, et surtout le poisson. Il se retirait au loin pour faire ses besoins; au reste il était familier et même caressant, sautant sur les gens qu'il aimait, jouant volontiers et d'assez bonne grâce, leste, agile, toujours en mouvement; il m'a paru tenir beaucoup de la nature du maki, et un peu des qualités du chien.
LE COATI. *
Plusieurs auteurs ont appelé coati-mondi ranimai dont il esl ici question : nous l'avons en vivant, et après l'avoir comparé au coati indiqué par Thevctel décril par Marcgrave, nous avons reconnu que c'était le même ani-
; qu'ils ont appelé coati tout court, et il y a toute apparence que le
». Voyez l' Histoire naturelle de lu Jamaïque, par Hans Sloane. I. 1res, \ïi;>, In-folio,
t il . p. :: "i, m ang] h .
/'. Klein , De quadrup. , p 6!
M ' :: tlcua i pco •!■ coati: h roui [viverra nasua, Linn. ), .'t 1. brun
( in ci i a mu h a. Unn, ;.
LE COATI. Cbi
coati-mondi n'est pas un anima] d'une autre espèce, mais une simple variété de ceîle-ci; car Marcgrave, après avoir donné la description du coati, dit précisément qu'il y a d'autres coatis qui sont d'un brun noirâtre, que l'on appelle au Brésil coali-mondi pour les distinguer des autres : il n'admet donc d'autre différence entre le coati et le coati-mondi que celle de la couleur du poil, et dès lors on ne doit pas les considérer comme deux espèces distinctes, mais les regarder comme des variétés ' dans la même espèce.
Le coati est très-différent du raton que nous avons décrit dans l'article précédent; il est de plus petite taille; il a le corps et le cou beaucoup plus allongés, la tète aussi plus longue, ainsi que le museau, dont la mâchoire supérieure est terminée par une espèce de groin mobile qui déborde d'un pouce ou d'un pouce et demi au delà de l'extrémité de la mâchoire inférieure : ce groin, retroussé en haut, joint au grand allongement des mâchoires, fait paraître le museau courbé et relevé en haut. Le coali a aussi les yeux beaucoup plus petits que le raton, les oreilles encore plus courtes, le poil moins long, plus rude et moins peigné, les jambes plus courtes, les pieds plus longs et plus appuyés sur le talon; il avait , comme le raton, la queue annelée °, et cinq doigts à tous les pieds.
Quelques personnes pensent que le blaireau cochon pourrait bien être le coati, et l'on a rapporté b à cet animal le taxus suillus, dont Aldrovande donne la figure; mais si l'on fait attention que le blaireau-cochon dont parlent les chasseurs est supposé se trouver en France, et même dans des climats plus froids de notre Europe, qu'au contraire le coali ne se trouve que dans les climats méridionaux de l'autre oon'.'iient, on rejettera aisément cette idée, qui d'ailleurs n'est nullement fondée c ; car la figure donnée par Aldrovande n'est autre chose qu'un blaireau auquel on a fait un groin de cochon. L'auteur ne dit pas qu'on ait dessiné cet animal d'après nature, et il n'en donne aucune description. Le museau très-allongé et le groin mobile en tous sens suffisent pour faire distinguer le coati de tous les autres animaux; il a, comme l'ours, une grande facilité à se tenir debout sur les pieds de derrière, qui portent en grande partie sur le talon, lequel même est terminé par de grosses callosités qui semblent le prolonger au dehors, et augmenter l'étendue de l'assiette du pied.
Le coati est sujet à manger sa queue , qui, lorsqu'elle n'a pas été tronquée, est plus longue que son corps; il la lient ordinairement élevée, la
a. Il y a aussi des Coatis dont la queue est d'une seule couleur; mais comme i'.s ne diffèrent des autres que par ce seul caractère, cette différence ne nous parait pas suffire pour en faire deux espèces, et nous estimons que ce n'est qu'une variété dans la même espèce.
6 I7rf. Brisson. iïègn. animal., p. 2G3.
c. Voyez ce que nous avons dit du blaireau-cockon , à l'article du blaireau.
1. Ou vient de voir que ces deux variétés de Buffon sont deux espèces [toav M. Guvier.
662 LE COATI.
fléchit en tous sens, el la promène avec facilité. Ce goût singulier, et qui paraît contre nature, n'est cependant pas particulier aux coatis ; les singes, les makis et quelques autres animaux à queue longue, rongent le bout de leur queue, en mangent la chair et les vertèbres, et la raccourcissent peu à peu d'un quart ou d'un tiers. On peut tirer de là une induction générale, c'est que dans les parties très-allongées , et dont les extrémités sont par conséquent très-éloignées des sens et du centre du sentiment, ce même sentiment est faible, et d'autant plus faible que la distance est plus grande et la partie plus menue : car si l'extrémité de la queue de ces animaux était une partie fort sensible, la sensation de la douleur serait plus forte que celle de cet appétit, et ils conserveraient leur queue avec autant de soin que les autres parties de leur corps. Au reste, le coati est un animal de proie qui se nourrit de chair et de sang, qui, comme le renard ou la fouine, égorge les petits animaux, les volailles a, mange les œufs, cherche les nids des oiseaux b ; et c'est probablement par cette conformité de naturel, plutôt que par la ressemblance de la fouine, qu'on a regardé le coati comme une espèce de petit renard c.
a. Vid. Marcgrav. Hist. Brasil., p. 228.
b. Voyez les Singularités de la France antarctique , par Thevct , p. 9G. Vulpes minor, etc. , Barrère , Hist. nat.de la France éqwnox'.ale.
Jota. On trouve, dans le septième volume de L'Académie royale des Sciences de Suède, un SlémoiredeM. Linnœus sur le Coati-mondi. Nous croyons devoir rapporter ici l'extrait que l'auteur de la Bibliothèque raisonnée a fait de ce Mémoire , sans prétendre garantir les faits qui y sont rapportés.
« M. Linnœus donne, dans un Mémoire, l'histoire naturelle du Coati-mondi. Cet animal se « trouve également dans l'Amérique méridionale et dans la septentrionale. 11 approche lie « l'ours par la longueur de ses jambes de derrière, sa tète penchée, son poil épais, et par ses « pattes ; mais il est petit et familier, et sa queue est fort longue , et rayée de différentes cou- « Leurs. M. le Prince successeur de Suède avait fait présent d'un de ces animaux à M. Linnœus, « qui l'a entretenu assez longtemps dans sa mais m aux dépens des douceurs qu'il pouvait « attraper, et quelquefois de ceux de sa basse-cour, où le Coati-mondi, malgré le droit de « L'hospitalité , emportait des tètes à coup de dent, et humait le sang. 11 est remarquable par <i s"ii extrême opiniâtreté à ne rien faire contre son gré. Malgré sa petitesse, il se défendait « avec une force extraordinaire lorsqu'on le faisait marcher malgré lui, et6ecramponn.it « contre les jambes des personnes dont il allait familièrement ravager les poches et confisquer « ce qu'il y trouvait à sa bienséance. Cette opiniâtreté a son remède; le Coati craint i itrèn mement les soies de cochon, la moindre brosse lui faisait quitter prise. Un malin L'étrangla « un jour qu'il s'était sauve dans un jardin du voisinage, et M. Linnaeus eu donne l'anatomic. « Son genre de vie était assez, extraordinaire; il donnait depuis minuit jusqu'à midi , veill lit « 1'' reste du joui', et se promenait régulièrement depuis six heures du soir jusqu'à minuit, « quelque temps qu il nt. ("est apparemment le temps que la nature a assigné à ci tte espèce
« d'animaux dans leur patrie, pour pourvoir a leurs besoins, et pour aller à la chasse des
« oiseaux 1 1 i La découvi rte de leurs œufs, qui font leur principale nourriture. » Bibliothèque raisonnée , t. xli , partie première, p. 25.