L'AGOUTI
Cet animal est de la grosseur d'un lièvre, et a été regardé comme une espèce de lapin ou de gros rat par la plupart des auteurs de nomenclature en histoire naturelle; cependant il ne leur ressemble que par de très-petits caractères, et il en diffère essentiellement par les habitudes naturelles. Il a la rudesse de poil et le grognement du cochon, il a aussi sa gourmandise; il mange de tout avec voracité, et lorsqu'il est rassasié, rempli, il cache comme le renard, en différents endroits, ce qui lui reste d'aliments pour le trouver au besoin ; il se plaît à faire du dégât, à couper, à ronger tout ce qu'il trouve; lorsqu'on l'irrite, son poil se hérisse sur la croupe, et il frappe fortement la terre de ses pieds de derrière; il mord cruellement a; il ne se creuse pas un trou comme le lapin, ni ne se tient pas sur terre à découvert comme le lièvre; il habite ordinairement dans le creux des arbres et dans les souches pourries. Les fruits, les patates, le manioc, sont la nourriture ordinaire de ceux qui fréquentent autour des habitations; les feuilles et les racines des plantes et des arbrisseaux sont les aliments des autres qui demeurent dans les bois et les savanes. L'agouti se sert, comme l'écureuil, de ses pieds de devant pour saisir et porter à sa gueule ; il court d'une trèsgrande vitesse en plaine et en montant; mais comme il a les jambes de devant plus courtes que celles de derrière, il ferait la culbute s'il ne ralentissait sa course en descendant. Il a la vue bonne et l'ouïe très-fine; lorsqu'on le pipe, il s'arrête pour écouter. La chair de ceux qui sont gras et bien nourris n'est pas mauvaise à manger, quoiqu'elle ait un petit goût sauvage et qu'elle soit un peu dure : on échaiule l'agouti comme le cochon de lait, et on l'apprête de même. On le chasse avec des chiens; lorsqu'on peut le faire entrer dans des cannes de sucre coupées, il est bientôt rendu, parce qu'il y a ordinairement dans ces terrains delà paille et des feuilles de canne d'un pied d'épaisseur, et qu'à chaque saut qu'il fait il enfonce dans celte litière, en sorte qu'un homme peut souvent l'atteindre et le tuer avec un bâton. Ordinairement il s'enfuit d'abord très-vite devant les chiens, et gagne ensuite sa retraite, où il se tapit et demeure obstinément caché : le chasseur, pour l'obliger à en sortir, la remplit de fumée; l'animal, à demi suffoqué, jette des cris douloureux et plaintifs, et ne paraît qu'à toute extrémité. Son cri, qu'il répète souvent lorsqu'on l'inquiète ou qu'on l'irrite, est semblable à celui d'un petit cochon. Pris jeune, il s'apprivoise aisément, il reste à la maison, en sort seul et revient de lui-même. Ces ani-
a. Cet animal est fort méchant ; les capucins d'Olinde au Brésil en élevaient un à qui ils avaient arraché les dents dans sa jeunesse , et malgré cette précaution il étendait son désordre aussi loin que le permettait sa chaîne. Histoire des Indes, par Souchu de Rennefoit, p. 203.
* Cavia acuti (Linn.). — Ordre des Rongeurs; genre Agouti (Cuv.).
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maux demeurent ordinairement dans les bois, dans les haies; les femelles y cherchent un endroit lourré pour préparer un lit à leurs petits; elles font ce lit avec des feuilles et du foin; elles produisent deux ou trois fois par an; chaque portée n'est, dit-on", que de deux; elles transportent leurs petits, comme les chattes , deux ou trois jours après leur naissance; elles les portent dans des trous d'arbres, où elles ne les allaitent que pendant peu de temps : les jeunes agoutis sont bientôt en état de suivre leur mère et de chercher à vivre. Ainsi le temps de l'accroissement de ces animaux c>i assez court, et par conséquent leur vie n'est pas bien longue.
Il parait que l'agouti est un animal particulier à l'Amérique ; il ne se trouve pas dans l'ancien continent, il semble être originaire des parties méridionales de ce nouveau monde : on le trouve très-communément au Brésil, à la Guyane, à Saint-Domingue et dans toutes les îles; il a besoin d'un climat chaud pour subsister et se multiplier; il peut cependant vivre en France, pourvu qu'on le tienne à l'abri du froid dans un lieu sec et chaud, surtout pendant l'hiver : aussi n'habite-t-il en Amérique que les contrées méridionales, et il ne s'est pas répandu dans les pays froids et tempérés. Aux îles, il n'y a qu'une espèce d'agouti, qui est celui que nous décrivons; mais à Cayenne, dans la terre ferme de la Guyane b et au Brésil, on assure qu'il y en a deux espèces, et que cette seconde espèce, qu'on appelle agouchi ', est constamment plus petite que la première. Celle dont nous parlons est certainement l'agouti ; nous en sommes assurés par le témoignage de gens qui ont demeuré longtemps à Cayenne , et qui connaissent également l'agouti et l'agouchi, que nous n'avons pas encore pu nous procurer. L'agouti que nous avons eu vivant, et dont nous donnons ici la description et la figure, était gros comme un lapin; son poil était rude et de couleur brune un peu mêlée de roux ; il avait la lèvre supérieure fendue comme le lièvre, la queue encore plus courte que le lapin, les oreilles aussi courtes que larges, la mâchoire supérieure avancée au delà de l'inférieure, le museau comme le loir, les dents comme la marmotte, le cou long, les jambes grêles, quatre doigts aux pieds de devant, et trois à ceux de derrière. Marcgrave, et presque tous les naturalistes après lui , ont dit que l'agouti avait six doigts aux pieds de derrière : M. Brisson est le seul qui n'ait pas copié celle erreur de Marcgrave ; ayant fait sa description sur l'animal même, il n'a vu, comme nous, que trois doigts aux pieds de derrière.
a. Voyez l'Histoire générale de» isles Antilles, par le P. du Tertre. Paris, io67, t. il, p a. \uynyeilu Des Marchais, 1. 1 1 1 , p. 28.
i. Cat la ai uchi (Gmel. ). — La queue de l'agouli est réduite a un simple tubercule; celle de l'acouchi .i .six ou Bept vertèbres : ['agouti est grand comme un lièvre, et l'acouchi comme un lapin.