‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 33 sur 126 · Voyez la note 2 de la page · texte numérisé non relu

Voyez la note 2 de la page

aussi blanches que celles des autres hommes1. Le docteur Tovvns, et quelques autres, ont prétendu que le sang des Nègres était beaucoup plus noir que celui des Blancs; je n'ai pas été à portée de vérifier ce fait, que je serais assez porté à croire, car j'ai remarqué que les hommes, parmi non- , qui ont leteint basané, jaunâtre et brun, ont le sangplus noir que les autres, et ces auteurs prétendent que la couleur des Nègres vient de celle de leur sang a. ML Barrère8, qui paraît avoir examiné la chose de plus près qu'aucun autre 6, dit, aussi bien que M. Winslow c, que l'épiderme des Nègres est noir, et que s'il a paru blanc à ceux qui l'ont examiné, c'est parce qu'il est extrêmement mince et transparent, mais qu'il est réellement aussi noir que de la corne noire qu'on aurait réduite à une aus-i petite épaisseur : ils assurent aussi que la peau des Nègres est d'un rouge brun approchant du noir; cette couleur de l'épiderme et de la peau des Nègres est produite, selon M. Barrère, par la bile, qui dans les Nègres n'est pas jaune, mais toujours noire comme de l'encre, comme il croit s'en être assuré sur plusieurs cadavres de Nègres qu'il a eu occasion de disséquer à Cayenne : la bile teint en effet la peau des hommes blancs en jaune lorsqu'elle se répand, et il y a apparence que, si elle était noire, elle la teindrait en noir; mais dès que l'épanchement de bile cesse, la peau reprend sa blancheur naturelle : il faudrait donc supposer que la bile est toujours répandue dans les Nègres, ou bien que, comme le dit M. Barrère, elle fût si abondante qu'elle se séparât naturellement dans l'épiderme en assez grande quantité pour lui donner cette couleur noire. Au reste, il est probable que la bile et le sang sont plus bruns dans les Nègres que dans les Blancs, comme la peau est aussi plus noire; mais l'un de ces laits ne peu l pas servir à expliquer la cause de l'autre, car si l'on prétend que c'est le sang ou la bile qui, par leur noirceur, donnent cette couleur à la peau, alors au lieu de demander pourquoi les Nègres ont la peau noire, on demandera pourquoi ils ont la bile ou le sang noir; ce n'est donc qu'éloigner la question, au lieu de la résoudre.

</. Voyez l'Écrit du docteur Towns , adressé à la Société royale de Londres.

b. Voyezla Dissertation $ur la couleur des nègres , par M. Barrère. Paris, 1741,

c. Voyez Exposition anatomique ilt co>j<s humain , par M. Winslow, p. 189,

i. J'ai trouvé dans la peau du Nègre et de 1' Américain, entre L'épiderme et le derme, une couche «le matière sérrétée ou pigmentais, noire dans le Ni re, rouge ou plutôt couleur de i oivre d tus l'Américain Cette couche pigmentait , siège de ta couleur dans les races humaines colorées, manque dans L'homme de race blanche, et cependant telle est ici l'unité profond i irai U res que j'ai retrouvé jusque dans L'homme de race blanche un germe de la couche pigmentale. Le mamelon de 11 me blanc est coloré, et il doit sa couleur à nne couche pigmentais, i iifc lembl dile à la couche pigmentais de L'Améi Icain et du Ne: re. Voyez mes Recherchi s

.\ur la itrii' litre comparée de ta peau tliuis les diverses raies humaines. (Compte-rendu des de V kad. des Sel , t. \\ n , p. B8B.)

2. Piem H unie, médecin et naturaliste (déjà Cité , p, BU du [•» volume, pour sa Dissertation sur Varlglns des pierres figurées , comme il l'est Ici pour s i Dissertation sur la routeur des < ; il avait séjourné pi adant trois annéi i Cayi i 1 1 a La Guyane. Mort i n 1758

Pour moi, j'avoue qu'il m'a toujours paru que la même cause qui nous brunit lorsque nous nous exposons au grand air et aux ardeurs du soleil , cette cause qui fait que les Espagnols sont plus bruns que les Français, et les Maures plus que les Espagnols, fait aussi que les Nègres le sont plus que les Maures : d'ailleurs nous ne voulons pas chercher ici comment cette cause agit, mais seulement nous assurer qu'elle agit, et que ses effets sont d'autant plus grands et plus sensibles qu'elle agit plus fortement et plus longtemps.

La chaleur du climat est la principale cause de la couleur noire1 : lorsque cette chaleur est excessive, comme au Sénégal et en Guinée, les hommes sont tout à fait noirs ; lorsqu'elle est un peu moins forte , comme sur les côtes orientales de l'Afrique, les hommes sont moins noirs ; lorsqu'elle commence à devenir un peu plus tempérée, comme en Barbarie, au Mogol , en Arabie, etc., les hommes ne sont que bruns; et enfin lorsqu'elle est tout à fait tempérée , comme en Europe et en Asie , les hommes sont blancs; on y remarque seulement quelques variétés qui ne viennent que de la manière de vivre; par exemple, tous les Tartares sont basanés, tandis que les peuples d'Europe qui sont sous la même latitude sont blancs. On doit, ce me semble, attribuer cette différence à ce que les Tartares sont toujours exposés à l'air, qu'ils n'ont ni villes ni demeures fixes, qu'ils couchent sur la terre, qu'ils vivent d'une manière dure et sauvage : cela seul suffit pour qu'ils soient moins blancs que les peuples de l'Europe auxquels il ne manque rien de tout ce qui peut rendre la vie douce. Pourquoi les Chinois sont-ils plus blancs que les Tartares, auxquels ils ressemblent d'ailleurs par tous les traits du visage? c'est parce qu'ils habitent dans des villes, parce qu'ils sont policés, parce qu'ils ont tous les moyens de se garantir des injures de l'air et de la terre, et que les Tartares y sont perpétuellement exposés.

Mais lorsque le froid devient extrême, il produit quelques effets semblables à ceux de la chaleur excessive ; les Samoïèdes, les Lapons, les Groenlandais , sont fort basanés. On assure même , comme nous l'avons dit , qu'il se trouve parmi les Groenlandais des hommes aussi noirs que ceux de l'Afrique; les deux extrêmes, comme l'on voit, se rapprochent encore ici : un froid très-vif et une chaleur brûlante produisent le même effet sur la peau, parce que l'une et l'autre de ces deux causes agissent par une qualité qui leur est commune. Cette qualité est la sécheresse qui , dans un air trèsfroid , peut être aussi grande que dans un air chaud ; le froid , comme le chaud, doit dessécher la peau, l'altérer et lui donner celte couleur basanée que l'on trouve dans les Lapons. Le froid resserre, rapetisse et réduit à un moindre volume toutes les productions de la nature; aussi les Lapons, qui

1 . « La chaleur du climat est la principale cause de la couleur noire. » Voyez , dans mon Histoire des travaux et des idées de Buffon , les raisons sur lesquelles je me fonde pour appuyer et adopter cette opinion.

sont perpétuellement exposés à la rigueur du plus grand froid, sout les plus

petits de tous les hommes. Rien ne prouve mieux l'influence du climat (pic

cette race lapone qui se trouve placée tout le long du cercle polaire dans

une très-longue zone, dont la largeur est bornée par l'étendue du climat

excessivement froid, et finit dès qu'on arrive dans un pays un peu plus

tempéré.

Le climat le plus tempéré est depuis le 40e degré jusqu'au 50e; c'est aussi sous cette zone que se trouvent les hommes les plus beaux et les mieux faits; c'est sous ce climat qu'on doit prendre l'idée de la vraie couleur naturelle de l'homme ; c'est là où ' l'on doit prendre le modèle ou l'unité à laquelle il faut rapporter toutes les autres nuances de couleur et de beauté ; les deux extrêmes sont également éloignés du vrai et du beau : les pays policés situés sous cette zone sont la Géorgie, la Circassie, l'Ukraine , la Turquie d'Europe, la Hongrie, l'Allemagne méridionale, l'Italie, la Suisse, la France et la partie septentrionale de l'Espagne ; tous ces peuples sont aussi les plus beaux et les mieux faits de toute la terre.

On peut donc regarder le climat comme la cause première et presque unique de la couleur des hommes2; mais la nourriture, qui fait à la couleur beaucoup moins que le climat, fait beaucoup à la forme. Des nourritures grossières, malsaines ou mal préparées peuvent faire dégénérer l'espèce humaine : tous les peuples qui vivent misérablement sont laids et mal faits j chez nous-mêmes les gens de la campagne sont plus laids que ceux des villes, et j'ai souvent remarqué que dans les villages où la pauvreté est moins grande que dans les autres villages voisins, les hommes y sont aussi mieux faits et les visages moins laids. L'air et la terre influent beaucoup sur la forme des hommes, des animaux , des plantes : qu'on examine dans le même canton les hommes qui habitent les terres élevées, comme les coteaux ou le dessus des collines, et qu'on les compare avec ceux qui occupent le milieu des vallées voisines, on trouvera que les premiers sont agiles, dispos, bien faits, spirituels, et que les femmes y sont communément jolies, au lieu que dans le plat pays, où la terre est grosse, l'air épais, et l'eau moins pure, les paysans sont grossiers, pesants, mal faits, stupides, el les paysannes presque toutes laides. Qu'on amène des chevaux d'Espagne ou da barbarie en France, il ne sera pas possiblede perpétuer leur race; ils commencent à dégénérer dès la première génération, et à la troisième ou quatrième ces chevaux de race barbe ou espagnole, sans aucun mélange avec d'autres races, ne laisseront pas de devenir des chevaux français8 : en sorte que, pour perpétuer les beaux chevaux, on est obligé décroiser les races, en

Page 1