‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 50 sur 126 · LES ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX DOMESTIQUES

L'homme change l'état naturel des animaux en les forçant à lui obéir1, ■et les faisant servir à son usage : un animal domestique est un esclave dont on s'amuse , dont on se sert , dont on abuse , qu'on altère , qu'on dépayse et que l'on dénature, tandis que l'animal sauvage, n'obéissant qu'à la nature, ne connaît d'autres lois que celles du besoin et de la liberté. L'histoire d'un animal sauvage est donc bornée à un petit nombre de faits émanés de la simple nature, au lieu que l'histoire d'un animal domestique est compliquée de tout ce qui a rapport à l'art que l'on emploie pour l'apprivoiser ou pour le subjuguer; et comme on ne sait pas assez combien l'exemple, la contrainte, la force de l'habitude, peuvent influer sur les animaux et changer leurs mouvements, leurs déterminations, leurs penchants, le but d'un naturaliste doit être de les observer assez pour pouvoir distinguer les faits qui •dépendent de l'instinct, de ceux qui ne viennent que de l'éducation , reconnaître ce qui leur appartient et ce qu'ils ont emprunté, séparer ce qu'ils font de ce qu'on leur fait faire, et ne jamais confondre l'animal avec l'esclave, la bête de somme avec la créature de Dieu.

L'empire de l'homme sur les animaux est un empire légitime qu'aucune révolution ne peut détruire; c'est l'empire de l'esprit sur la matière, c'est non-seulement un droit de nature, un pouvoir fondé sur des lois inaltérables , mais c'est encore un don de Dieu , par lequel l'homme peut reconnaître à tout instant l'excellence de son être; car ce n'est pas parce qu'il est le plus parfait, le plus fort ou le plus adroit des animaux qu'il leur commande : s'il n'était que le premier du même ordre, les seconds se réuniraient pour lui disputer l'empire ; mais c'est par supériorité de nature que l'homme règne et commande; il pense, et dès lors il est maître des êtres qui ne pensent point.

Il est maître des corps bruts , qui ne peuvent opposer à sa volonté qu'une lourde résistance ou qu'une inflexible dureté, que sa main sait toujours surmonter et vaincre en les faisant agir les uns contre les autres; il est maître des végétaux, que par son industrie il peut augmenter, diminuer, renouveler, dénaturer, détruire ou multiplier à l'infini; il est maître des animaux, parce que non-seulement il a comme eux du mouvement et du sentiment, mais qu'il a de plus la lumière de la pensée, qu'il connaît les lins et les moyens, qu'il sait diriger ses actions, concerter ses opérations, mesu-

1. L'homme ne change pas l'état naturel des animaux pour se les soumettre ; il profite , au contraire, de cet état naturel. G rtains animaux vivent en société et par troupes. L'homme a profité de cet instinct de sociabilité. Tous les animaux, devenus domestiques, étaient primitivement des animaux sociables. (Voyez mon livre intitulé : De l'instinct et de l'intelligence des animaux, ail chapitre sur la Domestc ité.)

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