‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 51 sur 126 · C8 LES ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

C8 LES ANIMAUX DOMESTIQUES

rer ses mouvements , vaincre la force par l'esprit , et la vitesse par l'emploi du temps.

Cependant, parmi les animaux , les uns paraissent être plus ou moins familiers, plus ou moins sauvages, plus ou moins doux , plus ou moins féroces : que l'on compare la docilité et la soumission du chien avec la fierté et la férocité du tigre, l'un paraît être l'ami de l'homme et l'autre son ennemi,- son empire sur les animaux n'est donc pas absolu : combien d'espèces savent se soustraire à sa puissance par la rapidité de leur vol , par la légèreté de leur course, par l'obscurité de leur retraite , par la dislance que met entre eux cl l'homme l'élément qu'ils habitent ! Combien d'autres espèces lui échappent par leur seule petitesse ! et enfin combien y en a-t-il qui , bien loin de reconnaître leur souverain, l'attaquent à force ouverte ! sans parler de ces insectes qui semblent l'insulter par leurs piqûres, de ces serpents dont la morsure porte le poison et la mort , et de tant d'autres bêtes immondes, incommodes, inutiles, qui semblent n'exister que pour former la nuance entre le mal et le bien , et faire sentir à l'homme combien , depuis sa chute, il est peu respecté.

C'est qu'il faut distinguer l'empire de Dieu du domaine de l'homme : Dieu, créateur des êtres, est seul maître de la nature; l'homme ne peut rien sur le produit de la création, il ne peut rien sur les mouvements des corps célestes , sur les révolutions de ce globe qu'il habite ; il ne peut rien sur les animaux , les végétaux , les minéraux en général ; il ne peut rien sur les espèces, il ne peut que sur les individus; car les espèces en général et la matière en bloc appartiennent à la nature, ou plutôt la constituent; tout se passe, se suit, se succède, se renouvelle et se meut par une puissance irrésistible; l'homme, entraîné luimême par le torrent des temps, ne peut rien pour sa propre durée; lié par son corps à la matière, enveloppé dans le tourbillon des êtres, il e>t forcé de subir la loi commune , il obéit à la même puissance, et , comme tout le re>tc, il naît, croit et périt.

Mais le rayon divin dont l'homme e>t animé l'ennoblit et l'élève au-dessus de tous les êtres matériels; cette substance spirituelle , loin d'être sujette à la matière, a le droit de la faire obéir, et quoiqu'elle ne puisse pas r«>inmander à la nature entière, elle domine sur les êtres particuliers. Dieu, source unique de toute lumière et de toute intelligence, régil l'univers el les espèces entières avec une puissance infinie : l'homme, qui n'a qu'un rayon de cette intelligence, n'a de même qu'une puissance limitée à de petiteportions de matière, et n'est maître que des individus.

C'est donc par les talents de l'esprit, et non par la force cl par les autres qualités de la matière , que l'innume a su subjuguer les animaux : dans les premiers temps ils devaient être tous également indépendants; l'homme, devenu criminel et féroce, était peu propre à les apprivoiser, il a fallu du

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