‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 53 sur 126 · Féroce : non , sans doute · texte numérisé non relu

Féroce : non , sans doute

2. On dirait que Buffon leur en fait un mérite. Mais ni la conformation de Ienrs dents, ni celle de leur estomac et de leuis intestins ne comporteraient ce goût pour la chair des animaux.

3. Autres animaux carnassiers : mais le cheval n'est pas un animal carnassier.

Nuniidie un poulain dont le poil était blanc et la crinière crépue. Marmol ■ confirme ce fait en disant qu'il y en a quelques-uns dans les déserts de l'Arabie et de la Libye, qu'ils sont petits et de couleur cendrée, qu'il y en a aussi de blancs, qu'ils ont la crinière et les crins fort courts et hérissés, et que les chiens ni les chevaux domestiques ne peuvent les atteindre à la course; on trouve aussi dans les Lettres édifiantes b qu'à la Chine il y a des chevaux sauvages fort petits.

Comme toutes les parties de l'Europe sont aujourd'hui peuplées et presque •'gaiement habitées, on n'y trouve plus de chevaux sauvages, et ceux que l'on voit en Amérique sont des chevaux domestiques et européens d'origine, que les Espagnols y ont transportés, et qui se sont multipliés dans les vastes déserts de ces contrées inhabitées ou dépeuplées; car celte espèce d'animaux manquait au Nouveau-Monde. L'étonnement et la frayeur que marquèrent les habitants du Mexique et du Pérou à l'aspect des chevaux et des cavaliers tirent assez voir aux Espagnols que ces animaux étaient absolument inconnus dans ces climats; ils en transportèrent donc un grand nombre, tant pour leur service et leur utilité particulière, que pour en propager l'espèce, ils en lâchèrent dans plusieurs îles, et même dans le continent, où ils se sont multipliés comme les autres animaux sauvages. M. de la Salle c en a vu en 1G85 dans l'Amérique septentrionale, près de la baie Saint-Louis; ces chevaux paissaient dans les prairies, et ils étaient si farouches, qu'on ne pouvait les approcher. L'auteur d de l'Histoire des aventuriers flibustiers dit « qu'on voit quelquefois dans l'île Saint-Domingue des « troupes do plus de cinq cents chevaux qui courent tous ensemble , et que « lorsqu'ils aperçoivent un homme ils s'arrêtent tous , que l'un d'eux s'ap- « proche à une certaine distance, souffle des naseaux, prend la fuite, et « que tous les autres le suivent; » il ajoute qu'il ne sait si ces chevaux ont dégénéré en devenant sauvages, mais qu'il ne les a pas trouvés aussi beaux que ceux d'Espagne, quoiqu'ils soient de celte race; « ils ont , dit-il , la tète « fort grosse aussi bien que les jambes, qui de plus sont raboteuses j ils «ont ausn les oreilles et le cou longs; les habitants du pays les appri- « voisent aisément et les font ensuite travailler, le- chasseurs leur font « porter leurs cuirs; on se sert pour les prendre de lacs de corde qu'on «tend dans les endroits où ils fréquentent j ils s'y engagenl aisément, et «-'ils so prennent par le cou ils s'étranglent eux-mêmes, à moins qu'on < n'arrive as^-cz lût pour les secourir; on les arrête par lecorps et les jambes,

ri on les attache à des arbres, où tm !«•- laisse pendant deux jours sans

a. Voyez r l/î ique de Mat nid. Paris, iggt , t. i, p, BO.

b. Voyez les Letlret édifl intes, Recueil XXVI, p. 871.

c. Voyez l' s Dernièret découvertes rf<i>ts l'Amérique septentrionale de i/. ■'< />< Salle, mises

ppai m le chevalier Tonti. Paris, 1697, p. 280.

d. Voyez VHist iredei < % flibustie rs, par 0 imelin. Paris, 1688, 1. 1, p. 110 otlii.

« boire ni manger : cette épreuve suffit pour commencer à les rendre dociles, « et avec le temps ils le deviennent autant que s'ils n'eussent jamais été « farouches, et même, si par quelque hasard ils se retrouvent en liberté, « ils ne deviennent pas sauvages une seconde fois, ils reconnaissent leurs « maîtres, et se laissent approcher et reprendre aisément a. »

Cela prouve que ces animaux sont naturellement doux et très-disposés à se familiariser avec l'homme et à s'attacher à lui : aussi n'arrive-t-il jamais qu'aucun d'eux quitte nos maisons pour se retirer dans les forêts ou dans les déserts; ils marquent au contraire beaucoup d'empressement pour revenir au gîte, où cependant ils ne trouvent qu'une nourriture grossière, toujours la même, et ordinairement mesurée sur l'économie beaucoup plus que sur leur appétit; mais la douceur de l'habitude leur tient lieu de ce qu'ils perdent d'ailleurs ; après avoir été excédés de fatigue, le lieu du repos est un lieu de délices, ils le sentent de loin, ils savent le reconnaître au milieu des plus grandes villes, et semblent préférer en tout l'esclavage à la liberté; ils se font même une seconde nature des habitudes auxquelles on les a forcés ou soumis, puisqu'on a vu des chevaux, abandonnés dans les bois , hennir continuellement pour se faire entendre , accourir à la voix des hommes, et en même temps maigrir et dépérir en peu de temps , quoiqu'ils eussent abondamment de quoi varier leur nourriture et satisfaire leur appétit.

Leurs mœurs viennent donc presque en entier de leur éducation , et celte éducation suppose des soins et des peines que l'homme ne prend pour aucun autre animal, mais dont il est dédommagé par les services continuels que lui rend celui-ci. Dès le temps du premier âge on a soin de séparer les poulains de leur mère ; on les laisse teler pendant cinq, six ou tout au plus sept mois, car l'expérience a fait voir que ceux qu'on laisse teler dix ou onze mois ne valent pas ceux qu'on sèvre plus tôt, quoiqu'ils prennent ordinairement plus de chair et de corps : après ces six ou sept mois de lait, on les sèvre pour leur faire prendre une nourriture plus solide que le lait, on leur donne du son deux fois par jour et un peu de foin, dont on augmente la quantité à mesure qu'ils avancent en âge, et on les garde dans l'écurie

a. M. de Garsault donne un autre moyen d'apprivoiser les chevaux farouches. « Quand on n'a « point apprivoisé, dit-il, les poulains dès leur tendre jeunesse , il arrive souvent que l'approche « et l'attouchement de l'homme leur causent tant de frayeur, qu'ils s'en défendent à coups de a dents et de pi ds , de façon qu'il est presque impossible de les panser et de les ferrer; si la « patience et la doue' ur ne suffisent pas, il faut, pour les apprivoiser, se servir du moyen qu'on « emploie en fauconnerie pour priver un oiseau qu'on vient de prendre et qu'on veut dresser au « vol, c'est de l'empêcher de dormir jusqu'à ce qu'il tombe de faibli ss>'; il faut en user de (( même à l'égard d'un cheval farouche , et pour cela il faut le tourner à sa place le derrière à « la mangeoire, et avoir un homme toute la nuit et tout le jour à sa tète, qui lui donne de « temps en temps une poignée de foin et l'empêche de se coucher, on verra avec étonnemeut a comme il sera subit' ment adouci; il y a cependant des chevaux qu'il faut veiller ainsi peu- » il int huit jours. » Voyez le Nouveau parfait maréchal, p. 89.

tant qu'ils marquent de l'inquiétude pour retourner à leur mère ; mais lorsque cette inquiétude est passée, on les laisse sortir par le beau temps et on les conduit aux pâturages : seulement il faut prendre garde de les laisser paître à jeun, il faut leur donner le son et les faire boire une heure avant de les mettre à l'herbe, et ne jamais les c.\ poser au grand froid ou à la pluie; ils passent de cette façon le premier hiver : au mois de niai suivant , non-seulement on leur permettra de pâturer tous les jours, mais on les laissera coucher à l'air dans les pâturages pendant tout l'été et jusqu'à la fin d'octobre, en observant seulement de ne leur pas laisser paître les regains ; s'ils s'accoutumaient à cette herbe trop fine ils se dégoûteraient du foin, qui doit cependant faire leur principale nourriture pendant le second hiver avec du son mêlé d'orge ou d'avoine moulus ; on les conduit de cette façon en les laissant pâturer le jour pendant l'hiver, et la nuit pendant l'été jusqu'à l'âge de quatre ans, qu'on les retire du pâturage pour les nourrir à l'herbe sèche : ce changement de nourriture demande quelques précautions, on ne leur donnera pendant les premiers huit jours que de la paille, et on fera bien de leur faire prendre quelques breuvages contre les vers, que les mauvaises digestions d'une herbe trop crue peuvent avoir produits. M. de Garsault a, qui recommande cette pratique, est sans doute fondé sur l'expérience : cependant on verra qu'à tout âge et dans tous les temps l'estomac de tous les chevaux est farci d'une si prodigieuse quantité de vers, qu'ils semblent faire partie de leur constitution; nous les avons trouvés dans les chevaux sains comme dans les chevaux malades, dans ceux qui paissaient l'herbe comme dans ceux qui ne mangeaient que de l'avoine et du foin; et les ânes, qui de tous les animaux sont ceux qui approchent le plus de la nature du cheval, ont aussi celle prodigieuse quantité devers dans l'estomac, et n'en sont pas plus incommodés; ainsi l'on ne doit pas regarder les vers, du moins ceux dont nous parlons1, comme une maladie accidentelle, causée par les mauvaises digestions d'une herbe crue, mais plutôt comme un effet dépendant de la nourriture et de la digestion ordinaire de ces animaux.

Il faut avoir attention , lorsqu'on sèvre les jeunes poulains, de les mettre dans une écurie propre , qui ne soit pas trop chaude, crainte de Jes rendre trop délicats et trop sensibles aux impressions de l'aii'; on leur donnera souvent de la litière fraîche, on les tiendra propres en les bouchonnant de temps en temps; mais il m; faudra ni les attacher ni le- panser à la main qu'à l'âge de deux ans et demi mi trois ans : ce froltemenl trop rude leur causerait de la douleur, leur peau est encore trop délicate pour le souffrir, et ils dépériraient au lieu de profiter; il faut ausi i avoir soin que le râtelier el la mangeoire ne soient pas trop élevés; la nécessité de lever la tôle trop haut pour prendre leur nourriture pourrai! leur donner l'habitude de la

". Vo I u parfait maréchal, parM, di Gai mit. Pari , 1748, p. 84 et 85.

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