‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 56 sur 126 · J page 204, qu'il j .1 ti "i de · texte numérisé non relu

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chevaux arabes, si l'on en peut avoir, et les barbes doivent être préférés, et ensuite les chevaux d'Espagne et du royaume de Naples; et pour les climats froids, ceux de Danemarck, et ensuite ceux du Holstein et de la Frise. Tous ces chevaux produiront en France, avec les juments du pays, de très-bons chevaux, qui seront d'autant meilleurs et d'autant plus beaux jue la température du climat sera plus éloignée de celle du climat de la France, en sorte que les arabes feront mieux que les barbes , les barbes mieux que ceux d'Espagne, et de même les chevaux tirés de Danemarck produiront de plus beaux chevaux que ceux de la Frise. Au défaut de ces chevaux de climats beaucoup plus froids ou plus chauds, il faudra faire venir des étalons anglais ou allemands, ou même des provinces méridionales de la France dans les provinces septentrionales : on gagnera toujours à donner aux juments des chevaux étrangers; et, au contraire, on perdra beaucoup à laisser multiplier ensemble dans un haras des chevaux de même race, car ils dégénèrent infailliblement et en très-peu de temps.

Dans l'espèce humaine , le climat et la nourriture n'ont pas d'aussi mandes influences que dans les animaux, et la raison en est assez simple: l'homme se défend mieux que l'animal de l'intempérie du climat; il se loge, il se vêtit convenablement aux saisons; sa nourriture est aussi beaucoup plus variée, et par conséquent elle n'influe pas de la même façon sur tous les individu:'; les défauts ou les excès qui viennent de ces deux causes, et qui sont si "constants et si sensibles dans les animaux, le sont beaucoup moins dans les hommes; d'ailleurs, comme il y a eu de fréquentes migrations de peuples, que les nations se sont mêlées, et que beaucoup d'hommes voyagent et se répandent de tous côtés, il n'e^t pas étonnant que les races humaines paraissent être moins sujettes au climat, et qu'il se trouve des hommes forts, bien faits, et même spirituels dans tous les pays. Cependant on peut croire que, par une expérience dont on a perdu toute mémoire, les hommes ont autrefois connu le mal qui résultait des alliances du même sang, puisque chez les nations les moins policées il a rarement été permis au frère d'épouser sa : œur : cet usage, qui est pour nous de droit divin, et qu'on ne rapporte chez les autres peuples qu'à des vues politiques, a peutêtre été fondé sur l'observation; la politique ne s'étend pas d'une manière si générale et si absolue, à moins qu'elle ne tienne au physique; mais si les hommes ont une fois connu par expérience que leur race dégénérait toutes le fois qu'ils ont voulu la conserver sans mélange dans une même famille, i! auront regardé comme une loi de la nature celle de l'alliance avec des familles étrangères, et se seront tous accordés à ne pas souffrir de mélange entre leurs enfants. Et, en effet, l'analogie peut faire présumer que dans la plupart des climats les hommes dégénéreraient, comme les animaux, après un certain nombre de générations.

Une autre influence du climat et de la nourriture est la variété des cou-

leurs dans la robe des animaux; ceux qui sont sauvages et qui vivent dans le même climat sont d'une même couleur, qui devient seulement un peu plus claire ou plus foncée dans les différentes saisons de l'année; ceux, au contraire, qui vivent sous des climats différents, sont de couleurs différente , et les animaux domestiques varient prodigieusement par les couleurs, en sorte qu'il y a des chevaux, des chiens, etc., de toute sorte de poils, au lieu que les cerfs, les lièvres, etc., sont tous de la même couleur : les injures du climat toujours les mêmes, la nourriture toujours la même, produisent dans les animaux sauvages cette uniformité; le soin de l'homme, la douceur de l'abri, la variété dans la nourriture, effacent et font varier celte couleur dans les animaux domestiques, aussi bien que le mélange des races étrangères, lorsqu'on n'a pas soin d'assortir la couleur du mâle avec celle de la femelle, ce qui produit quelquefois de belles singularités, comme on le voit sur les chevaux pies, où le blanc et le noir sont appliques d'une manière si bizarre et tranchent l'un sur l'autre si singulièrement qu'il semble que ce ne soit pas l'ouvrage de la nature, mais l'effet du caprice d'un peintre.

Dans l'accouplement des chevaux on assortira donc le poil et la taille , on contrastera les figures, on croisera les races en opposant les climats, et on ne joindra jamais ensemble les chevaux et les juments nés dans le même haras; toutes ces conditions sont essentielles, et il y a encore quelques autres attentions qu'il ne faut pas négliger : par exemple, il ne faut point, dans un haras, de juments à queue courte, parce que ne pouvant se défendre des mouches, elles en sont beaucoup plus tourmentées que celles qui ont tous leurs crins, et l'agitation continuelle que leur cause la piqûre de ces insectes fait diminuer la quantité de leur lait , ce qui influe beaucoup sur le tempérament et la taille du poulain qui , toutes choses égales d'ailleurs , sera d'autant plus vigoureux que sa mère sera meilleure nourrice. 11 faut tâcher de o'avoir pour son haras que des juments qui aient toujours pâturé et qui n'aient point fatigué; le- juments qui ont toujours été à l'écurie nourries au sec, et qu'on met ensuite au patinage, ne produisent pas d'abord ; il leur faut du temps pour s'accoutumer à celle nouvelle nourriture.

Quoique la saison ordinaire de la chaleur des juments soit depuis le commencement d'avril jusqu'à la lin de juin, il arrive assez souvent que dans un grand nombre il y en a quelques-unes qui sont en chaleur avant ce temps : on fera bien de lai ser pas er cette chaleur sans les faire couvrir, parce que le poulain naîtrait en hiver, souffrirai! de l'intempérie de la saison, et ne pourrait sucer qu'un mauvais lait; et «le même lorsqu'une jument ne \ ient en chaleur qu'après h' mois de juin , on ne de\ rail pas lii laisser couvrir, parce que le poulain, naissant alors en été, n'a pas le temps d'acquérir assez de force pour rési iter aux injures de l'hiver suivant.

Beaucoup de gens , ;m lieu de conduire l'étalon à la jument pour la faire

couvrir, le lâchent dans le parquet où les juments sont rassemblées, et l'y

laissent en liberté choisir lui-môme celles qui ont besoin de lui, et les satisfaire à son gré; cette manière est bonne pour les juments, elles produiront même plus sûrement que de l'autre façon , mais l'étalon se ruine plus en six semaines qu'il ne ferait en plusieurs années par un exercice modéré et conduit comme nous l'avons dit.

Lorsque les juments sont pleines et que leur ventre commence à s'appesantir, il faut les séparer des autres qui ne le sont point, et qui pourraient les blesser; elles portent ordinairement onze moisel quelques jours; ellesaccouehent debout, au lieu que presque tous les autres quadrupèdes se couchent: on aide celles dont l'accouchement est difficile, on y met la main, on remet le poulain en situation, et quelquefois même, lorsqu'il est mort , on le tire avec des cordes. Le poulain se présente ordinairement la tète la première, comme dans toutes les autres espèces d'animaux; il rompt ses enveloppes en sortant de la matrice, et les eaux abondantes qu'elles contiennent s'écoulent ; il tombe en même temps un ou plusieurs morceaux solides formés par le sédiment de la liqueur épaissie de l'allantoïde ; ce morceau , que les anciens ont appelé l'hippomanès ' du poulain, n'est pas, comme ils le disent , un morceau de chair attaché à la tête du poulain, il en est au contraire séparé par la membrane amnios; la jument lèche le poulain après sa naissance, mais elle ne touche pas à l'hippomanès , et les anciens se sont encore trompés lorsqu'ils ont assuré qu'elle le dévorait à l'instant.

L'usage ordinaire est de faire couvrir une jument neuf jours après qu'elle a pouliné; c'est pour ne point perdre de temps, et pour tirer de son haras tout le produit que l'on peut en attendre; cependant il est sûr que la jument ayant ensemble à nourrir son poulain né et son poulain à naître, ses forces sont partagées, et qu'elle ne peut leur donner autant que si elle n'avait que l'un ou l'autre à nourrir : il serait donc mieux, pour avoir d'excellents chevaux, de ne laisser couvrir les juments que de deux années l'une ; elles dureraient plus longtemps et retiendraient plus sûrement; car dans les haras ordinaires il s'en faut bien que toutes les juments qui ont été couvertes produisent tous les ans ; c'est beaucoup lorsque dans la même année il s'en trouve la moitié ou les deux tiers qui donnent des poulains.

Les juments , quoique pleines, peuvent souffrir l'accouplement, et cependant il n'y a jamais de superfélation ; elles produisent ordinairement jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans , et les plus vigoureuses ne produisent guère au delà de dix-huit ans : les chevaux, lorsqu'ils ont été ménagés, pouvent engendrer jusqu'à l'âge de vingt et même au delà, et l'on a fait sur animaux la même remarque que sur les hommes, c'est que ceux qui ont commencé de bonne heure finissent aussi plus tôt; car les gros chevaux, qui sont plus tôt formés que les chevaux fins, et dont on fait des étalons

1. Hippomanês : concrétions qui, comme le dit Buffj>n, se forment dans la liqueur épaissie de Vallanloidc. Voyez h (bsrription du cheval par Daulienton.

dès l'âge di1 quatre ans, ne tinrent pas m longtemps, et sont coramunén hors d'état d'engendrer avant l'âge de quinze ans a.

La durée de la vie des chevaux est, comme dans toutes les autres espèces d'animaux, proportionnée à la durée du temps de leur accroissement; l'homme, qui est quatorze ans à croître1, peut vivre six ou sept fois autan) de temps, c'est-à-dire, quatre-vingt-dix ou cent ans; le cheval , dont l'accroissement se fait en quatre ans2, peu! vivre six ou sept fois autant, c'est-àdire, vingt-cinq ou trente ans: les exemples qui pourraient être contraires à celte règle sont >i rares , qu'on ne doit pas même les regarder comme une exception dont on puisse tirer des conséquences; et comme les gros chevaux prennent leur entier accroissement en moins de temps que les chevaux fins , ils vivent aussi moins de temps , et sont vieux t\i'> l'âge de quinze ans.

Il paraîtrait au premier coup d'œil que dans les chevaux et la plupart des autres animaux quadrupèdes, l'accroissement des parties postérieures est d'abord plus grand que celui des parties antérieures, tandis que dans l'homme les parties inférieures croissent moins d'abord que les parties supérieures; car dans l'enfant les cuisses et les jambes sont, à proportion du corps, beaucoup moins grandes que dans l'adulte : dans le poulain au contraire les jambes de derrière sont assez longues pour qu'il puisse atteindre à sa tête avec le pied de derrière, au lieu que le cheval adulte ne peut plus y atteindre ; mais cette différence vient moins de l'inégalité de l'accroissement total des parties antérieures et postérieures ipic de l'inégalité depieds de devant et de ceux de derrière, qui est constante dans toute la nature, et plus sensible dans les animaux quadrupèdes ; car dans l'homme les pieds sont plus gros que les mains, et sont aussi plus tôt formés; et dans le cheval, dont une grande partie de la jambe de derrière n'est qu'un pied, puisqu'elle u'est composée que des os relatifs au tarse, au métatarse, etc. ,

il n'est pasél ant que ce pied soit plus étendu et plus tôt développé que

la jambe de devant, dont toute la partie inférieure représente la main, puisqu'elle n'est composée que des os du carpe, du métacarpe, etc. Lorsqu'un poulain vient de naître on remarque aisément cette différence; les jambes de devant comparées à celles de derrière paraissent, al sont en effet beaucoup plus courtes alors qu'elles ne le seront dans la suite, et d'ailleurs l'épaisseur que le corps acquiert , quoique indépendante des proportions de l'accrois -

a. \ oyi / le Vb ' maréchal, de M. d uivanti s.

1. L'homme est vh ( car ce n'est qu'à cet âge qui e fait . dans L'homme, li réunion d' os et des épiphy ses) , et il vit ou peut vivre à peu ]

lois vingt ans. J i qu'i Ile nombre cinq se rapproche plu du rapport réel entre la

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li page 77.)

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