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4ni LE CHEVAL.
forl délicate : ces chevaux sauvages sont plus petits que les autres, ils sont communément de couleur cendrée, quoiqu'il y en ait aussi de blancs, et ils ont le crin et le poil delà queue fort court el hérissé. D'autres voyageurs a nous ont donné sur les chevaux arabes des relations curieuses , dont nous ne rapporterons ici que les principaux faits.
Il n'y a point d'Arabe , quelque misérable qu'il soit , qui n'ait des chevaux ; ils montent ordinairement les juments, l'expérience leur ayant appris qu'elles résistent mieux que les chevaux à la fatigue , à la faim et à la soif; elles sont aussi moins vicieuses, plus douces, et hennissent moins fréquemment que les chevaux : ils les accoutument si bien à être ensemble qu'elles demeurent en grand nombre, quelquefois des jours entiers, abandonnées à elles-mêmes sans se frapper les unes les autres, et sans se faire aucun mal. Les Turcs au contraire n'aiment point les juments , et les Arabes leur vendent les chevaux qu'ils ne veulent pas garder pour étalons; ils conservent avec grand son , et depuis très-longtemps , les races de leurs chevaux; ils en connaissent les générations, les alliances et toute la généalogie; ils distinguent les races par des noms différents , et ils en font trois classes : la première est celle des chevaux nobles, de race pure et ancienne des deux côtés; la seconde est celle des chevaux de race ancienne, mais qui se sont mésalliés, et la troisième est celle des chevaux communs : ceux-ci se vendent à bas prix, mais ceux de la première classe, et même ceux de la seconde, parmi lesquels il s'en trouve d'aussi bons que ceux de la première, sont excessivement chers; ils ne font jamais couvrir les juments de cette première classe noble que par des étalons de la même qualité ; ils connaissent par une longue expérience toutes les races de leurs chevaux et de ceux de leurs voisins, ils en connaissent en particulier le nom , le surnom , le poil, les marques, etc. Quand ils n'ont pas des étalons nobles ils en empruntent chez leurs voisins, moyennant quelque argent, pour faire couvrir leurs juments, ce qui se fait en présence de témoins qui en donnent une attestation signée et scellée par-devant le secrétaire de l'émir, ou quelque autre personne publique; et dans cette attestation, le nom du cheval et de la jument est cité , et toute leur génération exposée ; lorsque la jument a pouliné, on appelle encore des témoins, el l'on fail une autre attestation dans laquelle on fait la description du poulain qui vient de naître, et on marque le jour de sa naissance. Ces billets donnent le prix aux chevaux , el on les remet à ceux qui lés achètent. Les moindres juments de cette première classe m, ni de cinq rm\« écus, et il y en a beaucoup qui se vendent mille écus, ei môme quatre, cinq cl si\ mille livres. Comme les arabes n'ont qu'une lente pour maison, cette tente leur sert aussi d'écurie; la jument, I- poulain, le mari, la femme el les enfanta couchent tous prie mêle les nus
„ voyez i' Pi yagt de M •<'■ la Rogtw, bil pu ' i " xn- l'1" • l71*« P ',"'t
gt Pal , 1746, I M . p. 6i6
avec les autres : on y voit les petits enfants sur le corps, sur le cou de la jument et du poulain, sans que ces animaux les blessent ni les incommodent; on dirait qu'ils n'osent se remuer, de peur de leur faire du mal : ces juments sont si accoutumées à vivre dans cette familiarité, qu'elles souffrent toute sorte de badinage. Les Arabes ne les battent point, ils les traitent doucement, ils parlent et raisonnent avec elles, ils en prennent un très-grand soin, ils les laissent toujours aller au pas, et ne les piquent jamais sans nécessité; mais aussi dès qu'elles se sentent chatouiller le flanc avec le coin de l'étrier, elles parlent subitement et vont d'une vitesse incroyable; elles sautent le» haies et les fossés aussi légèremeut que des biches, et si leur cavalier vient à tomber, elles sont si bien dressées qu'elles s'arrêtent tout court, même dans le galop le plus rapide. Tous les chevaux des Arabes sont d'une taille médiocre , fort dégagés, et plutôt maigres que gras ; ils les pansent soir et matin fort régulièrement et avec tant de soin qu'ils ne leur laissent pas la moindre crasse sur la peau; ils leur lavent les jambes, le crin et la queue , qu'ils laissent toute longue et qu'ils peignent rarement pour ne pas rompre le poil ; ils ne leur donnent rien à manger de tout le jour, ils leur donnent seulement à boire deux ou trois fois , et au coucher du soleil ils leur passent un sac à la tête, dans lequel il y a environ un demi-boisseau d'orge bien nette : ces chevaux ne mangent donc que pendant la nuit, et on ne leur ôle le sac que le lendemain matin lorsqu'ils ont tout mangé : on les met au vert au mois de mars, quand l'herbe est assez grande; c'est dans cette même saison que l'on fait couvrir les juments, et on a grand soin de leur jeter de l'eau froide sur la croupe, immédiatement après qu'elles ont été couvertes : lorsque la saison du printemps est passée , on relire les chevaux du pâturage, et on ne leur donne ni herbe ni foin de tout le reste de l'année, ni même de paille que très-rarement; l'orge est leur unique nourriture. On ne manque pas de couper aussi les crins aux poulains dès qu'ils ont un an ou dix-huit mois, afin qu'ils deviennent plus touffus et plus longs ; on les monte dès l'âge de deux ans ou deux ans et demi tout au plus tard , on ne leur met la selle et la bride qu'à cet âge ; et tous les jours, du matin jusqu'au soir, tous les chevaux des Arabes demeurent sellés et bridés à la porte de la tente.
La race de ces chevaux s'est étendue en Barbarie , chez les Maures , et même chez les Nègres de la rivière de Gambie et du Sénégal ; les seigneurs du pays en ont quelques-uns qui sont d'une grande beauté; au lieu d'orge ou d'avoine on leur donne du maïs concassé ou réduit en farine, qu'on mêle avec du lait lorsqu'on veut les engraisser, et dans ce climat si chaud on ne les laisse boire que rarement a. D'un autre côté , les chevaux arabes ont peuplé l'Egypte, la Turquie, et peut-être la Perse, où il y avait autrefois des
a. Voyez Histoire générale des voyages, t. III , p. 297.
haras très-considérables : Marc Paul " cite un haros de dix mille juments blanches , et il dit que dans la province de Balascie il y avait une grande quantité de chevaux grands et légers, avec la corne du pied si dure qu'il était inutile de les ferrer.
Tous les chevaux du Levant ont, comme ceux de Perse et d'Arabie, la. corne fort dure; on les ferre cependant , mais avec des fers minces, légers, et qu'on peut clouer partout : en Turquie, en Perse et en Arabie , on a aussi les mêmes usages pour les soigner, les nourrir, et leur faire de la litière de leur fumier, qu'on fait auparavant sécher au soleil pour en ôter l'odeur; et ensuite on le réduit en poudre et on en fait une couche, dans l'écurie ou dans la tente, d'environ quatre ou cinq pouces d'épaisseur : cette litière sert tort longtemps, car quand elle est infectée de nouveau, on la relève pour la faire sécher au soleil une seconde fois, et cela lui fait perdre entièrement sa mauvaise odeur.
Il y a en Turquie des chevaux arabes , des chevaux tartarcs , des chevaux hongrois et des chevaux de race du pays; ceux-ci sont beaux et très-lins \ ils ont beaucoup de feu, de vitesse, et même d'agrément, mais ils sont trop délicats, ils ne peuvent supporter la fatigue, ils mangent peu, ils s'échauffent aisément, et ont la peau si sensible qu'ils ne peuvent supporter le frottement de l'étrille; on se contente de les frotter avec l'époussetle et de les laver : ces chevaux, quoique beaux, sont, comme l'on voit, fort au-dessous de arabes, ils sont même au-dessous des chevaux de Perse, qui sont, après li arabes r, les plus beaux et les meilleurs chevaux de l'Orient; les pâtura es des plaines deMédie, de Persépolis, d' Ardebil.de Derbent, sont admirables, et ou v élève par les ordres du gouvernement une prodigieuse quantité de chevaux, dont la plupart sont très-beaux, et presque tous excellents : Pietro délia Yalle d préfère les chevaux communs de Perse aux chevaux d'Italie, et même, dit-il, aux plis excellents chevaux du royaumede Naplesj iuiiiiémenl ils sont de taille médiocre »j il y en a même de fort petits f, qui n'eu sont pas moins bons ni moins forts , mais il s'en trouve aussi beaucoup de bonne taille, et plus grands que les chevaux de selle anglais ». lis oui tous la tête légère, l'encolure fine, le poitrail droit, les oreilles bien faites ci bien placées, les jambes menues, la croupe belle et la corne dure; il> sont dociles, \ifs, légers, hardis, courageux, ci capables de supporter une
,i. Voyi /li/' i. Paris, L566 , 1. 1, \\. Il ,
|e Voyage de M. Dumont] : ■ '■ "iv.
\ [eg 1 y : , i , ,. t. II, p 240; de Chardin \m ». itii , f. II.
i et suiv.
d. Voyez les 1 M alla, R< uen, '■ ■. ln-1 '. t. V, p. 18* . i suiv
,-. Voyez les îli fei . Rouen, 1713, t. il , p. 10 1 1 tO.
g. Voyez! ' ri din , t. II, p
grande fatigue ; ils courent d'une très-grande vitesse , sans jamais s'abattre ni s'affaisser; ils sont robustes et très-aisés à nourrir, on ne leur donne que de l'orge mêlée avec de la paille hachée menu, dans un sac qu'on leur passe à la tête, et on ne les met au vert que pendant six semaines au printemps ; on leur laisse la queue longue , on ne sait ce que c'est que de les faire hongres; on leur donne des couvertures pour les défendre des injures de l'air ; on les soigne avec une attention particulière, on les conduit avec un simple bridon et sans éperon , et on en transporte une très-grande quantité en Turquie et surtout aux Indes : ces voyageurs, qui font tous l'éloge des chevaux de Perse, s'accordent cependant à dire que les chevaux arabes sont encore supérieurs pour l'agilité , le courage et la force, et même la beauté, et qu'ils sont beaucoup plus recherchés, en Perse même, que les plus beaux chevaux du pays.
Les chevaux qui naissent aux Indes ne sont pas bons0; ceux dont se servent les grands du pays y sont transportés de Perse et d'Arabie ; on leur donne un peu de foin le jour, et le soir on leur fait cuire des pois avec du sucre et du beurre au lieu d'avoine ou d'orge; cette nourriture les soutient et leur donne un peu de force; sans cela ils dépériraient en très-peu de temps, le climat leur étant contraire. Les chevaux naturels du pays sont, en général, fort petits; il y en a même de si petits que Tavernier rapporte (lue le jeune prince du Mogol, âgé de sept ou huit ans, montait ordinairement un petit cheval très-bien fait, dont la taille n'excédait pas celle d'un grand lévrier 6. Il semble que les climats excessivement chauds soient contraires aux chevaux : ceux de la côte d'Or, de celle de Juida, de Guinée, etc., sont, comme ceux des Indes, fort mauvais; ils portent la tête et le cou fort bas; leur marche est si chancelante qu'on les croit toujours prêts à tomber; ils ne se remueraient pas si on ne les frappait continuellement, et la plupart sont si bas que les pieds de ceux qui les montent touchent presque à terre c; ils sont de plus fort indociles, et propres seulement à servir de nourriture aux Nègres, qui en aiment la chair autant que celle des ebiens d : ce goût pour la chair du cheval est donc commun aux Nègres et aux Arabes; il se retrouve en Tartarie et même à la Chine e. Les chevaux chinois ne valent pas mieux que ceux des Indes f; ils sont faibles, lâches, mal laits et fort petits; ceux de la Corée n'ont que trois pieds de hauteur : à la Chine
Voyez 1.' jr0yage àelaBoullaye leGous. Paris, 1657, p. 256; et le Recueil d i" t/ages U"i ont servi à l'élablissement de la Compagnie des Indes. Amsterd., 1702, t. IV, p. 424. °- x de /• rnier, t. III, p. 331.
c. Voyez llisloire générale des voyages, t. IV, p. 228.
d. Idem, t. IV, p. 353.
c Voyez le Voyage de M. Le Cent il. Pyii.s , i : .::> , t. II, ]
f. Voyez les Ancien»*® relations des Indes et do la i p. 204; VHistoii res, t. VI, p. 492 S 533; VU loir, de la de la
Chine, par Pal ifox, Paris, 1670, p. i
40(3 LE CHEVA*.
presque tous les chevaux sont hongres, et ils sont si timides qu'on ne peut s'en servir à la guerre; aussi peut-on dire que ce sont les chevaux tartares qui ont fait la conquête de la Chine : ces chevaux sont très-propres pour la guerre, quoique communément ils ne soient que de taille médiocre; ils sont forts, vigoureux, fiers, ardents, légers et grands coureurs; ils ont la corne du pied fort dure, mais trop étroite, la tête fort légère, mais trop petite, l'encolure longue et raide, les jamhes trop hautes; avec tous ces défauts ils peuvent passer pour de très-bons chevaux; ils sont infatigables et courent d'une vitesse extrême. Les Tartares vivent avec leurs chevaux à peu près comme les Arabes; ils les font monter dès l'âge de sept ou huit mois par de jeunes enfants qui les promènent et les font courir à petites reprises; ils les dressent ainsi peu à peu et leur font souffrir de grandediètes ; mais ils ne les montent pour aller en course que quand ils ont six ou sept ans , et ils leur font supporter alors des fatigues incroyables ", comme de marcher deux ou trois jours sans s'arrêter, d'en passer quatre ou cinq sans autre nourriture qu'une poignée d'herbe de huit heures en huit heures, et d'être en même temps vingt-quatre heures sans boire, etc. Ces chevaux, qui paraissent, et qui sont en effet si robustes dans leur pays, dépérissent dès qu'on les transporte à la Chine et aux Indes, mais ils réussissent assez en Perse et en Turquie. Les Pelits-Tartares ont aussi une race de petits chevaux dont ils font tant de cas qu'ils ne se permettent jamais de les vendre à des étrangers : ces chevaux ont toutes les bonnes et mauvaises qualités de ceux de la grande Tartarie, ce qui prouve combien les mêmes mœurs et la même éducation donnent le même naturel et la même habitude à ces animaux. Il y a aussi en Circassie et eu Mingrélie beaucoup de chevaux qui sont même plus beaux «pie les chevaux tartares; on trouve encore d'assez beaux chevaux en Ukraine, en Valachie, en Pologne et en Suède; mais nous n'avons pas d'observations particulières de leurs qualités et de leurs défauts.
Maintenant, si l'on consulte les anciens sur la nature et les qualités des chevaux des différents pays, on trouvera 6 que les chevaux de Grèce, el surtout ceux de la Thessalie et de l'Épire, avaient de la réputation et étaient très-bons pour la guerre; que ceux de l'Achaïe étaient les pins grands que l'on connût; que les plus beaux de tous étaient ceux d'Egypte, où il y en avait u\nt très-grande quantité, et où Salomon envoyait en acheter à un très-grand prix; qu'en Ethiopie les chevaux réussissaient mal à cause de la trop grande chaleur du climat ; que l'Arabie et l'Afrique fournissaient les
chevaux les mieux lads, et surtout h'- plus légers et le- plus propres ii la
monture et ;( la course; «pie .eux d'Italie, et surtout de la Pouille, étaient
"• IfoyezP Rouen , 1718, t. III , p. LB«i
••■ i p. 47* et luiv.j ttiilo t. VI, p. 808, et t. VII
t. Vl I Uni. mil
aussi très-bons; qu'en Sicile, Cappadoce, Syrie, Arménie, Médie et Perse, il y avait d'excellents chevaux, et recommandablcs par leur vitesse et leur légèreté ; que ceux de Sardaigne et de Corse étaient petits, mais vifs et courageux ; que ceux d'Espagne ressemblaient à ceux des Parthes, et étaient excellents pour la guerre; qu'il y avait aussi en Transylvanie et en Yalachie des chevaux à tête légère, à grands crins pendants jusqu'à terre, et à queue touffue, qui étaient très-prompts à la course; que les chevaux danois étaient bien faits et bons sauteurs ; que ceux de Scandinavie étaient petits, mais bien moulés et fort agiles ; que les chevaux de Flandre étaient forts; que les Gaulois fournissaient aux Romains de bons chevaux pour la monture et pour porter des fardeaux; que les chevaux des Germains étaient mal faits et si mauvais qu'ils ne s'en servaient pas; que les Suisses en avaient beaucoup et de très-bons pour la guerre; que les chevaux de Hongrie étaient aussi fort bons; et, enfin, que les chevaux des Indes étaient fort petits et très-faibles.
11 résulte de tous ces faits que les chevaux arabes ont été de tous temps et sont encore les premiers chevaux du monde, tant pour la beauté que pour la bonté ; que c'est d'eux que l'on tire, soit immédiatement, soit médiatement, par le moyen des barbes, les plus beaux chevaux qui soient en Europe, en Afrique et en Asie; que le climat de l'Arabie est peut-être le vrai climat des chevaux et le meilleur de tous les climats, puisqu'au lieu d'y croiser les races par des races étrangères on a grand soin de les conserver dans toute leur pureté; que si ce climat n'est pas par lui-même le meilleur climat pour les chevaux, les Arabes l'ont rendu tel par les soins particuliers qu'ils nt pris de tous les temps d'anoblir les races, en ne mettant ensemble que les individus les mieux faits et de la première qualité; que par cette attention, suivie pendant des siècles, ils nt pu perfectionner l'espèce au delà de ce que la nature aurait fait dans le meilleur climat : on peut encore en conclure que les climats plus chauds que froids, et surtout les pays secs, sont ceux qui conviennent le mieux à la nature de ces animaux ; qu'en général les petits chevaux sont meilleurs que les grands; que le soin leur est aussi nécessaire à tous que la nourriture; qu'avec de la familiarité et des caresses on en tire beaucoup plus que par la force et les châtiments; que les chevaux des pays chauds ont les os, la corne, les muscles plus durs que ceux de nos climats; que quoique la chaleur convienne mieux que le froid à ces animaux, cependant le chaud excessif ne leur convient pas; que le grand froid leur est contraire; qu'enfin, leur habitude et leur naturel dépendent presque en entier du climat, de la nourriture, des soins et de l'éducation.
En Perse, en Arabie, et dans plusieurs autres lieux de l'Orient, on n'est pas dans l'usage de hongrer les chevaux, comme on le fait si généralement en Europe et à la Chine : cette opération leur ôte beaucoup de force, de courage, de fierté, etc., mais leur donne de la douceur, de la tranquillité, de la docilité. Pour la faire, on leur attache les jambes avec des cordes ou les
renverse sur le dos, on ouvre les bourses avec un bistouri, on en lire les testicules, on coupe les vaisseaux qui y aboutissent et les ligaments qui les soutiennent, et, après les avoir enlevés on referme la plaie, et on a soin de faire baigner le cheval deux fois par jour pendant quinze jours, ou de l'étuver souvent avec de l'eau fraîche et de le nourrir pendant ce temps avec du son détrempé dans beaucoup d'eau, afin de le rafraîchir : cette opération se doit faire au printemps ou en automne, le grand chaud et le grand froid y étant (gaiement contraires. A l'égard de l'âge auquel on doit la faire, il y a des usages différents : dans certaines provinces on hongre les chevaux dès l'âge d'un an ou dix-huit mois, aussitôt que les testicules sont bien apparents au dehors ; mais l'usage le plus général et le mieux fondé e.-t de ne les hongrer qu'à deux et même à trois ans, parce qu'en les hongrant tard ils conservent un peu plus des qualités attachées au sexe masculin. Pline a dit que les dents de lait ne tombent point à un cheval qu'on fait hongre avant qu'elles soient tombées : j'ai été à portée de vérifier ce fait, et il ne s'est pas trouvé vrai ; les dents de lait tombent également aux jeunes chevaux hongres et aux jeunes chevaux entiers, et il est probable que les anciens n'ont hasardé ce fait que parce qu'ils l'ont cru fondé sur l'analogie de la chute des cornes du cerf, du chevreuil, etc., qui, en effet, ne tombent point lorsque l'animal a été coupé. Au reste, un cheval hongre n'a plus la puissance d'engendrer, mais il peut encore s'accoupler, et l'on en a vu des exemple-.
Les chevaux, de quelque poil qu'ils soient, muent comme presque tous le- autres animaux couverts de poil, et celle mue se fait une fois l'an, ordinairement au printemps, et quelquefois en automne; ils sont alors plus faillie-que dans les autres temps, il faut les ménager, les soigner davantage, et les nourrir un peu plus largement. Il y a aussi des chevaux qui muent de corne : cela arrive surtout à ceux qui ont été élevés dans des pays humilies et marécageux, comme en Hollande.
Les chevaux hongres et les juments hennissent moins fréquemment que les chevaux entiers, ils ont aussi la voix moins pleine et moins grave : on peu! distinguer dans tous cinq b sortes de hennissements différents, relatif- à différentes passions : le hennissement d'allégresse, dans lequel la voix se fait entendre assez longuement, monte et finit à des sons plus aigus; le cheval rue en même temps, mais légèrement, et ne cherche point à li apper ; le hennissement du désir, soit d'amour, soit d'attachement, dans lequel le cheval ne me point, el la voix se fait entendre longuement el finil par des Bons plus graves; le henni; emenl de la colère, pendant lequel le cheval rue et frappe dangereusement, e i très-court el aigu; celui de la crainte, pendant lequel il rue aussi, n'esl guère plus long que celui de la colère, la voix est f rave, rauque, el semble sortir en entier des naseaux : ce hennissement i t
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assez semblable au rugissement d'un lion; celui de la douleur cd moins un hennissement qu'un gémissement ou ronflement d'oppression qui se fait à voix grave, et suit les alternatives de la respiration. Au reste, on a remarqué que les chevaux qui hennissent le plus souvent, surtout d'allégresse et de désir, sont les meilleurs et les plus généreux : les chevaux entiers ont aussi la voix plus forte que les hongres et les juments ; dès la naissance, le mâle a la voix plus forte que la femelle; à deux ans ou deux ans et demi , c'est-à-dire à l'âge de puberté, la voix des mâles et des femelles devient plus forte et plus grave, comme dans l'homme et dans la plupart des autres animaux. Lorsque le cheval est passionné d'amour, de désir, d'appétit, il montre les dents et semble rire , il les montre aussi dans la colère et lorsqu'il veut mordre; il tire quelquefois la langue pour lécher, mais moins fréquemment que le bœuf, qui lèche beaucoup plus que le cheval, et qui cependant est moins sensible aux caresses : le cheval se souvient aussi beaucoup plus longtemps des mauvais traitements, et il se rebute bien plus aisément que le bœuf; son naturel ardent et courageux lui fait donner d'abord tout ce qu'il possède de forces, et lorsqu'il sent qu'on exige encore davantage, il s'indigne et refuse, au lieu que le bœuf, qui de sa nature est lent et paresseux, s'excède et se rebute moins aisément.
Le cheval dort beaucoup moins que l'homme; lorsqu'il se porte bien il ne demeure guère que deux ou trois heures de suite couché, il se relève ensuite pour manger, et lorsqu'il a été trop fatigué il se couche une seconde fois après avoir mangé, mais en tout il ne dort guère que trois ou quatre heures en vingt quatre : il y a même des chevaux qui ne se couchent jamais et qui dorment toujours debout; ceux qui se couchent dorment aussi quelquefois sur leurs pieds : on a remarqué que les hongres dorment plus souvent et plus longtemps que les chevaux entiers.
Les quadrupèdes ne boivent pas tous de la même manière, quoique tous soient également obligés d'aller chercher avec la tête la liqueur qu'ils ne peuvent saisir autrement, à l'exception du singe, du maki et de quelques autres qui ont des mains , et qui par conséquent peuvent boire comme l'homme, lorsqu'on leur donne un vase qu'ils peuvent tenir; car ils le portent à leur bouche, l'inclinent, versent la liqueur, et l'avalent par le simple mouvement de la déglutition : l'homme boit ordinairement de cette manière, parce que c'est en effet la plus commode; mais il peut encore boire de plu- : leurs autres façons, en approchant les lèvres et les contractant pour aspirer la liqueur, ou bien en y enfonçant le nez et la bouche assez profondément pour que la langue en soit environnée et n'ait d'autres mouvements à luire que celui qui est nécessaire pour la déglutition, ou encore en mordant, pour ain^-i dire, la liqueur avecles lèvres, ou enfin, quoique plus difficilement, en tirant la langue, l'élargissant et formant une espèce de petit godet qui rapporte un peu d'eau dans la bouche : la plupart des quadru-
pèdes pourraient aussi chacun boire de plusieurs manières, mais ils font comme nous, ils choisissent celle qui leur est la plus commode et la suivent constamment. Le chien , dont la gueule est fort ouverte et la langue longue et mince, boit eu lapant, c'est-à-dire en léchant la liqueur, et formant avec la langue un godet qui se remplit à chaque fois et rapporte une assez grande quantité de liqueur ; il préfère cette façon à celle de se mouiller le nez : le cheval au contraire, qui a la bouche plus petite et la langue trop épaisse et trop courte pour former un grand godet, et qui d'ailleurs boit encore plus avidement qu'il ne mange, enfonce la bouche et le nez brusquement et profondément dans l'eau, qu'il avale abondamment par le simple mouvement de la déglutition; mais cela même le force à boire tout d'une haleine, au lieu que le chien respire à son aise pendant qu'il boit : aussi doit-on laisser aux chevaux la liberté de boire à plusieurs reprises, surtout après une course, lorsque le mouvement de la respiration est court et pressé ; on ne doit pas non plus leur laisser boire de l'eau trop froide, parce que, indépendamment des coliques que l'eau froide cause souvent, il leur arrive aussi, par la nécessité où ils sont d'y tremper les naseaux, qu'ils se refroidissent le nez, s'enrhument, et prennent peut-être les germes de cette maladie à laquelle on a donné le nom de morve, la plus formidable de toutes pour cette espèce d'animaux; car on sait depuis peu que le siège de la morve est dans la membrane pituitaire a, que c'est par conséquent un vrai rhume, qui à la longue cause une inflammation dans cette membrane; et d'autre côté les voyageurs qui rapportent dans un assez grand détail les maladies des chevaux dans les pays chauds , comme l'Arabie , la Perse , la Barbarie , ne disent pas que la morve y soit aussi fréquente que dans les climats froids ; ainsi je crois êlre fondé à conjecturer que l'une des causes de celle maladie est la froideur de l'eau, parce que ces animaux sont obligés d'y enfoncer et d'y tenir le nez et les naseaux pendant un temps considérable ,ce que l'on préviendrait en ne leur donnant jamais d'eau froide, et en leur essuyant toujours les naseaux après qu'ils ont bu. Les ânes, qui craignent le froid beaucoup plus que les chevaux, et qui leur ressemblent si fort par la structure intérieure, ne sont cependant pas si sujets à la morve, ce qui ne vient peut-être que de ce qu'ils boivent différemment des chevaux; car au lieu d'enfoncer profondément la bouche et le nez dans l'eau , ils ne font presque que l'atteindre ^k> lèvres.
Je ne parlerai pas des autres maladies des chevaux :ce sciait trop ('tendre l'Histoire naturelle que de joindre à l'histoire d'un animal celle de ses maladie! ; cependant je ne puis terminer l'histoire du cheval, sans marquer quelque de Ce que la saut/' de cet. animal utile et précieux a été jusqu'à
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sans connaissances et sans lettres. La médecine, que les anciens ont appelée médecine vétérinaire , n'est presque connue que de nom : je suis persuadé que si quelque médecin tournait ses vues de ce côté-là , et faisait de cette étude son principal objet , il en serait bientôt dédommagé par d'amples succès ; que non-seulement il s'enrichirait, mais même qu'au lieu de se dégrader il s'illustrerait beaucoup , et celte médecine ne serait pas si conjecturale et si difficile que l'autre; la nourriture, les mœurs, l'influence du sentiment, toutes les causes en un mot étant plus simples dans l'animal que dans l'homme, les maladies doivent aussi être moins compliquées, et par conséquent plus faciles à juger et à traiter avec succès; sans compter la liberté qu'on aurait tout entière de faire des expériences, de tenter de nouveaux remèdes, et de pouvoir arriver sans crainte et sans reproches à une grande étendue de connaissances en ce genre, dont on pourrait même par analogie tirer des inductions utiles à l'art de guérir les hommes.
A considérer cet animal, même avec des yeux attentifs et dans un assez grand détail , il paraît n'être qu'un cheval dégénéré : la parfaite similitude de conformation dans le cerveau, les poumons, l'estomac, le conduit intestinal, le cœur, le foie, les autres viscères, et la grande ressemblance du corps, des jambes, des pieds et du squelette en entier, semblent fonder cette opinion ; l'on pourrait attribuer les légères différences qui se trouvent entre ces deux animaux à l'influence très-ancienne du climat, de la nourriture, et à la succession fortuite de plusieurs générations de petits chevaux sauvages à demi dégénérés, qui peu à peu auraient encore dégénéré davantage, se seraient ensuite dégradés autant qu'il est possible, et auraient à la fin produit à nos yeux une espèce nouvelle et constante, ou plutôt une succession d'individus semblables, tous constamment viciés de la même façon, et assez différents des chevaux pour pouvoir être regardés comme formant une autre espèce. Ce qui paraît favoriser cette idée, c'est que les chevaux varient beaucoup plus que les ânes par la couleur de leur poil ; qu'ils sont par conséquent plus anciennement domestiques, puisque tous les animaux domestiques varient par la couleur beaucoup plus que les animaux sauvages de la même espèce; que la plupart des chevaux sauvages dont parlent les voyageurs sont de petite taille et ont, comme les ânes, le poil gris, la queue nue, hérissée à l'extrémité, et qu'il y a des chevaux sauvages, et même des chevaux domestiques qui ont la raie noire sur le dos, et d'autres caractères
* Equusasims (Lion. ). —Ordre des Pachydermes, famille des Solipèdcs, genre Cheval (Cuv.).