‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 79 sur 126 · Voyez la note 1 de la page S · texte numérisé non relu

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2. Il n'y a pas de communication in lime entre ces parties molles et le système nerveux: seulement tous ces tissus , alors naissants, sont extrêmement sensibles.

à craindre les mouches parce qu'il refait sa lête en hiver, ne se recèle pas, mais il marche avec précaution et porte la tète basse pour ne pas toucher aux branches.

Dans le cerf, le daim et le chevreuil, l'os frontal a deux apophyses ou éminences sur lesquelles porte le bois : ces deux éminences osseuses commencent à pousser à cinq ou six mois, et prennent en peu de temps leur entier accroissement ; et loin de continuer à s'élever davantage à mesure que l'aniinal avance en âge, elles s'abaissent et diminuent de hauteur chaque année; en sorte que les meules, dans un vieux cerf ou dans un vieux chevreuil, appuient d'assez près sur l'os frontal, dont les apophyses sont devenues fort larges et fort courtes : c'est même l'indice le plus sûr pour reconnaître l'âge avancé dans tous ces animaux. Il me semble que l'on peut aisément rendre raison de cet effet, qui d'abord paraît singulier, mais qui cesse de l'être, si l'on fait attention que le bois qui porte sur cette éminence presse ce point d'appui pendant tout le temps de sun accroissement; que par conséquent il le comprime avec une grande force tous les ans pendant plusieurs mois; et comme cet os, quoique dur, ne l'est pas plus que les autres os, il na peut manquer de céder un peu à la force qui le comprime, en sorte qu'il s'élargit, se rabaisse et s'aplatit toujours de plus en plus parcelle même compression réitérée à chaque tête que forment ces animaux. Et c'est ce qui fait que quoique les meules et le merrain grossissent toujours, et d'autant plus que l'animal est plus- âgé, la hauteur de la lête et le nombre des andouillers diminuent si fort, qu'à la fin, lorsqu'ils parviennent à un très-grand âge, ils n'ont plus que deux grosses dagues, ou des têtes bizarres et contrefaites dont le merrain est fort gros, et dont les andouillers sont très-petits.

Comme la chevrette ne porte que cinq mois et demi, et que l'accroisscmcnl du jeune chevreuil est plus prompt que celui du cerf, la durée de sa vie est plus courlc, et je ne crois pas qu'elle s'étende à plus de douze ou quinze ans tout au plus. J'en ai élevé plusieurs, mais je n'ai jamais pu les garder plus de cinq ou six ans; ils sont très-délicats sur le choix de la nourriture; ils ont besoin de mouvement, de beaucoup d'air, de beaucoup d'espace, el c'est ce qui fait qu'ils no résistent que pendant les premières années de leur jeunesse aux inconvénients de la vie domestique. 11 leur faut mu' femelle et un parc de cenl arpents, pour qu'ils soient à leur aise : on peul les apprivoiser, mai- non pas les rendre ob lissants, ni même familiers; il- retiennent toujours quelque chose île leur naturel sauvage; ils s'épouvanlcnl aisément , ri il- se précipilenl contre le- murailles avec tant • le force, que souvent il- se cassenl les jambe-. Quelque prises qu'ils puisscnl être, il faut s'en défier; le- mâle- surtout sviui sujet- à des caprices dangereux , à prendre certaines personnes en aversion, el alors il- s'élancent ei donnent de- coup- de tête assez forts pour renverser un homme, et

ils le foulent encore avec les pieds lorsqu'ils l'ont renversé. Les chevreuils ne raient pas si fréquemment, ni d'un cri aussi fort que le cerf; les jeunes ont une petite voix courte et plaintive, mi mi, par laquelle ils marquent le besoin qu'ils ont de nourriture : ce son est aisé à imiter, et la mère, trompée par l'appeau, arrive jusque sous le fusil du chasseur.

En hiver, les chevreuils se tiennent dans les taillis les plus fourrés, et ils vivent de ronces, de genêt, de bruyère et <'c cbalons de coudrier, de marsaule, etc. Au printemps, ils vont dans les taillis plus clairs, et broutent les boutons et les feuilles naissantes de presque tous les arbres : cette nourriture chaude fermente dans leur estomac et les enivre de manière qu'il e>l alors très-aisé de les surprendre; ils ne savent où ils vont; ils sortent même assez souvent hors du bois, et quelquefois ils approchent du bétail et des endroits habités. En été, ils restent dans les taillis élevés, et n'en sortent que rarement pour aller boire à quelque fontaine dans les grandes sécheresses; car pour peu que la rosée soit abondante, ou que les feuilles soient mouillées de la pluie, ils se passent de boire. Ils cherchent les nourritures les plus fines; ils ne viandent pas avidement comme le cerf, ils ne broutent pas indifféremment toutes les herbes, ils mangent délicatement, et ils ne vont que rarement aux gagnages, parce qu'ils préfèrent la bourgène et la ronce aux grains et aux légumes.

La chair de ces animaux est, comme l'on sait, excellente à manger; cependant il y a beaucoup de choix à faire; la qualité dépend principalement du pays qu'ils habitent, et dans le meilleur pays il s'en trouve encore de bons et de mauvais : les bruns ont la chair plus fine que les roux; tous les chevreuils mâles qui ont passé deux ans, et que nous appelons vieux brocards, sont durs et d'assez mauvais goût : les chevrettes, quoique du même âge, ou plus âgées, ont la chair plus tendre; celle des faons, lorsqu'ils sont trop jeunes, est mollasse; mais elle est parfaite lorsqu'ils ont un an ou dix-huit mois; ceux des pays de plaines et de vallées ne sont pas bons; ceux des terrains humides sont encore plus mauvais; ceux qu'on élève dans des parcs ont peu de goût; enfin, il n'y a de bien bons chevreuils que ceux des pays secs et élevés, entrecoupés de collines, de bois, de terres labourables, de friches, où ils ont autant d'air, d'espace, de nourriture, et même de solitude qu'il leur en faut; car ceux qui ont été souvent inquiétés sont maigres, et ceux que l'on prend après qu'ils ont été courus ont la chair insipide et flétrie.

Celle espèce, qui est moins nombreuse que celle du cerf, el qui e?t même fort rare dans quelques parties de l'Europe, parait être beaucoup plus abondante en Amérique1. Ici nous n'en connaissons que deux variétés, les roux qui sont les plus gros, et les bruns qui ont une tache blanche au

1. Ce sont d'autres espèces. Notre chevreuil est propre à l'Europe.

derrière, et qui sont les plus petits; et comme il s'en trouve dans les pays septentrionaux aussi bien que dans les contrées méridionales de l'Amérique, on doit présumer qu'ils diffèrent les uns des autres peut-être plus qu'ils ne diffèrent de ceux d'Europe1 : par exemple, ils sont extrêmement communs à la Louisiane ", et ils y sont plus grands qu'en France; ils retrouvent au Brésil, car l'animal que l'on appelle cujuacu-apara ne diffère pas plus de notre chevreuil que le cerf de Canada diffère de notre cerf; il y a seulement quelque différence dans la forme de leur bois, comme on peut le voir dans la planche du cerf de Canada donnée par M. Perrault, et dans la planche XXXVII, figures 1,2* où nous avons fait représenter deux bois de ces chevreuils du Brésil, que nous avons aisément reconnus par la description et la figure qu'en a données Pison. « Il y « a, dit-il b, au Brésil des espèces de chevreuils dont les uns n'ont point de « cornes et s'appellent cujuacu-été, et les autres ont des cornes et s'appel- « lent cujuacu-apara : ceux-ci, qui ont des cornes, sont plus petits que les « autres; les poils sont luisants, polis, mêlés de brun et de blanc, surtout « quand l'animal est jeune; car le blanc s'efface avec l'âge. Le pied est « divisé en deux ongles noirs, sur chacun desquels il y en a un plus petit « qui est comme superposé; la queue courte, les yeux grands et noirs, les « narines ouvertes, les cornes médiocres, à trois branches, et qui tombent « tous les ans; les femelles portent cinq ou six mois; on peut les appri- « voiser, etc. Margrave ajoute que Yapara a des cornes à trois branches, « et que la branche inférieure de ces cornes est la plus longue et se divise « en deux. » L'on voit bien, par ces descriptions, que Yapara n'est qu'une variété de l'espèce de nos chevreuils, et Ray soupçonne r (pie le cujuacuété n'est pas d'une espèce différente de celle du cujuacu-apara, et que celui-ci est le mâle et l'autre la femelle. Je serais tout à fait de son avis, si Pison ne disait pas précisément (pie ceux qui ont des cornes sont plus petits que les autres : il ne nie parait pas probable que les femelles soient plus grosses que les mâles dans celle espèce au Brésil, puisqu'ici elle- sont plus petites. Ainsi, en même temps que nous croyons que le cujuacu-apara n'est qu'une variété de notre chevreuil, à laquelle on doit môme rapporter le capreolus marinus de Jonston, nous ne déciderons rien sur ce «pie peut être le cujuacu-été, jusqu'à ce que uous en soxmis mieux informés.

a. On fait aussi beaucoup d'usage , à la Louisiane , 'l.1 1 1 chair il.' chevreuil : cet animal y i t un peu plus grand qu'en El , i porte i nblables à celles du cerf , mais il n'en a [us le poil ni la couleur; il serl aux habitants ainsi que 1'' mouton ailleurs. Mém sur la Louisiane, par m. im ni , i. [•*, p, 75.

b. Pison. llisi. Brasil, , i>. us, ou l'on en voit aussi la ii; 0. Ray. Synops. animai, quadr., y. on.

i- h j ' en effet, en Amérique, plu leurs espèces distinctes de cerfs et de chevreuils : le cerf du Canada, lecerfdela Louisiane ou de Virginie, le Guaxou-Poucou ou grand cerf rouge , le Gouatoutl, le Gouaxoupita, etc. (Voyez Cwrlev: Règne animât, 1. 1, p, 168 et Buiv. )

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