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53i LE CHEVREUIL.
c'est-à-dire trois, quatre ou cinq; car la chevrette, qui produit ordinairement deux faons, quelquefois n'en fait qu'un, et quelquefois en fait trois, quoique très-rarement. Dans un autre canton, qui sera du double plus étendu, il y en aura sept ou huit, c'est-à-dire deux familles; et j'ai observé que dans chaque canton cela se soutient toujours au même nombre, à l'exception des années où les hivers ont été trop rigoureux et les neiges abondantes et de longue durée ; souvent alors la famille entière est détruite; mais, dès l'année suivante, il en revient une autre, et les cantons qu'ils aiment de préférence sont toujours à peu près également peuplés. Cependant on prétend qu'en général le nombre en diminue , et il est vrai qu'il y a des provinces en France où l'on n'en trouve plus; que, quoique communs en Ecosse, il n'y en a point en Angleterre; qu'il n'y en a que | eu en Italie; qu'ils sont bien plus rares en Suède" qu'ils ne l'étaient autrefois, etc. Mais cela pourrait venir ou de la diminution des forêts, ou île l'effet de quelque grand hiver, comme celui de 1709, qui les fit presque tous périr en Bourgogne, en sorte qu'il s'est passé plusieurs années avant que l'espèce se soit rétablie : d'ailleurs ils ne se plaisent pas également dans tous les pays, puisque dans le même pays ils affectent encore des lieux particuliers; ils aiment les collines ou les plaines élevées au-dessus des montagnes; ils ne se tiennent pas dans la profondeur des forêts, ni dans le milieu des bois d'une vaste étendue; ils occupent plus volontiers les pointes des bois qui sont environnées de terres labourables, les taillis clairs et en mauvais terrain, où croissent abondamment la bourgène, la ronce, etc. Les faons restent avec leurs père et mère huit ou neuf mois en tout ; et lorsqu'ils se sont séparés, c'est-à-dire vers la fin de la première année de leur âge, leur première tète commence à paraître sous la forme de deux dagues beaucoup plus petites que celles du cerf j mais ce qui marque encore une grande différence entre ces animaux, c'est que le cerf ne met bas si tète qu'au printemps, et ne la refait qu'en été, au lieu que le chevreuil la met bas à la fin de l'automne, et la refait pendant l'hiver. Plusieurs causes concourent à produire ces effets différents. Le cerf prend en été beaucoup de nourriture , il se charge d'une abondante venaison, ensuite il s'épuise par le rui an point qu'il lui fini toul l'hiver pour se rétablir et pour reprendre ses forces; loin doue qu'il y ait alors aucune surabondance, il v Q disette cl défaut de substance, et par conséquent sa tête ne peut pousser qu'au printemps, lorsqu'il a repris assez de nourriture pour qu'il y en ait de superflue. Le chevreuil au contraire, qui ne s'épuise pas tant, n'a pas l" "in d'autant de réparation; ci comme il n'est jamais chargé de venaison, qu'il esl toujours presque le même, que le rul ne change rien à -on état, il a dans tous les temps la même surabondance ; en sorte qu'en hiver
a Lion ï'uitii. Sueo
même, et peu de temps après le rut, il met bas sa tête et la refait. Ainsi , dans tous ces animaux, le superflu de la nourriture organique, avant de se déterminer vers les réservoirs séminaux et de former la liqueur séminale, se porte vers la tête, et se manifeste à l'extérieur par la production du bois, de la même manière que dans l'homme le poil et la barbe annoncent et précèdent la liqueur séminale; et il paraît que ces productions, qui sont pour ainsi dire végétales1, sont formées d'une matière organique, surabondante, mais encore imparfaite et mêlée de parties brutes, puisqu'elles conservent dans leur accroissement et dans leur substance les qualités du végétal, au lieu que la liqueur séminale, dont la production est plus tardive, est une matière purement organique, entièrement dépouillée des parties brutes, et parfaitement assimilée au corps de l'animal.
Lorsque le chevreuil a refait sa tête, il touche au bois, comme le cerf, pour la dépouiller de la peau dont elle est revêtue , et c'est ordinairement dans le mois de mars, avant que les arbres commencent à pousser; ce n'ett donc pas la sève du bois qui teint la tête du chevreuil : cependant elle devient brune à ceux qui ont le pelage brun , et jaune à ceux qui sont roux , car il y a des chevreuils de ces deux pelages, et par conséquent cette couleur du bois ne vient, comme je l'ai dit a, que de la nature de l'animal et de l'impression de l'air. A la seconde tête, le chevreuil porte déjà deux ou trois andouillers sur chaque côté ; à la troisième, il en a trois ou quatre; à la quatrième, quatre ou cinq, et il est bien rare d'en trouver qui en aient davantage : on reconnaît seulement qu'ils sont vieux chevreuils à l'épaisseur du merrain, à la largeur de la meule, à la grosseur des peiiures, etc. Tant que leur tête est molle, elle est extrêmement sensible : j'ai été témoin d'un coup de fusil, dont la balle coupa net l'un des côtés du refait de la tète, qui commençait à pousser; le chevreuil fut si fort étourdi du coup , qu'il tomba comme mort : le tireur, qui en était près , se jeta dessus et le saisit par le pied; mais le chevreuil, ayant repris tout d'un coup le sentiment et les forces, l'entraîna par terre à plus de trente pas dans le bois, quoique ce fût un homme très-vigoureux; enfin ayant été achevé d'un coup de couteau, nous vîmes qu'il n'avait eu d'autre blessure que le refait coupé par la balle. L'on sait d'ailleurs que les mouches sont une des plus grandes incommodités du cerf, lorsqu'il refait sa tête; il se recèle alors dans le plus fort du bois où il y a le moins de mouches, parce qu'elles lui sont insupportables lorsqu'elles s'attachent à sa tête naissante : ainsi, il y a une communication intime entre les parties molles de ce bois vivant, et tout le système nerveux 2 du corps de l'animal. Le chevreuil, qui n'a pas