‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 81 sur 126 · Le lièvre a des cils aux paupières · texte numérisé non relu

Le lièvre a des cils aux paupières

4. Toutes les espèces du genre lièvre ont des poils au dedans de la bouche.

lier développement du corps ; ils prennent presque tout leur accroissement en un an, el vivent environ sept fois un an; on prétend seulement que les mâles vivent plus longtemps que les femelles, mais je doute que cette observation soit fondée. Ils passent leur vie dans la solitude et dans le silence, el l'on n'entend leur voix que quand on les saisit avec force, qu'on les tourmente et qu'on les blesse : ce n'est point un cri aigre, mais une voix assez forte, dont le son est presque semblable à celui de la voix humaine. Ils ne sonl pas au^-si sauvages que leurs habitudes et leurs mœurs paraissent l'indiquer; ils sont doux cl susceptibles d'une espèce d'éducation; on les apprivoise aisément, ils deviennent même caressants, mais ils ne s'attachent jamais assez pour pouvoir devenir animaux domestiques ; car ceux mêmes qui ont été pris tout petits et élevés dans la maison, dès qu'ils en trouvent l'occasion, se mettent en liberté et s'enfuient à la campagne. Comme ils ont l'oreille bonne, qu'ils s'asseyent volontiers sur leurs pattes de derrière, et qu'ils se servent de cilles de devant comme de bras, on en a vu qu'on avail dressés à battre du tambour, à gesticuler en cadence, etc.

En général, le lièvre ne manque pas d'instinct pour sa propre conservation, ni de sagacité pour échapper à ses ennemis; il se forme un gîte, il -choisit en hiver les lieux exposés au midi , et en été il se loge au nord ; il se cache , pour n'être pas vu , entre des mottes qui sont de la couleur de son poil. « J'ai vu , dit du Fouilloux a , un lièvre si malicieux , que depuis « qu'il oyoit la trompe il se levoit du gitc, et eût-il été à un quart de lieue « de là, il s'en alloit nager en un étang, se relaissant au milieu d'iceluisur « des joncs, sans être aucunement chassé des chiens. J'ai vu courir un « Jièvrc bien deux heures devant les chiens, qui après avoir couru venoit « pousser un autre el se mettait en son gîte. J'en ai vu d'autres qui na- « gcoienl deux ou trois étangs, dont le moindre avoit quatre-vingts pas de « large. J'en ai vu d'autres qui , après avoir été bien courus l'espace de • deux heures, enlroiont par-dessous la porte d'un lect à brebis et se relois- « soient parmi le bétail. J'en ai vu, quand les chiens les couroient, qui s'al- « loient mettre parmi un troupeau de brebis qui passoit par les champs , « ne les voulant abandonner ne laisser. J'en ai vu d'autres qui quand ils « o\ oient les chiens courants se cach oient en terre. J'en ai vu d'antres qui « alloienl par un côté de haie et rctournoient par l'autre, en sorte qu'il n'y « avoit que l'épaisseur de la hait; entre les chiens el le lièvre. J'en ai vu

d'autres qui, quand ils avoienl couru um! demi-heure, s'en alloienl mon- « 1er sur une vieille muraille de six pieds de haut, et s'alh'ieiil relaisser en « un pertuisde chauffant couvert de lierre. J'en ai vu d'autres quinagecient « mie rivière qui pouvoil avoir huit pas île large, et la passoicnl et repasci soient en la longueur de deux cents pas, plus de vingt fois devant moi. »

a. Fol. 61 .-I 0, Cl 98 ■ <".

LE LIEVRE. 5tt

Mais ce sont là sans doute les plus grands elforts de leur instinct; car leurs ruses ordinaires sont moins fines et moins recherchées : ils se contentent, lorsqu'ils sont lancés et poursuivis, de courir rapidement et ensuite de tourner et retourner sur leurs pas; ils ne dirigent pas leur course contre ie vent, mais du coté opposé : les femelles ne s'éloignent pas tant que les mâles et tournoient davantage. En général, tous !es lièvres qui sont nés dans le lieu même où on les chasse ne s'en écartent guère; ils reviennent au gîte, et si on les chasse deux jours de suite, ils font le lendemain les mêmes tours et détours qu'ils ont faits la veille. Lorsqu'un lièvre va droit et s'éloigne beaucoup du lieu où il a été lancé, c'est une preuve qu'il est étranger, et qu'il n'était en ce lieu qu'en passant. Il vient en effet, surtout dans le temps le plus marqué du rut, qui est aux mois de janvier, de février et de mars, des lièvres mâles qui, manquant de femelles en leur pays, font plusieurs lieues pour en trouver, et s'arrêtent auprès d'elles ; mais dès qu'ils sont lancés par les chiens , ils regagnent leur pays natal et ne reviennent pas. Les femelles ne sortent jamais; elles sont plus grosses que les mâles, et cependant elles ont moins de force et d'agilité et plus de timidité, car elles n'attendent pas au gîte les chiens de si près que les mâles, et elles multiplient davantage leurs ruses et leurs détours; elles sont aussi plus délicates et plus susceptibles des impressions de l'air ; elles craignent l'eau et la rosée , au lieu que parmi les mâles il s'en trouve plusieurs, qu'on appelle lièvres ladres, qui cherchent les eaux et se font chasser dans les étangs, les marais et autres lieux fangeux. Ces lièvres ladres ont la chair de fort mauvais goût, et en général tous les lièvres qui habitent les plaines basses ou les vallées ont la chair insipide et blanchâtre , au lieu que dans les pays de collines élevées ou de plaines en montagne, où le serpolet et les autres herbes fines abondent, les levrauts, et même les vieux lièvres, sont excellents au goût. On remarque seulement que ceux qui habitent le fond des bois dans ces mêmes pays ne sont pas à beaucoup près aussi bons que ceux qui en habitent les lisières ou qui se tiennent dans les champs et dans les vignes, et que les femelles ont toujours la chair plus délicate que les mâles.

La nature du terroir influe sur ces animaux comme sur tous les autres : les lièvres de montagne sont plus grands et plus gros que les lièvres de plaine; ils sont aussi de couleur différente; ceux de montagne sont plus bruns sur le corps et ont plus de blanc sous le cou que ceux de plaine, qui - o ut presque rouges. Dans les hautes montagnes, et dans les pays du nord, ils deviennent blancs pendant l'hiver et reprennent en été leur couleur ordinaire1 ; il n'y en a que quelques-uns, et ce sont peut-être les plus vieux, qui restent toujours blancs, car tous le deviennent plus ou moins en vieil-

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