‹ Œuvres complètes, avec les commentaires revues et corrigés précédées de l'histoire de la satire en France, pour servir de discours préliminaire, par M. Viollet Le DucChapitre 17 sur 42 · SUR LE MESME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MESME SUJET

ymant comme j'aymois , que ne devais-je

[craindre ?

Pouvois-je estre asseuré qu'elle se deust

[contraindre ?

Et que, changeant d'humeur au vent qui l'emportoit, Elle eust , pour moy , cessé d'estre ce qu'elle estoit ? Que laissant d'estre femme, inconstante et légère, Son cœur, traistre à l'Amour, et sa foy mensongère, Se rendant en un lieu , l'esprit plus arreslé Peust , au lieu du mensonge , aimer la vérité ?

Non, je croyois tout d'elle, il faut que je le die , Et tout m'estoit suspect horsmis la perfidie. Je craignois tous ses traits que j'ay sçus du depuis, Ses jours de mal de teste , et ses secrettes nuits ; Quand se disant malade , et de fièvre enflammée , Pour moy tant seulement sa porte estoit fermée. Je craignois ses attraits, ses ris, et ses courroux , Et tout ce dont Amour allarme les jaloux.

Mais la voyant jurer avec tant d'assurance , Je l'advouë, il est vray, j'estois sans défiance. Aussi , qui pourroit croire , après tant de sermeus , De larmes , de souspirs , de propos véhémens

a6o ËLEGIË III.

Dont elle me juroit que jamais de sa vie Elle ne perraettroit a un aulre estre servie; Qu'elle aymoit trop ma peine, et qu'en ayant pitié, J e m'en de vois promettre une ferme amitié ; Seulement pour tromper le jaloux populaire , Que je devois , constant , en mes douleurs me taire , Me feindre tousjours libre , ou bien me captiver , Et quelqu'autre perdant , seule la conserver?

Cependant, devant Dieu, dont elle a tant de crainte, Au moins comme elle dit , sa parole estoit feinte ; Et le ciel luy servit , en cette trahison , D'infidèle moyen pour tromper ma raison. Et puis il est des dieux * témoins de nos paroles ! Non , non , il n'en est point , ce sont contes frivoles. Dont se repaist le peuple , et dont l'antiquité Se servit pour tromper nostre imbecilite. S'il y avoit des dieux, ils se vengeroient d'elle Et ne la voiroit-on si fiere ny si belle. Ses yeux s'obscurciroient , qu'elle a tant parjurez. Son teint seroit moins clair, ses cheveux moins dorez ; Et le ciel , pour l'induire à quelque pénitence , Marqueroitsur son front son crime et leur vengeance.

* El puis il est des dieux.]

Esse Deos credamne ? fidem jurata fefellit ,

Et faciès illi , quse fuit ante , manet. Quam longos babuit, nondum perjura, capillos ,

Tarn longos, postquam numina la^sit, babet. Candida , candorem roseo sufl'usa rubore ,

Ante fuit : niveo lucel in ore rubor.

Pes eratexiguus : pedis est aptissima forma ;

Longa , decensque fuit ; longa , decensque manet. Argutos babuit , radiant ut sidus ocelli ,

Per quos mentita est perfida saepe mibi. Scilicet aeterno falsuni jurare puellis

Di quoque concedunt : formaquenumen habet.

Ovide , liv. ni.

Ou s'il y a des dieux*, ils ont le cœur de chair : Ainsi que nous , d'amour ils se laissent toucher ; Et , de ce sexe ingrat excusant la malice , Pour une belle femme ils n'ont point de justice.

' Ou s'il y a des dieux.]

Aut si quis Deus est , teneras araat ille puellas ; Et nimium solas omnia posse jubet.

Page 1