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ymant comme j'aymois , que ne devais-je
[craindre ?
Pouvois-je estre asseuré qu'elle se deust
[contraindre ?
Et que, changeant d'humeur au vent qui l'emportoit, Elle eust , pour moy , cessé d'estre ce qu'elle estoit ? Que laissant d'estre femme, inconstante et légère, Son cœur, traistre à l'Amour, et sa foy mensongère, Se rendant en un lieu , l'esprit plus arreslé Peust , au lieu du mensonge , aimer la vérité ?
Non, je croyois tout d'elle, il faut que je le die , Et tout m'estoit suspect horsmis la perfidie. Je craignois tous ses traits que j'ay sçus du depuis, Ses jours de mal de teste , et ses secrettes nuits ; Quand se disant malade , et de fièvre enflammée , Pour moy tant seulement sa porte estoit fermée. Je craignois ses attraits, ses ris, et ses courroux , Et tout ce dont Amour allarme les jaloux.
Mais la voyant jurer avec tant d'assurance , Je l'advouë, il est vray, j'estois sans défiance. Aussi , qui pourroit croire , après tant de sermeus , De larmes , de souspirs , de propos véhémens
a6o ËLEGIË III.
Dont elle me juroit que jamais de sa vie Elle ne perraettroit a un aulre estre servie; Qu'elle aymoit trop ma peine, et qu'en ayant pitié, J e m'en de vois promettre une ferme amitié ; Seulement pour tromper le jaloux populaire , Que je devois , constant , en mes douleurs me taire , Me feindre tousjours libre , ou bien me captiver , Et quelqu'autre perdant , seule la conserver?
Cependant, devant Dieu, dont elle a tant de crainte, Au moins comme elle dit , sa parole estoit feinte ; Et le ciel luy servit , en cette trahison , D'infidèle moyen pour tromper ma raison. Et puis il est des dieux * témoins de nos paroles ! Non , non , il n'en est point , ce sont contes frivoles. Dont se repaist le peuple , et dont l'antiquité Se servit pour tromper nostre imbecilite. S'il y avoit des dieux, ils se vengeroient d'elle Et ne la voiroit-on si fiere ny si belle. Ses yeux s'obscurciroient , qu'elle a tant parjurez. Son teint seroit moins clair, ses cheveux moins dorez ; Et le ciel , pour l'induire à quelque pénitence , Marqueroitsur son front son crime et leur vengeance.
* El puis il est des dieux.]
Esse Deos credamne ? fidem jurata fefellit ,
Et faciès illi , quse fuit ante , manet. Quam longos babuit, nondum perjura, capillos ,
Tarn longos, postquam numina la^sit, babet. Candida , candorem roseo sufl'usa rubore ,
Ante fuit : niveo lucel in ore rubor.
Pes eratexiguus : pedis est aptissima forma ;
Longa , decensque fuit ; longa , decensque manet. Argutos babuit , radiant ut sidus ocelli ,
Per quos mentita est perfida saepe mibi. Scilicet aeterno falsuni jurare puellis
Di quoque concedunt : formaquenumen habet.
Ovide , liv. ni.
Ou s'il y a des dieux*, ils ont le cœur de chair : Ainsi que nous , d'amour ils se laissent toucher ; Et , de ce sexe ingrat excusant la malice , Pour une belle femme ils n'ont point de justice.
' Ou s'il y a des dieux.]
Aut si quis Deus est , teneras araat ille puellas ; Et nimium solas omnia posse jubet.