SONNET III
fependant qu'en la croix, plein d'amour in-
'i [finie ,
Dieu pour nostre salut tant de maux sup-
[porta ,
Que par son juste sang nostre ame il racheta, Des prisons où la mort la tenait asservie :
Altéré du désir de nous rendre la vie, J'ay soif, dit-il aux Juifs. Quelqu'un lors aporta Du vinaigre et du fiel, et le luy présenta; Ce que voyant sa mère en la sorte s'écrie :
Quoy, n'est-ce pas assez de donner le trépas A celuy qui nourrit les hommes icy bas, Sans frauder son désir d'un si piteux breuvage ?
Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux, Ou bien prenez ces pleurs qui noyent mon visage : Vous serez moins cruels, et j'auray moins de maux.