‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 121 sur 411 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

L'arlire tremble, l'oiseau s'effraie el l)al de l'aile. Mille cris frappent l'air. Une palme nouvelle De Mnestliée à son tour lente le bras heureux. Vers le but il dirige et sa main et ses vœux ; Mais , sans toucher l'oiseau , la flèche décochée Rompt le nœud qui relient la colombe al lâchée : L'oiseau part, prend l'essor, s'élève jusqu'au ciel. Alors , fier de sa force et de l'art fralernel , Déjà tenanl son arc et sa flèche perçante , A l'oiseau qui fend l'air d'une aile triomphante, Tandis qu'il s'applaudit dans l'empire azuré , Eurytion prépare ini coup plus assuré.

Le trait rapide vole au séjour des orages : Arrêté dans sa course au milieu des nuages , Le malheureux oiseau perd le jour dans les cieux , Et rapporte en tombant le trait victorieux.

Nul prix d'Aceste encor n'honore la vieillesse : Tout-à-coup , signalant son arc et son adresse, De la corde bruyante un trait part, et soudain Aux regards se présente un présage divin. D'un sillon enflammé marquant au loin sa roule. Le trait vole, et se perd sous la céleste voûte : Tels, détachés des cieux, courent en trails brûlants D'un astre chevelu les crins élincelanls. Troyens, Siciliens, tout s'élonne et s'incline. Le héros, admirant la volonté divine, Embrasse son ami , le comble de présents : « Le ciel d'un prix à part honore vos vieux ans , Lui dit-il; recevez cette coupe gravée.

Par Anchise mon père avec soin conservée , Et dont le grana Cissée autrefois lui fit don, Comme un gage sacré de leur noble union. » Il dit, met sur soa front la première couronne.

Aies, et ingenti sonuerunt oninia plausu. Post acer Mneslheus adducto constitit arru. Alla petcns, pariterque oculos telumqne tetendit. Ast ipsam miserandus avéra contingere ferro

*'° Non valiiit; nodos et viocula liiiea riipit, Quis ioDcxa pedcm malo pendebat ab alto, llla Notos atquc atra volans in nubila fugil. Tum rapidus, jaraduduin arcu contenta parato Tela tenons, Ifatrem Eurytion in vota vocavit, Jam vaciio laetam eœ!o speeulatus ; et alis Plaudentem nigra figit sub nube coJumbam. Decidit exanirais, vitainqiie reliquit in aslris jEthcriis, fixamque rcfert delapsa sagittaro. Amissa soins palma superabat Acestes;

52" Qui tamcn aerias telum contendit in auras , Ostentans arteinque pater arcumque sonanlem. Hic oculis subitum objicitur magnoque futurum Augurio monstrum : docuit post exitus ingens, Seraque tcrrifici cecinerunt oinina vates. INamque volans liquidis in nubibus arsit arundo, Signavitque viam flammis, teniiisque reccssit Consumta in ventes; coclo ceu siepc refixa Transcurrunt, crinemque volantia sidéra ducunt. Atlonitis ha:sere animis, superosquc prccati

»3o Trinacrii Teucrique viri : nec maxumus omen Abnuit jEncas, sed Isetum amplexus Acesten Muneribus cumulât niagnis, ac talia l'atur ; « Sume, pater; nain te voluit rex magnus Oiyrapi

Qu'Eurylion soumis sans legrel abandonne, Quoique seul dans les airs il ail alleint l'oiseau. Ensuite est proclamé celui dont le roseau Dégagea de ses nœuds la colombe timide. Enfin, pour prix du mât percé d'un trait rapide, Celui qui , l'arc en main , se montra le premier Aux honneurs de la palme est admis le dernier.

CependanI au Troyen de qui l'expérience Soigne le tendre Ascagne , el conduit son enfance , Enée, en se baissant, donne un ordre secret : « Va; des jeunes Troyens si l'escadron est prêt , Lui dil-il, qu'au tombeau de son aïeul Anchise, Dans leur pompe guerrière , Ascagne les conduise. >■ Il dit ; et , laisaul place à ces aimables jeux , Il écarte les flols de ce peuple nombreux. Sur des coursiers vêtus avec magnificence. Dans un ordre pompeux la jeunesse s'avance : Des regards de la foule avidement suivis. Ils défilent aux yeux de leurs parents ravis. Des festons d'olivier pressent leur chevelure ; Deux traits d'un fer poli composeni leur armure; Plusieurs ont un carquois, et sur chaque guerriei- L'or flexible se joue en mobile collier. Trois escadrons divers couvrent la même plaine ; Chaque corps séparé suit le chef qui le mène : Douze jeunes Troyens composent chacun d'eux. Le premier de ces chefs est l'enfant généreux De Polile , un des fils du vieux roi de Pergame; C'est le jeune Priam : son beau nom , sa grande arae Un jour doit aux Lalins rappeler à-la-fois Et le plus malheureux et le plus grand des rois. Un poil taché de blanc peint son coursier de Thrace , Dont le pied blanchissant marque à peine sa trace ;

Tulibus auspiciis exsortem ducerc honores. Tpsius Anchisae longaevi hoc munus habebis, Cratera inprcssura siguis, qucni Thracius olim Anchisa; genitori in magno muncre Cisseus Ferre sui dederat raonuinentura et pignus amoris. » Sic l'atus, cingit viridanti lempora lauro,

5'io Et prinmra ante omnis victorem adpellat Acesten. ISec bonus Eurytion praelato invidit lionori, Quainvis solus avéra cœlo dejecit ab alto. Proxumus ingrcditur donis, qui viocula rupit; Extreraus, vnlucri qui fixit arundine nialum.

At pater jEncas, nondum certaminc misso, Custodem ad sese comitemque impubis luli Epytidcn vocat, et fîdara sic fatur ad aurem : « Vadc âge, et, Asranio, si jam puérile paratum Agmcn habet secum, cursusque instruxit equorum,

550 Ducat avo turmas, et sese ostendat in arrais. Die , >• ait. Ipse oninem longo decedere circo Inl'usum populura, et campos jubet esse patentis. Incedunt pueri, pariterque ante ora parentura p'rcnatis lucent in equis; quos oninis euntes Trinacria; mirata frémit Trojœque juventus. Omnibus in morcra tonsa coma pressa corona. Cornca bina ferunt pra;fixo hastilia ferro ; Pars levis humero pharetras; it pectore sunimo rlexilis oblorli pcr collum circulus auri.

••''" Tris equitum numéro tnrma;, tcrnique vagajilur Ductores; pueri bis scni queraque seoulî

L'ENÉIDE

Un blanc pur de son front lelève la beauté ; Et la vigueur en lui s'unit à la fierté. Le second est Atys, qui d'une colonie Ficre encor de son nom enrichit l'Ausonie ; Le bel Aljs , qu'Iule admet à tous ses jeux : Même âge, mêmes goûts les unissent tous deux. Iule enfin , l'espoir et l'honneur de sa race , S'avance; et devant lui tout auîre éclat s'efface : Son beau coursier, nourri dans les prés de SIdon, Lui fut donné des mains de la tendre Didon. Sur des chevaux d'Accsle, enfants de la Sicile, Les escadrons divers suivent d'un pas docile. Ils avancent : le cirque à leur marche applaudit. Leur timide pudeur par degrés s'enhardit; Et des héros troyens , sur leurs jeunes visages. Les yeux avec transport retrouvent les images.

Le cirque est traversé : des spectateurs joyeux Long-temps leurs traits chéris ont enivré les yeux. Toul-à-coup un cri part, un fouet bruyant résonne : Les guerriers, attentifs au signal qu'on leur donne. Partent en nombre égal , et se rangent par trois; Rappelés par leur chef, reviennent à sa voix, Réunissent encor leurs bandes divisées, Et , baissant en avant leurs lances opposées , D'un escadron serré présentent le rempart : Tour-à-tour on s'éloigne, on revient, on repart , On s'aligne, on se môle, on s'atteint, on s'évite; C'est tantôt un combat, et lanlôt une fuite; Tantôt la paix suspend leur choc tumultueux. Tel, dansée labyrinthe oblique et tortueux. Mille feintes erreurs, mille fausses issues. En un piège invisible adroitement lissues, De sentier en sentier, de détour en détour,

Agmine partito fulgent, paribusqiie magistris. !jna acies juvcnum , rfiicit quaiii parvus ovantem Nomcn avi referens Priamti.s, tua clara , Polite, Progcnies, aiictura Italos; qticm Tliraciiis albis Portât equiis bicotor maculis, vestigia primi Alba pedis, frontcniquc ostentaiis ardiius albam. Aller Atys, genus unde Atii diixere I-atini; Parvus Atys, pueroqiie puer diU-ctus liilo.

*70 Extreraus , formaque antc oiuiiis pulclicr, lulus Sidonio est invcctus equo, qucm candida Dido Esse sui dcderat monumeutum et pignus amoris. Otcra Trinacriis pubes seuioris Acests Fertur cquis.

txcipiunt plausu pavidos, gaudcntque tuentcs Dardanidae, veterumque adgnoscuut ora parentum.

Postquam omncui \xl\ conspssum oculosque suoruiu Lustraverc in equis; signura clamore paratis Epytidcs longe dédit, iusoiiuiiquc flagello.

5So Olli discurrere paies, atcjue agiuiua terni Diductis solvere cboris, rursusque vocati Converlere vias, inl'estaque tela lulcre. Inde alios iiieuut cursus aliosque recuisus Adversis spatiis, alternisque orbi!)US orbes lupediunt, pugnaeque cient simulacra sub armis; Et nunc terga fuga nudant, nunc spicula vertunt Infensi , facta pariter nunc pace ferunlur. I t quondam Creta fcrliir labyiiullius in alla Paritlibus tcxlum cjecis iter, anci])iteiuque

Embarrassoient les pas égarés sans retour.

Tel on voit des dauphins les troupes vagabondes

Se chercher, s'éviter, se jouer sur les ondes :

Tels jouoient ces guerriers; ainsi dans ces combats

Ils enlaçoienl leur course, et confondoient leurs pas.

Ces courses, ces tournois, et ces feintes batailles,

Ascagnc, lorsque d'Albe il fonda les murailles,

Les transmit à son peuple,^ et, des premiers Albains

Leur pompe héréditaire est passée aux Romains.

A ce dépôt sacré Rome est encor fidèle ;

Rome, renouvelant leur pompe solennelle,

Rassemble pour les jeux ses jeunes citoyens :

Ce sont les fils de Troie et les combats troyens :

Leurs usages , leurs lois , leurs noms vivent encore

Enée alloit quitter les mânes qu'il honore, Quand, troublant cette fête et ces pieux honneurs, La Fortune un instant démentit ses faveurs. Junon envoie Iris, sa courrière fidèle, El commande aux Zéphyrs de seconder son aile : Son antique dépit dans son cœur vit encor. Sur sou arc radieux Iris a pris l'essor, Vole aux vaisseaux troyens , parcourt au loin la plage. Tout est désert au port , désert sur le rivage , Et le peuple est en foule à la solennité.

Seulement sur un bord solitaire, écarté, Les Troyennes en pleurs des noirs gouffres de l'onde Contemploicnt tristement l'immensité profonde : Elles pleuroient Anchise; et leurs chagrins amers Scmbloient s'accroître encore au sombre aspecldes mers. « Eh quoi ! toujours errer sur cet espace immense ! A peine interrompu, notre exil recoromence! Il faut braver encore et les vents et les flots! » Disoient-cllcs. Iris, méditant ses complots,

690 Mille viis babuisse dohim, qua signa sequendi Fallcrct indeprensus cl irremeabilis error. Iland alio Tciicrum nati vestigia cursu liipcdiunl, texunlque f'ugas et prœlia ludn, Delpliinum similcs, qui pcr maria humida nando Carpatbium Libycunique sécant, * luduntquc per undas.* Hune morem, bos cursus, alque ha;c cerlamina priiuus Ascanius, longam ninris quuni cingeret Albam, Retlulit, et priscos docuit cciebrare Latinos, Quo puer ipse modo, secura quo Troia pubes.

6uo Albani docucre suos; bine maxuma porro Adccpil Roma, et palrium servavit honorem; Ti'ojaque nunc, pueri, Trojanum dicitur agmen. Hae celcbrala tenus sancto cerlamina patri.

Hic primum Forluna fidem mutata novavit. Dum variis tumulo refcruut sollennia ludis, Irim de cœlo misit Salurnia Juno Uiacam ad classem, veulosque adspirat eunti, Multa niovens, necdum antiquura salurata dolorem. llla viam celerans per mille coloribus arcum,

'''" Nulli visa, cito decurrit tramite virgo.

Conspicit ingentcm coneursum, et litora lustrât, Deserloscpie vidcl porlus classcnique relictara.

Al piocul in sola secretae Troades acla Amissum Ancbisen flebant, cunctœque profundura Poulum adspeclabant fientes. « Heu lot vada fcssis, El tantum snperessc maris! » vox omnibus una, Urbem oranl; tœdet pelagi perferre laborcm.

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