‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 135 sur 411 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Où (le la chasteté brillera le modèle :

D'autres , pour augmenter leur puissance nouvelle ,

Bâtiront Pométie et les remparts d'Iuus :

Lieux célèbres un jour, maintenant inconnus.

« Voyez- vous ce guerrier, l'honneur de l'Italie, Ce demi-dieu mortel qui dans le sein d'Ilie, Pour venger son aïeul relevé par son bras, Naîtra du sang de Troie et du dieu des coinbals ? Remarquez sur son front ces aigrettes flottantes. De la faveur du ciel ces marques éclatantes. Cet aspect vénérable et cet air de grandeur Où Jupiter lui-même imprime sa splendeur. C'est Romulus : c'est lui par qui Rome immortelle, Du haut de ces sept monts rassemblés autour d'elle , Portera notre gloire à nos derniers neveux, Son scepire au bout du monde, et son nom jusqu'aux cicux; Rome , reine des rois, Rome, en héros féconde , La terreur, la maîtresse et l'exemple du monde : Telle, aux jours glorieux de ses solennités, Fière, et s'environnant de cent divinités. Sur son char triomphant , la féconde Cybèle Contemple avec orgueil des races la plus I)elle, Et dans ses pelits-fils embrasse autant de dieux , Tous Inivant le nectar, tous habitanis des cieux.

« Tourne les yeux : ce peuple où tes deslins prétendent. Ces fiers Romains , regarde, ils sont là qui l'attendent. "Voilà César, voilà ces héros triomphants. Du noble sang d'Iule innombrables enfants.

" Mais celui que le ciel promit par cent oracles ,* Pour qui seront les dieux prodigues de miracles. Le second des Césars, le premier des humains. C'est Auguste : c'est lui dont les puissan!es mains Rendront au Latium , heureux par son génie , Ce brillant âge d'or de l'antiiiue Ausonie; Et le noir Garamante, et l'Africain brûlant. Et l'Atlas qui soutient le ciel élincelaut , Les lieux où le jour meurt, où l'aurore commence, Ajoutent leur empire à son empire immense;

Hacc tum nomiaa erunt, nunc sunt sine nomine tcrrae.

" Qiiin et avo comitcm sese Mavortius addet Romulus, Assaraci qucm sanguitiis Ilia mater 780 Educct. Viden' ut geminae staut vertice cristae. Et pater ipse suo superum jain signât honore? En, hujus, nate, auspiciis, illa incluta Roma Imperiuin terris, animes œquabit Olvmpo, Scptemque una sibi rauro ciicumdabit arecs, Félix proie virum; qualis Berccyntia mater Invebitur cuiru Phrygias turrita pcr uibis, La;ta deum partu, centuni coraple.va ncpotes, Omnis cœlicolas, omnis supera alla tenentis.

« Hue geininas nuuc flectc aeies;hanc adspiee gentem, 'i:>° Romanesque luos. Hic C-Esar, et omnis luli Progenies, magnum cœli ventura sub axcm.

«Hic vir, hic est, tibi quera promitti ssepius audis, Augustus Cœsar, divi genus , aurea condct Sa.'cula qui rursus Latio , rcgnata per arva Satuinn quondam; super et Garamantas et ludos Proferet imperium; jacct extra sidéra tcUus, Extra anni solisque vias, ubi cœlifer Atlas Axem humero torquet stcUis ardciitibus aptum.

Et son char, loin du cercle où Phébus fait son tour, Atteindra des climats que n'atteint pas le jour. Déjà, de l'avenir perçant la nuit profonde. Les oracles sacrés le promettent au monde ; Déjà les froides mers des peuples caspiens, Et les vastes marais des champs méotiens , Et le Nil aux sept bras dont l'Égyple se vante. Au bruit de ce grand nom frémissent d'épouvante. Non, Hercule, vainqueur de ses fameux rivaux, Dont la terre vengée admira les travaux ; Hercule triomphant du monstre d'Erymanthe, Qui de Lerne à ses pieds foula l'hydre écumante , Dont la flèche atteignit la biche aux pieds d'airain ; Non, le dieu de Nysa, qui sut plier au frein Des tigres asser\'is à ses mains souveraines; Qui, de festons de pampre entrelaçant leurs rênes, Jusqu'aux portes du jour a fait voler son char. N'ont point vu tant de lieux qu'en a conquis César. Le monde nous attend , et ton grand cœur balance ! Et l'Ausonie encor n'est pas sous ta puissance !

« Mais quel noble vieillard paroit dans le lointain , L'olivier "sur le front, l'encensoir à la main .^ A cette barbe blanche, à ce maintien auguste. Je reconnois Nuraa, prêtre saint et roi juste. Qui, créateur du culte et fondateur des lois, Passa d'un toit obscur dans le palais des rois. Mais de l'art des combats il négligea la gloire : L'aigle oublia son vol , et Rome la victoire. Sors , ô brave Tullus ! sors de ce long repos; Le dieu de Romulus veut revoir ses drapeaux. Vois Ancus, que déjà l'ambition dévore.

Flattant tous ces Romains qui ne sont pas encore.

"Vois ces Tarquins si fiers, ces tyrans des Piomaius, Et Brulus arrachant les faisceaux de leurs malus Brutus , des saintes lois vengeur inexorable, Le premier tient en main la hache redoutable Des Romains le premier il affermit les droits, Et gouverne eu consul où commandoient les rois :

Hujus in advcntum jam nunc et Caspia régna 8<» Rcsponsis horrent divum, et Maeotia tellus, Et scptemgemini turbant trépida ostia IS'ili. Nec vero Alcides tantum telluris obivit; Fixerit aeripedem cervam licet, aut Erymantlii Pacarit neniora, et Lcrnara trcmcfecerit arcu; IN'ec, qui pampincis victor juga flectit habenis, Liber, agcns ceiso Nvsac de vertice tigris. Et dubitauuis adhiic virtutcin extcndere factis? Aut metus Aiisonia prohibct consistere terra? « Quis procul ille autem rarais insignis oliiiu 8'o Sacra forens? nosco crinis incanaque menta Régis Romani, primus qui legibus urbem Fundablt, Curibus parxis et paupcre terra Missus in imperium magnum. Gui deinde subibit, Otia qui rumpet patriœ, rcsidesque mox'ebit Tullus in arma x'iros, et jam desueta triumphis Agmina. Qucm juxta sequitur jactantior Ancus, ISunc quoque jam nimium gaudans popularibus aurià.

«Vis et Tarquioios reges, animamque superbam Lltoris Bruti, fascisquc videre receptos? 820 Consulis imperium hic primus SEBvasque securis

L'ENÉIDE

Mais contre son pays sa famille conspire; Ses deux fils au tyran veulent rendre l'empire : Tous deux sont immolés. O père malheureux ! Quoi que doivent un jour en penser nos neveux, La nature gémit , mais la gloire est plus forte ; Le père en lui se tait , et le Romain l'emporte. Tu marches sur ses pas, sévère Torquatus; Et Rome en frémissant admire vos vertus. B egarde ces Drusus s' élançant vers la gloire , Ces Décius mourant pour vivre en la mémoire. Et Camille aux Gaulois vaincus de toutes paris Arrachant nos drapeaux , et sauvant nos remparts. Puisse l'étranger seul exciter nos alarmes !

« Vois-tu ces deux guerriers couverts des mêmes armes ? Tous deux s'aiment encor dans cet heureux séjour ; Mais que d'affreux comhats ils li\Teront un jour ! Du roc sacré d'Alcide et de la Ligurie Le beau-père descend enflammé de furie ; Le gendre joint l'Asie à ses nobles Romains : Malheureux , désarmez vos parricides mains ; C'est notre sang , hélas ! que vous allez répandre. Et toi, mon fils , lu dois cet exemple à ton gendre; Il est beau de le suivre , et grand de le donner : Fils des dieux , c'est à toi , César, de pardonner !

« Celui-ci ( sur son front quelle gloire est empreinte ! ) A son char triomphant enchaînera Corinthe. Digne du sang de Troie, et digne de son nom, Cet autre détruira les murs d'Agamemnon : La fière Argos n'est plus , et Mycènes en flamme Acquitte enfin les pleurs des veuves de Pergame ; Et, de nos fiers vainqueurs rejeton odieux, Le dernier Eacide a satisfait aux dieux , Satisfait à Pallas, qui, sur ses murs en cendre, Venge enfin ses autels teints du sang de Cassandre.

« Parois , brave Cossus , parois , brave Caton. Des illustres Gracchus qui ne connoît le nom ? Et ces deux Scipions, ces deux foudres de guerre,

Adcipiot, natosqiie pater, nova bella moventis. Ad pœnam pulchra pro libertate vocabit.

Infelix! utcumque fereut ea facta minores, Vincet amor patrise, laudumque immcnsa ciipido. Quia Decios, Diusosque procul, ssevuraquc sccuri Adspice Torquatura, et referentem signa Caniillum.

« lUs autem, paribus quas fulgere cernis in armis, Concordes animae nunc, et dum nocte premeutur. Heu quantum iuter se bellum, si lumina \hx 83o Adtigerint, quantas acies stragcnique ciebunt! Aggeribus socer Alpinis atque arce Monœci Descendens; gêner adversis instructus Eois. Ne, pueri, ne tanta animis adsuescite bella, Neu patriae validas in viscera vertite vires! Tuque prior, tu parce, genus qui duels Olympo; Projice tela manu , sanguis meus !

« nie triumphata Capitolia ad alla Corintho Victor aget currum, caesis insignis Achivis. Eruet ille Argos, Agamemnoniasque Mjcenas, 'io Ipsumque jEaciden, genus armipotentis AcLiili; Ultus avos Trojîe , templa et temerata Minerva?.

« Qu\s te, magne Cato, tacitum, aut te, Cosse, relinquat ? Quis Cracchi genus, aut geminos, duo fulmina belii,

Qui deux fois de l'Afrique ont désolé la terre? Et loi, Fabricius, fier de ta pauvreté.^ Et Sen-anus , si grand dans sa simplicité. Passant de la charrue aux rênes de l'empire ? Race des Fabius , souffrez que je respire ! Te voilà , toi que Rome élève au-dessus d'eux ; Toi qui , te refusant des succès hasardeux , Seul vers nous à pas lents ramènes la victoire !

« D'autres avec plus d'art (cédons-leur celte gloire) Coloreront la toile , ou d'une habile main Feront vivre le marbre et respirer l'airain ; De discours plus flatteurs charmeront les oreilles; Décriront mieux du ciel les pompeuses merveilles : Toi, Romain, souviens-loi de régir l'univers; Donne aux vaincus la paix , aux rebelles des fers ; Fais chérir de tes lois la sagesse profonde : Voilà les arts de Rome et des maîtres du monde. »

Anchise ainsi leur parle et poursuit eu ces mots ; « Fondateur des Romains, regarde ce héros, C'est Marcellus : son front paré par la victoire Surpasse en majesté tous ses rivaux de gloire : Seul des malheurs de Rome il soutient tout le poids , Il arrête Annihal , enchaîne les Gaulois , Présente à Jupiter, de ses mains triomphantes , D'un chef des ennemis les dépouilles sanglantes : C'est lui qui, le troisième, au monarque des dieux Offrira de ses mains ces dons victorieux. » Alors brille à leurs yeux un guerrier plein de chai'mes, Joighant l'éclat des traits à l'éclat de ses armes : Tout respire dans lui la grâce et la vertu; TNIais son regard est triste et son front abattu : « O mon père ! excusez ma vive inipalience ; Auprès de Marcellus quel jeune homme s'avance ? Mon père , est-ce son fils ou quelqu'un de son sang ? Que ce nombreux corlége annonce bien son rang ! Tlnire ces deux guerriers quel air de ressemblauce ! Mais seul paimi ce bruit il garde le silence ;

Scipiadas, cladem Lîbyae? parvoque potentem Fabricium, vcl te sulco, Scrranc, serentem? Quo fcssum rapitis, fabii? tu Maximus ili'î es, Uuus qui nobis cunctando restituis rem.

« Excudent alii spiraotia mollius aéra.

Credo equidem; vivos ducent de marmore voltus; 85o Orabunt caussas melius; cœlique nieatus

Describent radio, et surgentia sidéra diccnt : Tu regere imperio populos, Romane, mémento; Hae tibi erunt artes, pacisque iuponere morera, Parccre subjectis , et debcUare superbos. »

Sic pater Ancbiscs, atque baec mirantibus addit : «Adspice, ut insignis spoliis Marcellus opimis Ingreditur, victorque viros superemlnet omnis! Hic rem Romanam, magno turbante tumultu, Sistet, eques sternet Pœnos, Galluraque rebellem, 8Go Tertiaque arma patri suspendet capta Quirino. » Atque hic jEneas, una namquc ire videbat Egregium forma juvenem , et fulgenlibus armis ; Sed frons l<eta parum, et dejecto lumlna voltu : « Quis, pater, ille, vlruin qui sic comitatur eunlem? Fillus, annc aliquls magna de stirpe ncpotum? Qui strcpitus circa comitum I quantum instar in ipso esll

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