LIVRE X
Et dans tout son éclat déploie aux yeux surpris El la valeur d'Euée et les trails de Cypris. Un fil d'or, divisant ses tresses vagabondes, Sur les lis de son cou laisse flotter leurs ondes; Et sa vive blancheur n'en éclate que mieux. Tel , environné d'or, un rubis précieux D'une jeune beauté relève eucor la grâce ; Tel le brillant ivoire élégamment l'enchâsse Dans le noir térébinihe ou dans le buis doré. Vénus tremble en secret pour ce fils adoré. Là tu brillois aussi, toi de qui la main sûre D'un trait empoisonné dirige la blessure, Ismarc , digne sang des rois méonicns , Digne élève de Mars, digne ami des Troyens; Toi que l'on vit pour eux déserter ta patrie , Où la riche nature et l'heureuse industrie Font rouler à-la-fois dans de riches vallons Et l'or de son Pactole, et l'or de ses moissons. Près d'eux marclie Capys , qu'avec orgueil avoue Pour son illustre auteur l'opulente Capoue. Enfin paroît l'honneur du sang de Memmius , Mneslhée, encor tout fier du combat de Turnus.
Tandis que l'on poursuit l'attaque et la défense. Au milieu de la nuit le chef troyen s'avance; Il vogue, il fend les mers. A peine des Toscans , Poiu' instruire Tarchon , il a franchi les camps , Sa noble loyauté, docile aux lois d'Évandre , A leur nouveau monarque avoit eu soin d'apprendre Son nom, sa nation, ses dangers, ses moyens. Les secours qu'aux Toscans demandent les Troyens ; Quels sont ses ennemis, par quel vil subterfuge Mézence chez Turnus sut trouver un refuge ; Ce que peut de Turnus la farouche valeur, L'inconstance du sort , et les droits du malheur. Enée à ces discours joint sa noble prière. Tarchon n'hésite pas : sa nation guerrière, Scellant par un traité son heureuse union, S'allie avec plaisir aux enfants d'Ilion.
Qualis gemma, inicat, fuivuin quœ dividil aurum,
Aiit collo deciis, aiil capili; vel qiiale per arlem
Incliisum buxo, aiit Oricia tcreliiiitho,
Lucet ebur; fusos cervix cui lactea crinis
Adcipit, et molli subnectens circuius auro.
Te quoqiie magDaiiirae viderunt, Ismare, geotos
'4" Voluera dirigcre, et calamos armare veneiio, Mœouia generose domo : ubi piuguia cnlta Exercentqiie viri, Pactolosqiie iiiiigat auro. Adfuit et Mnestheus, quem pulsi pristina Turni Aggere murorura subliraem gloria tollit; Et Capys : hiiic iiomen Campauœ ducitur urbi.
Illi ioter sese duri certamina belli Contulerant : média jEueas fréta nocle secabat. Namque ut ab Evandio castris ingrcssus Etruscis, Regem adit, et régi memorat nomenque genusque,
'^0 Quidve petat, quidve ipse fcrat; Mezentius arma Quae sibi coiiciliet, violentaque pectora Turni, Edocct; humanis quae sit fiducia rébus Admonct, inmiscetque preccs. Haud fit mora ; Tarcbo JuDgit opes, fœdusque f'erit; turii iibera fati Classera conscendit jussis gens Ljdia divuin,
C'est un chef étranger que veut la destinée :
Pour l'envoyé du sort tous choisissent Énée.
De leur brillante élite ils chargent leurs vaisseaux :
Le héros, à leur tête, a volé sur les eaux.
Sa proue étale aux yeux les lions de Cybèle
En pompe sur son char conduisant l'immortelle ;
Plus haut, l'Ida fixoit ses regards consolés;
L'Ida , si doux aux yeux des Troyens exilés !
Là leur chef est assis , méditant en silence
Ce que peut sa valeur, ce que doit sa prudence.
Pallas, à SGS côtés, apprend de ce héros
A l'ire dans les cieux sa route sur les flots ,
A diriger son cours sur la plaine profonde ,
A vaincre sur la terre, à naviguer sur l'onde.
O muses ! maintenant ouvrez-moi l'Hélicon; De ces nombreux guerriers apprenez-moi le nom ; Dites de quels héros la glorieuse élite Accompagnoit Enée, et voguoit à sa suite.
Massique est le premier. Sur l'airain menaçant. Sa proue ofîre aux regards un tigre rugissant : Mille jeunes guerriers , armés d'un trait rapide , De leur léger carquois, de leur arc homicide. Des murs de Clusium , des remparts de Cosas , Pareils d'âge et d'ardeur, le suivent aux combats. Le fier Abas y joint une brillante troupe : Un Apollon d'or pur resplendit sur sa poupe ; Pour lui Populonie a tiré de son sein De six cents combattants un généreux essaim. Ilva, qui des métaux est la mère féconde; Ilva, qui pour ceinture a l'empire de l'onde, Y joint trois cents guerriers exercés aux combats. Et fournit à-la-fois son fer et ses soldais. Asylas après eux s'avance le troisième; L'interprète Asylas, dont le talent suprême Sait lire l'avenir dans les flancs des taureaux , Dans les feux de l'éclair; qui de tous les oiseaux Connoit les vols divers et les divers langages. Et du ciel aux humains révèle les présages.
Extcmo conmissa duel. .Eneia pnppis Prima tcnet, rostro Pbrygios subjuncta leoncs : Inminet Ida super, profugis gratissima Teucris. Hic magnus sedet ;Eneas, securaque volutat
iCo Eventas belli varios; Pallasque sinistro Adfixus lateri jara quserit sidéra, opacae Noctis iter, jam quœ passus terraque manque.
Paudite nunc Helicona, Deœ, cantusque raovtte; Qux manus interea Tuscis comitetur ab oris jEoean, armetque rates, pelagoque vehatur.
Massicus œrata princeps sccat aequora Tigri ; Sub quo mille manus juvcnum, qui mœuia Clusi, (Juique urbem liquere Cosas : queis tela, sagittae, Corytiquc levés humeris, et letifer arcus.
''o Una torvus Abas : huic tolum insignibus armis Agmen, et aurato fulgebat Apolline puppis. SexccQtos illi dederat Populonia mater Expertes belli juvenes; ast Ilva trecentos Insula, inexhaustis Chalybum gcnerosa inetallis. Tertius, ille bominum divumque iuterpres Asylas, Cui pecudura fibrœ, cœli cui sidcra parent, Et liiiguse volucrum, et prsesagi fulmiuis ignés,
L'EN É IDE
Pour lui mille guerriers, armés de javelots, D'uue moisson de fer ont hérissé les flols ; Toscane par son sol , grecque par sa naissance , Fille heureuse d'Elis, Pise arma leur vaillance; Son nom atlesle encor le lieu de son berceau. Après eux s'avancnil des guerriers le plus beau, Astur, enorgueilli des dons de la nalure. De son coursier docile et de sa riche armure : Les champs de Minion et des vieux Pyrgiens, Gravisque, qui détruit ses propres citoyens. Et Cérète ont fourni celle jeunesse armée. Tous ont même courage et même renommée.
Puis-je oublier vos noms de la gloire connus, lUusIre Cinyras, et toi, fils de Cycnus ? Ton camp est peu nomlireux ; mais la fidèle histoire De ton malheureux père a gardé la mémoire. Parmi ces peupliers où tes plaintives sœurs, Imprudent Phaéton ! ont caché leurs douleurs , Cycnus, ton tendre ami, que ta mort désespère, Charnioit par ses doux chants son chagrin solitaire. Bien plus que par les ans vieilli par le regret, Il vil son corps blanchi se couvrir de duvet ; Et dans l'air , en chantant , s'éleva sur ses ailes. Un panache, formé de plumes paternelles. Dislingue encor son fils ; et ses jeunes guerriers D'un semblable ornement ombragent leurs cimiers. Sur sa proue un centaure , effroi des mers profondes , Suspend un lourd rocher qui menace les ondes ; Et, guidant en son cours trente légers vaisseaux. D'une longue carène il sillonne les eaux.
Ocnus , le fier Ocnus quitte aussi sa patrie : La prêtresse Manlo du fleuve d'Élrurie Eut cet enfant divin; et lui-même, dit-on, De sa mère à Manloue a donné le beau nom ; Manloue, ouvrage heureux de plus d'un chef illustre : Tous , nés en divers lieux , ont augmenté son lustre.
Mille rapit densos acie atque horrentibus hastis. Hos parère jubent Alpbe* ab origine Pisae,
180 Urbs Etrusca solo. Sequitur pulcherriiuus Astur, Astur equo lidcus, et versicoloribiis armis. Tercectuin adjiciiint (mens omnibus iina sequendi) Qui Cierele domo, qui sunt Miniouis in arvis; Et Pyrgi veteres, intempestoeque Gravisea-.
Non ego te, Ligurum ductor fortissime bello, Transicriin, Cinyra; et paucis coraitate Cupavo, Cujus olorince surgunt de vertice pennse; Crimen anior vcstrum , form^quc insigne paternsp. Namqne ferunt luclu Cycnura l'haetontis aniati,
'9° Popukas inter IVondis umbramquc sorornni Dura canit, et luœstura musa solatur aiuorcm, Canentem molli pluma duxisse scnectam, Linqucntera terras, et sidéra voce sequentem. Filius, asqualis comitatus classe catervas, Ingenttm remis Ccntaurum piomovet; ille Instat aqua;, saxumque undis inmanc minatur Arduus, et longa suicat maria alta carina.
Ille etiam patriis agmen cict Ocnus ab oris, Fatidicae Mantus et Tusci filius amnis,
"o Qui muros, malrisque dcdit tibi, iMantua, nomen, Mantua, divcs avis; sed non gen\i3 omnibus 'luum.
Trois peuples , divisés par leurs quatre tribus , A ses murs souverains apportent leurs tributs ; Et tous ceux dont ses lois formèrent la vaillance Aux champs de l'Étrurie ont reçu la naissance.
Cinq cents autres guerriers, non moins audacieux. Armés contre Mézence, et nés aux mêmes lieux, Voguent sous Mincius ; et Bénacus son père Orna de ses roseaux une tête si chère. Aulesle enfin s'avance; et ses cent matelots Sous l'aviron tranchant font bouillonner les flots. Un vieux Triton le porte, et sa conque bruyante Surmonte encor le bruit de la vague écumante : La mer même s'effraie à ce terrible son. Joignant des traits humains aux formes d'un poisson , La moitié de son corps va se cacher dans l'onde, Et sous ses larges flancs la mer blanchit et gronde. Tels sont ces braves chefs , tels leurs trente vaisseaux Au secours des Troyens s'élancent sur les eaux.
Le jour ne brilloit plus ; la nocturne courrière Sur son char inconslant poursuivoit sa carrière. Plein de ses grands projets, assis au gouvernail, Le héros des nochers dirige le travail : Pour le salut de tous il prolonge sa veille , Son vaisseau suit son cours. Tout-à-coup, ô merveille ! Ces nymplies dont l'Ida fut le premier séjour. Ouvrage de Cybèle , objet de son amour, De loin avec plaisir ont reconnu leur maître; Et, devant ses regards s'empressant de paroître, S'offrent en nombre égal à celui des vaisseaux Que le Tibre avoit vus reposer dans ses eaux. Toutes, l'environnant de leur brillante escorte, Paroisseni envier le vaisseau qui le porte; L'amusent de leurs jeux, et, lui prouvant leur foi. De son heureux retour félicitent leur roi. De toutes la plus belle et la plus éloquente, S'attachaul d'une main à la poupe flottante,
Gens illi triplex, populi sub gente quaterni; Ij)sa caput populis : Tusco de sanguine vires.
Hinc quoque quiugcnlos in se Mezentius armât, Quos pâtre Benaeo, velatus arundine glauca, Mincius infesta ducebat in œquora pinu.
Il gravis Aidesles, centenaque arbore fluctus Verberat adsurgens : spumant vada marmore verso. Hune vebit inmanis Triton, et caerula coneha
210 Exterrens fréta : eui laterum tenus bispida nauli Frons hominem praefert, in pristin dcsinit alvus; Spumea semifero sub pectore murmurât unda. Tôt Iccti proceres ter dénis navibus ibant Subsidio Troja?, et carapos salis aère secabant. Jamque dies cœlo concesserat, almaque curru INocllvago Pbœbc médium pulsabal Olympnm. jEneas, neque enim membris dat cura quictem, Ipse sedens clavumque régit, velisque ministrat. Atque illi raedio in spatio chorus, ecce, suarum
'20 Oceurrit comilum, Nymphae, quas aima Cybelc INunien haberc maris, iNyrapbasque e navibus esse Jusserat, innabant pariter, fluctusque secabant. Quoi prius aerata: steterant ad lilora prorae. Adgnoscunl longe regem , lustrantque chorcis Quai-um, ous fandi doctissima, Cymodocca