‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 189 sur 411 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

DÈS qu'il voit des Latins les soldais dispersés , Sur lui seul désormais tous les regards fixés, L'état à haute voix réclamant sa promesse , Turnus laisse éclater la fureur qui le presse ;

Nuntius, et juveni Ingcntcm fert Acca tumultum Deletas Volscorum acies, cecidisse Camillam, Ingruere infensos hostls, et Marte secundo

900 Oranla conripuisse; metum jara ad mœnia ferri. 111e furens (et saeva Jovis sic numiua poscunt ) Deserlt obsessos coUls, nemora aspera iinquit. Vlx e conspectu exlerat, campumque tenebat, Quum pater jEneas, saltus ingressus apertos, Exsuperatque jugum, sllvaque evadit opaca. Sic ambo ad muros rapidl , totoque feruntur Agmine, nec longis Inter se passibus absunt; Ac simul jEncas l'umantls pulvere campes Prospexit longe, Laurentiaque agmina vidit;

910 Et saevum jEnean adgnovit Turnus In armIs, Adventumque pedum, flatusque audivlt equomm. Continuoque Ineant pugnas et praella tentent; NI roseus fessos jam gurglte Phœbus Hibero Tiogat equos, noctcmquc die labcnte rcducat. Considunt castris ante urbem, et mœnia vallant.

LIBER XIL "■ I Turnus ut infractos adverse Marte Latines Defecisse videt, sua nunc promissa reposcl, Se signari oculis, ultro Inplacabllis ardct, Adtollitque animes : Pœnerum qualls in arvis.

LI^.NÉIDE.

Rien ne la contient plus. Ainsi, quand de ses traits

Le Numide a percé le tjran des forêts,

L excès de la douleur initant son courage,

Aussitôt il s"clance impatient de rage,

Frémit, de ses longs crins bat son cou vigoureux,

Du chasseur dans son flanc rompt le trait douloureux,

Et des terribles sons de sa gneule sanglante

A son vainqueur lui-même inspire l'épouvante :

Tel s'enflamme Turnus; et, s'adressant au roi :

«Aux lâches Phrygiens s'il reste quelque foi,

Voici le temps enfin de tenir leur j)arole :

Qu'il vienne ce Troyen qu'il est temps que j'immole ;

Turnus est prêt. El vous, grand prince, préparez

La pompe, les autels et les pactes sacrés :

L'affaire est entre nous ; que l'armée, immobile.

Demeure du combat spectatrice tranquille.

Oui , des champs phrygiens ce lâche déserteur

Va de ce bras fatal sentir la pesanteur,

Et seul j'aurai vengé la querelle commune ;

Ou si contre Turnus prononce la Fortune ,

Et Lavinie et moi serons en son pouvoir. »

A sa fougueuse ardeur le roi, sans s'émouvoir. Répond : « Jeune guerrier, plus votre ame est sublime, Plus je dois tempérer cette ardeur magnanime : S'il faut un grand empire au grand cœur de Turnus, Les étals qu'il joignit aux états de Daunus Sont pour son héritier ini assez beau partage ; Et moi, par mes sujets, par mon propre courage, J'espère de mon rang soutenir la grandeur. Si d'un illustre hymen vous briguez la splendeur, Il est d'autres beautés, dans cet empire immense, Qu'honorent la vertu, les grâces, la naissance : Souffrez donc qu'entre nous laissant parler mon cœur. Je découvre du sort l'inilexible rigueur. De tous ceux qu'à ma fille on vit d'abord prétendre. Nul ne peut espérer de devenir mon gendre ; Tout met à cet hymen un obstacle puissant :

Saucius Ille gravi venantuin volnere pcetus, Tum demum niovet arma leo , gaudctqne coraantis Excutiens ccrvicc toros, fixumque latroiiis Inpavidus frangit tcliim, et frémit ore cruento : Haiid secus adcenso gliscit violentia Tuino.

•^ Tum sic adi'atui- rcgem, atqiie ita turbidiis tnfit :

« NuUa mora in Tiirno ; nihil est quod dicta rclraeteiit Igiiavi yEneadœ; nec, qus pepigcre, récusent. Congredior : fer sacra, pater, et concipe fcedus. Aut hac Dardanium dextra sub Tartara mittara , Descrtorem As!» (scdcant spectentque Latini), Et solus ferro crimen commune refellam ; Aut liabeat victos, cedat Lavinia conjux. »

oui sedato respondit corde Latinus :

« O praestans animi juvenis, quantum ipse feroci

ïo Virlute exsuperas, tanto me impensius aequum est Consulere, atque omnis mctuentem expcudere casus. Sunt tibi régna patiis Dauni, sunt oppida capta Multa manu; nec non aurumque animusquc Lalino est; Sunt aliae innupta; Latio et Laurcntibus agiis; Nec gcnus indccorcs : sine me ha:c haud moUia latu Sublatis aperirc dolis ; animo boc simul hauri. Me nRtam nulli vcteium sociare procorum

Vaincu par l'amitié, par les liens du sang.

Par mon épouse en pleurs, des dieux , de leurs ministres,

J'ai bjavé pour vous seul les présages sinistres ;

De la paix, de l'hymen j'ai rompu tous les nœuds,

En combattant les droits d'un peuple aimé des dieux.

Depuis cfc jour fatal et fécond en disgrâces,

Vous voyez quels malheurs s'attachent à nos traces ;

Vous le voyez, Turnus : des mêmes coups frappé,

Vous-même aux maux publics n'avez pas échappé.

A nos fiers ennemis , vainqueurs dans deux batailles ,

Nous opposons en vain l'abri de nos murailles ;

Notre sang teint le Tibre, et de nos bataillons

Les ossements épars ont blanchi les sillons.

L'irrésolution fatigue enfin mon ame;

Il faut se décider : aux enfants de Pergame

Si le sort quelque jour doit unir Latinus,

Pourquoi payer ces nœuds par le sang de Turnus ?

Laissez-moi donc former ce lien légitime :

Soyez-en le témoin, et non pas la victime.

El que diroient de moi vos sujets et les miens ,

Si, lorsque recherchant les plus tendres liens.

Et fier de ses aïeux , à ma noble famille

Turnus cherche à s'unir par l'hymen de ma fille ,

Votre mort ( loin de moi ces présages affreux ! )

Payoit seule vos soins, vos bienfaits et vos feux ?

Rappelez-vous du sort l'inconstance ordinaire;

Songez à la vieillesse , aux longs chagrins d'un père,

Qui, loin de votre vue exilé dans sa cour,

De son fils aux autels demande le retour. »

Ce discours , qu'à regret le fier Turnus endure , Dien loin dt l'adoucir, ii-rite sa blessure ; Sitôt qu'il peut parler, il répond en ces mois : i< Trop d'intérêt pour moi trouble voire repos. Grand prince; permeltez que, servant la patrie, J'achèle quelque gloire aux dépens de ma vie. Entre Énée et Turnus le danger est égal , Et peut-être je suis digne d'un tel rival;

Fas erat, idque omncs divique hominesque canebant Vietus amore tui, cognato sanguine victus,

3o Conjngis et mœstae lacrymis, vincla omiiia rupi : Promissam eripui genero ; arma inpia sumsi. Ex illo qui me casus, quse, Turne, sequautur Bella vides; quantos piimus patiare labores. Bis magnaîvicti pugna vix urbe tuemur Spcs Italas; recalent nostio Tibeiina fluenta Sanguine adhuc, campique ingénies ossibus albcnt. Quo referor loties? qua; mentem insania mutât? Si, Turno exslincto , socios sum adscire paratus, Cur non incolumi polius cerlamina tollo ?

40 Quid consanguinei l^utuli , quid cetera dicet Italia : ad mortem si te (Fors dicta refutet!) Prodiderim, natam et connubia noslra pelenlem ? Respice res bello varias; miserere parentis Longaevi, quem nunc mœstum patria Ardea longe Dividit. » Haudquaquara dictis violentia Turni Flectitur : exsuperat magis, acgrescitque raedendo. Ut primum fari potuit , sic institit ore :

« Quam pro me curam geris, banc precor, opluine, pro me Dcponas, Ictumque sinas pro laude pacisci.

^° Et nos tela, patcr, fcrrumipie haud débile dextra

Page 1