‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 203 sur 411 · C. A. WAI.CK.ENAER · texte numérisé non relu

C. A. WAI.CK.ENAER

3 Incerti quo fata ferant , ubi sistere detur , etc.

Ce vers renferme l'expression simple et forte d'un des plus grands malheurs qui puissent affliger l'homme ; l'exil , et l'iucertilude d'un asile.

4 Litora quum patriœ lacrymans portusque lelinquo , etc. Virgile excelle à peindre les affections les plus douces de

l'ame, et particulièrement l'amour de la pairie. Mélibéc dit dans la première églogue :

Nos patriœ fines et dulcia linquimus arva , etc. Dans un des derniers livres de VEnéide, on ne peut lire sans attendrissement la mort de ce guerrier qui regarde encore une fois le ciel, et se rappelle, en expirant, le doux pays d'Argos : Et dulces moriens reminiscitiir Argos. ( Lib. X, V. 782.)

5 Et campos ubi Troja fuit.

Ce passage est justement cité par le marquis de Beccaria, dans ses Recftcrc/ies sur le style, comme un trait sublime. Quelle description diroit autant que le trait si précis , mais si profond, les champs ou fut Troie?

Ce seul mot de Troie rappelle la capitale de l'Asie, sa richesse et sa puissance, son long siège, sa longue résistance , et, comme le dit Virgile, la patrie des héros et des dieux. C'est une règle importante en poésie, de ne poiut dire ce que l'imagination peut suppléer; lui ôter ce travail, c'est lui ôter un plaisir ; et on peut dire que dans ce cas la poésie s'enrichit de tout ce que le poète ne dit pas. Quelles idées réunies de grandeur et de misère renferme ce peu de mots ! Voltaire a heureusement imité ce passage dans sa Henriade;

Il découvre avec joie Le foible Simo'is , et les champs où fut Tioie. Ch. IX.

On a mieux su distinguer de nos jours , qu'au temps de Virgile, les champs ou fut Troie. Des voyageurs éclairés se sont empressés d'aller visiter ces lieux immortalisés par les vers d'Homère. En attendant le bel ouvrage que prépare M. de Choiseul-GouffuT sur cet objet, on peut consulter avec fruit ceux de M. Lechevalicr, de Dallaway, de Morrilt, et sur-tout celui de GcU , intitulé : Topographj of Troj. A la page 107, cet autour nous donne un plan topograpliique de la colline oixfut Troie , et dont le village de Louiiar-Bachy n'occupe qu'une partie. M. Gell calcule que l'en]|)lacement de l'ancieuue Troie pouvoil contenir cinquante mille habitants.

c. A. WALCKENAER.

6 Cum sociîs , natoque , penatibus « et niagnis dis.

Ce vers exprime avec une précision admirable tout ce qui accompagne Enée dans sa fuite : ce sont les objets à-la-fois les plus suints et les plus chers. Ce vers spondaïque , quoique terminé par un monosyllabe, a de la majesté.

7 /Eneadasque meo nomen de nomine fingo.

• Sur la rive des mers un nouvel Ilion ,

• Élevé [^ar mes mains . avoit reçu mon nom. ■

Celle vLlîe conserve encore ce nom , et elle l'a communiqué

au golfe à l'entrée duquel elle se trouve, qui s'appelle Eiios, comme la ville. La rivière de Marizza , qui se jette dans ce golfe, est l'ancien Hèbre. M. de Choiseul, dan.s le second volume de son Foyage pittoresque de la Grèce , a donné des détails intéressants sur l'état actuel de cette ville.

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