‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 204 sur 411 · C. A. WALCK.ENAER · texte numérisé non relu

C. A. WALCK.ENAER

8 Forte fuit juxta tumulus , etc.

Celle histoire de Polydore est de l'intérêt le plus touchant. Tout concourt à cet intérêt, sa jeunesse, la tendresse de son père qui lui cherche un asile contre les dangers de la guerre chez un allié perfide , sa mort malheureuse et cruelle ; joignez-y d'autres idées accessoires, la (in des grandeurs de Troie, le commencement d'une fatale guerre, le respect que l'on doit au malheur et aux tombeaux, la peinture admirable que fait Virgile de la terreur que causent à Ense ces arbustes sanglants : tout dans ce morceau porte au fond de l'ame une impression profonde de mélancolie.

9 Heu! fuge crudelis terras, fuge litus avarum.

Voilà un bel exemple de la figure que donnent aux choses les épithètes qui ne conviennent qu'aux personnes.

10 Ergo instanramus Polydoro funus , et ingens, etc.

Une des choses qui font le plus d'honneur à Virgile, c'est le plaisir qu'il prend à décrire les cérémonies rehgieuses, et particulièrement celles qui consacrent la cendre et la mémoire des morts. On a cru voir dans ce culte funéraire couler des finis de lait sur les tombeaux; mais on ne voit pas sans regret les sacrificateurs les arroser de sang, et cette barbarie se mêler avec un acte d'humanité, llien de plus poétique à-la-fois et de plus attendrissant que l'illusion touchante des vivants qui appeloient par trois fois les mânes chéris du fond de leurs tombeaux. C'est cet usage qui a dicté ce vers heureux à Marmontel :

Ou mou époux respire , ou son ombre m'entend;

Pénélope , act. I , se. viii.

et ceux-ci lires d'un morceau sur les cérémonies funéraires :

Les morts étoient muets à ces cris douloureux , Mais le cœur leur parluit, et répondoit pour eux. Imagination , ch. iv.

11 Inde, ubi prima fiiles pelago , placataque venti Dant maria, etc.

On ne peut dire avec plus de grâce et d'élégance, lorsque le temps devint favorable à l'embarquement. C'est celte élégance qui donne de la valeur aux plus i>etits détails; et on peut dire souvent de la poésie comme de la sculpture, Materiam superabat opus.

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