LIVRE IV
Souvent les prostitue à d'indignes usages.
Satan contemple au loin ce sol délicieux, Et son œil sur la terre a cru revoir les cieu.v : Riche de fruits , de fleurs , de ruisseaux , de verdure , Dans une étroite enceinte il contient la nature ; C'est le jardin de Dieu, c'est son plus doux séjour, L'objet de ses bienfaits, l'objet de son amour. D'Auran , dont il liordoit la plaine orientale , Dieu même l'étendil jusqu'à la tour royale Que les fiers Séleucus bâtirent autrefois. Là, ses mains ont planté des arbres de son clioix ; De la teirc encor vierge innocentes prémices. L'œil, le goût, Ucdorat, en faisoient leurs délices. Plus fleuri, plus riant, et plus superbe encor. L'arbre heureux de la vie y porte des fruits d'or : Sources de nos malheurs, près de l'arbre de vie. L'arbre de la science a trouvé sa patrie ; Arbre funeste, hélas ! par lui l'ange infernal De la source du bien lit éclore le mal.
Du côté du midi, sur sa brillante arène. Un fleuve en cent détours s'égare dans la plaine , Rencontre une montagne, et sans se détourner iSes ondes, dans ses flancs , courent s'emprisonner ; Pour dominer au loin cette riche campagne, L'Éternel de ses mains posa celte montagne ; Lui-même la plaça sur ses rapides eaux. Là, du sol altéré mille secrets vaisseaux (Ainsi Dieu l'ordoiuia) boivent par chaque veine L'eau qui monte et s'élève en immense fontaine, Et s'épanche en ruisseaux dans ce riant jardin ; Tous vont se réunir dans un vaste bassin, Et . se félicitant de l'art qui les rassemble , En bruyante cascade ils retombent ensemble ; Puis, fier et triomphant de rcparoîlre au jour. Le fleuve, libre enfin, les rappelle à son tour.
To ail deliglit of huinan sensé expos'd , In iiarrow room, Natiire's wliole wealtli; yea more, A lieaven on earth : l'or blissful Paradise Of God the garden was, by him in the' East 3'o Of Eden plantcd : Eden stictcli'd lier fine From Auran eastward lo t'ie royal towers Of gveat Selcucia, built by Grecian kings , Or where the sous of Eden long before Dwelt in Telassar ; in this pi :asaat soit His lar more pleasant garden God ordi'iu'd; Ont of the fertile ground lie caus'd to grow Âll trecs of noblest kind for sight, smell, taste; And ail amid them stood the tree of life, High eminent, bloomiug ambrosial fruit
'20 Of vegetable gokl; and next to fife,
Oiir deatli , tlie tree of knowlcdge , grew fast by, Knowledge of good , bought dcar by knowing ill. Southward through Eden went a river large, Nor chang'd his course, but t'irough the shaggy hiil Pass'd underneath ingulfd; (or God had thrown That mountain as his gardeu-mould, higli rais'd UpoD the rapid current, whicli, through veins Of porous earth with kindly thirst up-drawn, Rose a fresli fountain, and with many a rill
'^o Water'd the garden ; tiience united l'ell
Down liie steep glade, and met the nellier llund;
Tous alors , reprenant leur course vagabonde ,
Partagent de nouveau le tribut de leur onde ,
Parcourent cent pays, cent royaumes divers,
Dont l'inutile nom est banni de mes vers.
Mais si l'art en pouvoit retracer la peinture ,
J'aimerois mieux conter comment cette onde pure
Verse en flois azurés, en nappes de saphir.
Mille brillants ruisseaux que ride le zéphyr ;
Qui tous, se défiant dans leur course rivale.
Baignent les sables d'or , la perle orientale ;
Et fuyant, s' écartant, et revenant encor.
Roulent de leur nectar le liquide trésor ;
Sous la voûte des bois, dans la plaine brillunte,
Visitent chaque arbuste , abreuvent chaque plante ,
Désaltèrent ces fleurs, les délices des yeux,
Ces fleurs dignes d'Éden, ces fleurs dignes des cieux :
Aux froids compartiments , aux formes régulières ,
L'art n'assujettit point leurs tribus prisonnières ;
La nature, au hasard, d'une prodigue main
De la terre émaillce en a paré le sein :
L'une s'épanouit aux doux feux de l'aurore ;
Des flammes du midi cette autre se colore,
El, fière d'étaler son calice vermeil,
S'ouvre amoureusement aux rayons du soleil ;
D'aulres, aux bois touffus, au sein des forêts sombres
Dont les épais rameaux rembrunissent les ombres,
Aiment à confier leurs modestes attraits.
Source de voluptés et bientôt de regrets. Tel étoit ce jardin riant et magnifique , Simple el majestueux, élégant et rustique. Là , brillent suspendus ces globes précieux Dont le suc plait au goût, et la couleur aux yeux : Ces fruits d'or végétal, ces pommes déleclables. Ont dans ces lieux divins réalisé les fables. Ailleurs , mille arbrisseaux distillent en pleurant
Which from his darksomc passage now appears , And now, divided into four main strcams, Runs diveisc, wandering many a lamous realm And country, wlicreof hère necds no account; But rather to tell how, if art could tell, How from that sapphire fount the crispcd brooks, RoUing on orient pearl and sands of gold , With mazy error under pendant shades
240 Ran nectar, visiting each plant; and fed
Flowers worthy' of Paradise, which not uiee art In beds and curious knots, but nature booti Pour'd forth proi'use on hill, and dale, and plain, Both where the morning sun first warmly sniote The open field, and where the unpierc'd shade linbrown'd the noontide bowers.
Tlius was this place A happy rural seat of varions view, Grovcs whosc rich trees wept od'rous gums and bahii, Others whose fruit, bumish'd with golden rind,
3&0 Ilung amiable, Hesperian fables irue.
If true, hère only, and of delicious taste : Betwixt them lawns, or level dowus, and flocks Grazing the tender herb, were interpos'd; Or pahny hillock ; or the flowery lap Of somc irriguous valley sprcad lier store, Flowers of al! hue, and «ithout thnrn tlie rose:
PARADIS PERDU
La myrrhe précieuse et le baume odorant :
L'œil voit de frais gazons , de riantes prairies ,
D'heureux troupeaux tondant les pelouses fleuries ,
Des palmiers ombrageant de modestes coteaux,
Des vallons émaillés : de limpides ruisseaux
Nourrissent ces trésors de leurs eaux cristallines ;
Et, parmi tant de fleurs, la rose est sans épines.
Plus loin, des antres verts ignorés du soleil,
Par leur douce fraîcheur invitent le sommeil ;
Sur eux rampe le lierre , ou , montant avec grâce ,
De ses bras tortueux la vigne les embrasse.
Et le long de leur voûte élève dans les airs
Et ses grappes de pourpre et ses feuillages verts.
Parmi ce luxe agreste, en chutes argentines,
Plus d'un ruisseau descend du sommet des collines ;
Puis, au sein d'un beau lac, dont les bords festonnés
De myrtes sont couverts et de fleurs couronnés ,
Va finir ses erreurs, et de ses eaux brillantes
Déploie en frais miroir les nappes transparentes.
L'eau mollement frémit , l'oiseau chante , les vents
Emportent les parfums des feuillages mouvants ;
Et l'air à ces doux bruits, concerts de la nature,
Des bois haimonieux accorde le murmure.
La fable auroit cru voir les Grâces, les Saisons,
S'entrelacant en chœur, bondir sur les gazons.
Les fouler en cadence , et , Pan même à leur tète ,
D'un printemps éternel y célébrer la fête :
Non , du fertile Enna les paysages frais ,
(;;es beaux lieux où jadis la fille de Cérès
Cueilloit en paix des fleurs bien moins brillantes qu'elle.
Quand Pluton l'enleva dans la nuit éternelle,
Et que sa mère en pleurs parcourut l'univers,
N'étoient pas si féconds , si riants et si verts.
Au bosquet de Daphné que vient baigner l'Oronte ,
Aux eaux de Caslalie, Éden auroit fait honte;
Ces bocages heureux qu'arrose le Triton ,
Another side, umhrageous grots and caves Of cool recess , o'er which the maotling vine Lays forth lier purple grape, aud geolly creeps
2^ Luxuriant; raeanvvliile raunnuring waters fall Down the slope liiils, dispers'd, or iu a lake, That to tlie fringed bauk with rayrde crown'd Her crystal mirror holds, unité tlieir streanis. The birds their quire apply; airs, vernal airs, Breathing the smell of Kcld aud grove, atîune The trerabling leaves, whilc universal Pan, Knit with the Grâces and the Hours in dancc, Led on the' eternal spring. Not that fair field Of Enna, where Proserpioe gathering flowcis,
'TO Herselt a fairer flower, by gloomy Dis
Was gatber'd, which cost Ceres ail that pain
To seek her through the world; nor tiiat sweet grove
Of Dapbne by Orontes, and the' inspir'd
Castalian spring, raight with this Paradise
Of Eden si rive; nor that INyscian isie
Girt with tlie river Triton , where old Chain ,
Whom Gentiles Animon cal!, and Lybian Jovc,
nid Ainalthea and her florid son
Young Bacchus, from liis stepdamc Bhea's eye;
'9" ^or where Abassin kings their issue gnard, Moiinl Ajn.ua , though this hy sonie suppos'd
Ces coteaux fortunés où Jupiter , dit-on , Cacha Bacchus enfant et la chèvre Amalthée, N'avoient rien de si beau dans leur île enchantée : Enfin ce mont brûlant où l'on dit qu'autrefois Se jouoient sur les fleurs les enfants de ses rois , Oii le Nil prend son cours , où de ses rocs d'albâtre Le voyageur parcourt le long amphithéâtre. Sur qui du premier homme on plaça le jardin, N'offroit rien de pareil au véritable Éden. Satan d'un œil jaloux contemple ces délices ; Ce séjour de plaisirs redouble ses supplices.
Parmi ceux qui peuploient ces bords voluptueux , Un couple au front superbe, au port majestueux, A frappé ses regards; leur noble contenance, Leur corps paré de grâce et vêtu d'innocence , Tout en eux est céleste ; et l'ange des enfecs A d'abord reconnu les rois de l'univers. Ils l'étoient , et tous deux étoient dignes de l'être : En eux resplendissoit l'image de leur maître. Par amour , non par crainte, ils observent sa loi ; Ils l'adorent en père , et l'honorent en roi : C'est de ce grand pouvoir qu'émane leur puissance , Et leurs droits sont fondés sur leur obéissance : JMais leur sexe diffère ainsi que leurs altraiis. Et distingue leur ame aussi bien que leurs traits : L'un reçut la valeur et la haute sagesse ; L'autre le doux maintien, la grâce enchanteresse ; Tous deux , enfants du ciel , vivent dans ce beau lieu , Lui pour Dieu seulement, elle pour l'homme et Dieu. Dans les jeux de l'époux la majesté respire; Il est né pour la gloire, il est né pour l'empire. Sur son front mâle et fier ses cheveux partagés Voilent son cou d'albàlre; et leurs flots négligés. Sans passer son épaule , en grappes ondoyantes Roidoient le jais brillant de leurs touffes pendantes. Comme un voile flottant, sans ornement, sans art,
True Paradise under the Ethiop Une
By IVilus head, enclos'd witii shining rock,
A whole day's journey high, but wide remote
From this Assyrian garden, where the fiend
Saw, uudeiighted, ail delight, ail kind
Of living créatures, new to sight and strange.
Two of far nobler shape, ercct and tall, Godlike, ercct, with native honour clad,
29" In nakcd niajesty seera'd lords of ail :
Aud worthy seeni'd; for in their looks divine The image of their glorious raaker shone, Truth, wisdom, sanctilude severe and pure, ( Severe, but in true filial frcedoni plac'd ), Whenee true authority in men; though both Not cqual, as tlieir sex not equal seeiu'd; For contemplation he and valour form'd , For softness she and sweet attractive grâce; He for God only, she for God in him.
3oo His fair large front and eye sublime declar'd Absolutc ride; and hyacinthiue locks Round from liis parted forclock manly hung Clustering, but not beucath his shoulders broad : She, as a vcil, down to the siender waist Her unadorncd golden tresses wore Dishevcll'd, but in wanton ringlets wav'd