‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 247 sur 411 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

La rhcvehire d'Eve, assemblée au hasard,

Couvroil sa belle taille , et de ses li-esses blondes

A.UX folâtres zéphyrs abandonnoit les ondes :

Chaque boucle ressemble à ces tendres rameaux

Dont la vigne Qexible embrasse les ormeaux,

F.mblème de l'appui que son sexe demande ;

Mais en obéissant, sa foiblesse commande.

L'un exige avec grâce, aime avec dignité :

L'autre laisse fléchir sa modeste fierté,

Et par son amoureuse et douce résistance,

Différant le plaisir, accroît la jouissance.

Ainsi sont réunis la force et la douceur.

L'empire et la bonté, l'amour et la pudeur;

Non point cette pudeur , enfant honteux du crime.

O triste sentiment qu'un vil orgueil anime ,

Tu n'étois point alors ! un voile injurieux

Ne calomnioit point le chef-d'œuvre des cieux.

Depuis, des vêtements l'hypocrite parure.

En voilant ses trésors , outragea la nature :

La honte est arrivée , et la pudeur a fui.

L'homme oublia sa gloire en rougissant de lui;

Et, perdant la candeur ainsi que l'innocence.

Au prix des vrais plaisirs acheta la décence :

Tels n'étoient point encor les rois de ce beau lieu.

L'un et l'autre, aux regards des anges et de Dieu,

Se présenloient sans voile; et leur nudité sainte.

Comme elle etoit sans crnne, étoit aussi sans ciainle;

Ou plutôt tous les deux ils l'igunroient encor.

Tous deux, de leurs beautés déployant le trésor, De leurs sexes divers le plus parfait modèle. Des hommes le plus beau, des femmes la plus belle. Délices l'un de l'autre, honneur du genre humain, Erroient parmi les fleurs eu se donnant la main. Les soins de leur jardin les occupoient sans peine ; Leur travail sans fatigue, et leur tâche sans gêne. Par un contraste heureux rendent à ces époux Leurs mets plus savoureux, et leur repos plus doux. Sous im épais ombrage , aux bords d'une onde pure

Où des zéphyrs légers frémit le doux murmure ,

Tous les deux étendus, à l'abri des chaleurs ,

Fouloient un vert gazon paré de mille fleurs.

Grâce aux soins journaliers de leurs doux exercices,

Leur soif a ses plaisirs , leur faim a ses délices :

Simple étoit leur festin; les arbres complaisants

Eux-mêmes de leurs fruits leur offroient les présents ,

Et , s'inclinant vers eux, les branches tributaires

Font hommage à leur roi de ces dons volontaires.

Quand leur faim a vécu de ce riche trésor,

Dans le sein parfumé de leur écorce d'or

Leur soif puise une eau pure ; et, par un double usage,

Le même fruit contient leur coupe et leur breuvage.

De ce charmant repas vous n'étiez pas absents ,

Agréables souris , entreliens innocents !

Ni vous , du doux hymen légitimes tendresses ,

Dont ce lieu solitaire enhardit les caresses !

Du souverain du monde innombrables vassaux ,

Autour d'eux folàtroient les divers animaux,

Alors sujets heureux, soumis sans esclavage.

Qui depuis , s' enfonçant dans la forêt sauvage.

Dans le creux des rochers , dans le fond des déserts ,

Craignent et font trembler le roi de l'univers.

Devant eux déployant sa gaité caressante ,

Le lion lient l'agneau dans sa griffe innocente;

Ensemble se jouoient , confusément épars ,

Le lynx aux yeux perçants, les ours, les léopards;

Le lourd éléphant même à leur plaire s'empresse,

Montre tantôt sa force, et tantôt son adresse;

Et, de sa trompe agile épuisant tous les jeux.

En roule tour-à-tour et déroule les nœuds ;

Tandis qu'aux pieds de l'homme, hélas! sans défiance.

D'un air insidieux se glissant en silence.

Sans cire soupçonne , le perfide serpent

Se traîne en longs anneaux, et s'avance en ramparif.

D'autres dorment couchés sur la fraîche verdure ,

Et d'un air indolent ruminent leur pâture.

Cependant par degrés s'obscurcissent les airs :

As tlie vine curis lier tendrils, which implied Suhjection, but requir'd with gentle sway. And by bcr yicided , by him bc st receiv'd ;

5io yicided with coy subinission, modest pride, And sweet, reluctant, amorous delay.

INor tliose mysterioiis parts werc thcn conccal'd ; Thcn was not guilty shame, dishonest sliame Of nature's works, honour disbonourable, Sin-bred, how bave ye troubled ail maiikiud With shows instead, mcre shows of seeming puic And banish'd from mati's life bis happiest lii'e, Simplicity and spotlcss innocence !

So pass'd they naked on, nor shunn'd tlie sight

520 Of God or angel; for they thouglit no ill : So band in hand they pass'd, the loveliest pair That ever since in love's embraces met; Adam the goodliest man of men since born His sons, the fairest of her daughters Eve. Under a tuft of shade that on a green Stood whispering soft, by a fresh fountain-side They sat thera down ; and , after no more toil Of their sweet gardcning ialioiir, than sufdc'd

To recommcnd cool zéphyr, and made case 33o More easy, wholesome thirst and appetite

More grateful, to their supper-fruits thev Icll; .Nectarine fruits, which the compilant boughs Yieldcd tbem, side-long as they sat rccline On the soft downy bank damask'd with flowers. The savoury pulp they chcw, and in the rind , Still as they thirstcd, stoop the brimming stream >'or gentle purpose, nor endearing srailes Wanted , nor youthful dalliance, as bcseems Fair couple, link'd in happy nuptial league, 34" Alone as they. About them Irisking play'd

AU beasts of the' earth, since wild, and of ail chase In wood or wilderncss, forest or den ; Sporting the lion rarap'd, and in his paw Dandled the kid; bears, tigers, ounces, pards, Gamboll'd before them; the' unwieldv clcphant, To make them mirth, used ail his might, and wrcalh'J His lithe proboscis; close the serpent sly, Insinuating, wove with Gordian twinc His braided train, and of his fatal guile 35o Gave proof unbeeded ; others on the grass

PARADIS PERDU

Le soleil fatigué descendoit dans les mers f Et rétoile du soir à la nuit taciturne Revient prêter les feux de sa lampe nocturne. Immobile long- temps, l'archange ténébreux Enfin laisse éclater ces accents douloureux :

'< Puissances de l'enfer ! voilà donc cette race A qui notre oppresseur a promis notre place ! Orage! ils sont heureux, et nous sommes proscrits! Plus je les considère , et plus je suis surpris. Asseml)lage nouveau de lumière et de fange. Voisins de la matière , ils approchent de l'ange ; Moi-même, en les voyant si semblables à nous, Je sens que ma pitié balance mon courroux , Tant sur eux l'Éternel a répandu de grâce. Oh ! si tu prévoyois le sort qui te menace ! Hâte-toi , couple aimable, hâte-toi de jouir ; Plaisir, honneur, repos, tout va s'évanouir; Oui , bientôt tes douleurs égaleront ta joie : Tremble ! le malheur vient , et demande sa proie. Comment a pu de Dieu la funeste bonté Joindre à tant de grandeur tant de fragilité ? Eu vain ce Dieu pour toi fit un ciel sur la terre , C'est Satan, oui , c'est moi qui l'apporte la guerre. Ah ! celui qui pour loi créa ces nouveaux lieux Contre un tel ennemi dut les protéger mieux ; Le voilà près de vous. Mais , que dis-je ? la haine , O couple fortuné ! n'est pas ce qui m'amène : Non , le triste abandon qui m'intéresse à toi M'inspire une piiié que Dieu n'eut pas pour moi ; Je viens à mes destins unir votre fortune ; Nos droits seront communs, notre cause commune ; Vous vivrez avec moi, .je veux vivre avec vous. Je ne vous promets point ce paradis si doux. Ces vergers odorants, et ce jardin fertile; .

Couch'd, and now fill'd wilh pasture gazing sal, Or bedward rurainating; for the sun , Dcclin'd , was hasting now with prone carecr To the océan isles , and in the' ascending scale Of heaven, the stars tbat usher evening rose: When Satan slill in gaze, as first he stood, Scarce thiis al Icnglh fail'd speech recover'd sad.

« O hell ! what do mine eyes with grief behold ! InfB our room of biiss thus high advaiic'd

30° Créatures of other mould, earth-born perhaps, Not spirits, yet to heavenly spirits briglit Lillle inferior; whom my thoughts puisue With wonder, and could love, so lively shines In tliem divine resemblance, and such grâce The hand that l'orui'd them on their sh.ipc hath pour'd. Ah! gentle pair, ye little ihiuk how nigh Your change approaches, when ail thèse delights Will vanish, and deliver ye to woe; More woe, the more your taste is now of joy;

'"" Happv, but for so happy ill scciir'd

Long to continue, and this high seal your heaven,

111 fene'd for heaven , to keep out such a foe

As now is enter'd; yet no purpos'd foc

To you, whoin I could pity thus forlorn,

Though 1 unpitied : league with you 1 seek,

And niutual aniity , so strait, so close,

That I wilh you raust dwell, or you with me

Toutefois , tel qu'il est , acceptez mon asile :

Tel qu'U me fut donné je vous l'offre à mon tour.

Bientôt, pour vous conduire à ma nombreuse cour,

Des princes et des rois vont vous servir d'escorte ,

Et pour vous les enfers élargiront leur porte.

Ce n'est point cet espace étroit et limité :

Vous, vos fils, leurs enfants, et leur postérité ,

Habiterez à l'aise en mes vastes domaines.

Si les plaisirs y sont moins nombreux que les peines,

Accusez-en le Dieu qui força ma fureur

A vous punir des maux dont lui seul est l'auteur.

Oui , j'ai pitié de vous , je plains votre innocence;

Mais la raison d'état emporte la balance.

Mes affronts à venger, un monde à conquérir.

Ont endurci ce cœur tout prêt à s'attendrir :

J'embrasse malgré moi ce que l'honneur demande ,

Et la pitié se tait, quand la gloire commande. »

Ainsi Satan s'armoit, pour des crimes si grands. De la nécessité, l'excuse des tyrans.

Aussitôt de son poste il descend , il se glisse Parmi les animaux dont le joyeux caprice Folâtre innocemment sous les ombrages frais. De chacun tour-à-tour il emprunte les traits ; Sous ces traits imposteurs , qu'avec art il emploie , Il vient, sans être vu, reconnoître sa proie; Près des époux, marchant par d'obliques détours, Il vient étudier leurs gestes, leurs discours; Tantôt du fier lion prend l'épaisse crinière , Les yeux étincelants et la démarche altière ; Tantôt ressemble au tigre adroit et furieux , Qui , de deux jeunes faons suivant de loin les jeux , Se tapit , se relève , et d'espace en espace , Avançant par degi'és , choisit enfin la place D'où le traître, alongeant deux griffes à-la-fois,

Henceforth ; my dweliing haply may not please, Like ihis fair Paradise , your sensé ; yet such

36o Acccpt your Maker's work : he gave il me, Which I as freely give; hell shall unfold, To enlertain you two, her widest gâtes. And send forth ail her kings ; there will be room , Not like thèse narrow limits, to receive Your nnmerous offspring; if no better place, Thank him who puis me loth to this reveuge On you, who wrong me not, for him who wrong'd And should I at your harmiess innocence Mclt, as I do, yet public reason just,

î9" Honour and empire with revengc enlarg'd,

By conquering this new world, compels me now To do what else, though damn'd, I should abhor. »

So spake the fieud; and with necessity, The lyrant's plea , excus'd his devilish deeds. Then from his lofty stand on thaï higli Iree Down he alighls among the sportfui lierd Of those four-footed kiiids , himself now one, Now other, as their sliape scrv'd best his end, Nearer to view his prcy, and unespied ,

4"o To mark what of their statc lie more mighl learn, By word or action mark'd : about them round A lion now he stalks wilh fiery glare, Then as a tiger, who by chance hath spied In sorae purlicu two gentle fawns at play ,

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