LIVRE IV
Mais d'uu long désespoir l'affreuse éternité ! Que dis-je? un grand secret est sorti de leur bouche : Ils ont parlé d'un fruit funeste à qui le touche; Dieu leur eu interdit l'usage dangereux : Est-ce un arrêt de mort ? est-ce un crime pour eux ? Leur bonheur seroit-il fondé sur l'ignorance ? Est-ce une preuve enfin de leur obéissance , Un garant de leur foi ? S'il est vrai , je les plains : Oui, ma vengeance est sûre, et leurs malheurs certains. Je pars, je leur peindrai la jalouse défense D'un Dieu qui veut lui seul posséder la science ; Il craint que le savoir ne les égale aux dieux ; Et ce fruit va tenter ce couple ambitieux : S'il y touche, il est mort, et sa perte me venge. Mais ne négligeons rien ; peut-être ici quelque ange Repose près des eaux , dans le fond des bosquets , Et je pourrai de lui tirer d'autres secrets; Voyons tout , sachons tout. Et loi , toi que j'abhorre , Couple charmant, jouis quand tu le peux encore! Tes moments sont comptés : hàle-toi; je reviens, El les maux éternels vont égaler les miens. » Il dit; et, du succès enorgueilli d'avance, Il marche avec fierté, mais non sans défiance. Bois, forêt et clairière, et montagne et vallon, Son œil éclaire tout. Aux lieux où l'horizon Montre aux regards trompés la limite du monde, El la voûte des cieux jointe aux plaines de l'onde, Le soleil se couchoit ; et ses rayons dorés , Rasant au loin la terre , et baissant par degrés , Regardoient du jardin la porte orientale; Là, portant jusqu'aux cieux sa hauteur inégale. S'offre un rocher d'albâtre , au loin resplendissant ;
Vet Ici me not forget what 1 havc gain'd From theirdwn moutlis : ail is nol tliciis, it scciiis; One fatal tree tliere stands ol' knowiedgc call'd, ForbiddeD thcm to taste : Know ledge lorbiddeii ? Suspicious, reasouless. Wliy sliould tlieir Lord Euvy theiu that? Can it be siu to know? Can it be deatli? And do tliey only stand By ignorance? is tliat thcir happv state,
îiï" Tlie proof of tlieir obédience and tlicir failli? O fair foundation laid wlicrcon to build Tlieir ruin! Ilence I will excite tlieir uiinds With more désire lo know and to reject Envions commands, invented with design To keep them low, whom knowledge miglit exalt Equal wilb Gods : aspiring to be sncli, Tliey taste and die : what likclier can ensue? But first with narrow search 1 musl walk round Tliis gardcD, and no corner leave uuspied ;
*3o A chance but chance may lead wliere I niay iiieet Some wandering spirit ol' heaven by fouutain-side, Or in tliick shade retir'd , froin him to draw What further would be learn'd. Live while ye may, Yet happy pair; cnjoy, till I return, Short pleasures, for long woes are to sueceed. » So saying, bis proud step be seornfui turn'd. But with sly cireuraspection , and began Through wood, througli waste, o'er liill, o'er dale, bis Meauwhile in utmost longitude, whcre Iieaven [roam.
^•l" With carth and océan meets , the setting son
Et, dans les cavités du bloc éblouissant. S'ouvre un large chemin qui, de riuimble campagne, Conduisoit en tournant au haut de la montagne ; Le reste , âpre , escarpé , vers ses affreux sommets , Sous sa masse pendante interdit tout accès. Assis entre ces rocs, entouré de ses anges, Gabriel contemploit leurs célestes phalanges; El jusques à la nuit la jeunesse des cieux Sans armes s'exerçoit à d'héroïques jeux. Autour d'eux, suspendus à ces roches brillantes. Leurs vêlements guerriers , leurs lances éclatantes , Leurs riches boucliers , leurs casques et leurs dards , D'or et de diamants brilloient de toutes parts. Sur un rayon du soir glissant d'un vol rapide , Là descend Uriel : tel dans l'automne humide, Quand les sombres vapeurs s'enflamment dans les airs , Un astre au sein des nuits traîne de longs éclairs; Et marque au nautonnier, penché sur la boussole, De quel point vont partir les lempêles d'Éole.
« Généreux Gabriel, dit-il, écoute-moi : De veiller sur Eden Dieu t'a donné l'emploi : Si quelque esprit malin osoit ici se rendre, Veille autour de ces murs que ton bras doit défendre. A l'heure de midi, ce jour même, à mes yeux A paru dans ma sphère un esprit curieux. Voulant, dit-il, de Dieu voir le dernier ouvrage. Et dans l'homme, sur-tout, admirer son image. D'abord , son air divin et son port m'ont séduit ; Mais sur les monts du nord mes regards l'ont conduit : Ses traits , ses yeux troublés, malgré son air céleste, M'ont bientôt averti de son projet funeste. Je l'ai suivi long- temps, mais mon œil l'a perdu
Slowly descended , and with right aspect
Against the easlern gale of Paradise
Levell'd his evening rays : it was a rock
Of alabaster, pil'd up to the clouds, ^
Conspicuous far, winding with one astent
Accessible froiu earth, one entrance high;
The rest was craggy cliff , that ovcrhung
Still as it rose, impossible to climb.
Betwixt thèse rocky pillars Gabriel sat :
^50 Chief of the angelic guards, awailing niglit : About him exereis'd heroic games The' unarm'd yonth of heaven, but nigh at liand (lelestial armory, shields, lielms, and spears, Ilung high , with dianiond flaming and with gold. Thither came Uriel, gliding through the even On a siin-beain , swilt as a shooting star Jn auturan thwarts the night, when vapours fir'd Impress the air, and shows the mariner From what point of his corapass to beware
sGo Inipetuous winds : he thus began in haste.
« Gabriel, to thee thy course by lot liath given Charge and strict watch , that to this happy place I\o evil thing approach or enter in.
This d.iy at higlith of noon came to ray sphère A spirit, zealous, as he seem'd, to know More of the' Almighty's works, and chiefly man , God's latest image : 1 described his way, Bent ail on specd, and mark'd his aery gait; But in the rauunt that lies from Eden north.
PARADIS PERDU
Dans l'ombre de ce bois sur ces monis élendu. Je crains que des enfers un perfide ministre Ne médite en ces lieux quelque attentat sinistre ; C'est à toi d'y pourvoir. »
■< Illustre enfant du ciel, Je ne suis point surpris, lui répond Gabriel, Qu'habitant du soleil , ta pénétrante vue De l'espace des airs embrasse l'étendue. Pour ce lieu, que le ciel a commis à ma foi, Nul ne peut y passer sans être vu de moi; Et, je puis l'assurer, depuis l'heure brùlanie Où le midi répand sa lumière éclalante, Nul ici n'est venu des hautes régions.
Mais, malgré nos remparts, malgré nos légions. Si, comme tu le dis, quelque autre créature D'un ordre différent el d'une autre nature Osa franchir ces murs ( nul rempart , tu le sais , A l'être incorporel n'en peut fermer l'accès ) , Sous quelque faux dehors que ses vains artifices Aient conduit le perfide en ce lieu de délices , J'ose le garantir, avant le jour naissant, Il n'échappera pas à mon regard perçant. »
Il dit ; el le rayon dont la pointe brillante Le reçoit sur snn arc qui redescend en pente, Le ramène à son poste , aux lieux où du soleil Les Açores déjà cachoient le front vermeil ; Soit qu'achevant son tour, l'astre de la lumière Dans sa course rapide eût rempli sa cairière; Soit que notre humble monde , en son tour plus borné. L'eût laissé, brillant d'or, de pourpre environné. Embellir l'horizon des vapeurs qu'il colore, Et parer le couchant des pompes de l'auroi-e.
s?" Where he first lighted , soon disccrn'd his looks Alien from heavcn, witli passions foui obscur'd : Mine eye pursued liim still , bat under shade Lest sight of liim : one of tlie banisli'd crew, 1 fear , hath ventur'd from tbe deep , to raise New troubles : him thy care must be to find. » To whom tlie winged warrior thus return'd ; a IJriel , no wonder if thy perfect sight , Amid the sun's circie where thou sit'st, See far and wide : in at this gâte none pass
Mo Xhe vigilance hère placed, but such as corne
Well known from heaven ; and since meridian houi INo créature thence : ifspirit of other sort, So minded, liave o'er-lcap'd thèse earthly bounds On purpose, liard tliou know'st it to exclude Spiritual substance witli corporeal bar.
But if witliin the circuit of thèse walks. In whatsoever shape he lurk, of whom Thou tcH'st, by niorrow dawning I shall know. » So promis'd he; and Uriei to his charge
»9o Return'd on that bright beam, whose point now rais'd Bore him slopc downward to the sun now fall'n BcDcatli tiie Azores; wiiclher the prime orb, Incrcdible liow swift, liad tliither roU'd Diurnal, or tliis less voluble earth , By shortcr flight to the' east, liad Icft him there, Arraying witli reflccted pnrplc' and gold The clouds, ihal on iiis western tlirone attend. TVow came still cvening on, and twiliglit gray
Mais enfin la nuit vient, et le peuple des fleurs A du soir par degrés revêtu les couleurs; Le silence la suit; les troupeaux s'assoupissent; Tous les oiseaux muets dans leurs nids se tapissent; Tous, hors le rossignol, qui, d'un ton amoureux, Répète dans la nuit ses refrains douloureux : Il chante , l'air répond, et le silence écoute. Cependant de saphirs les cieux peignent leur voûle ; Précurseur radieux des astres de la nuit. Le brillant Hespérus en pompe les conduit. Au milieu du repos, de l'ombre et du silence. D'un air majestueux leur reine enfin s'avance ; Et , versant siu- le monde une tendre clarté , De son trône d'azur jette un voile argenté.
Adam prend la parole : « O ma chère compagne ! Tu le vois, la nuit vient, el la paix l'accompagne : Par une expresse loi , se suivent tour-à-tour La nuit et le repos, le travail et le jour. Des animaux oisifs la course vagabonde , Sans rendre compte à Dieu, parcourt en paix le monde. Une autre loi conduit le roi des animaux ; Son corps et son esprit ont chacun leurs travaux ; Sa main du Créateur doit em])ellir l'ouvrage : Travailler et jouir est son noble partage. Retirons-nous : déjà sur nos yeux languissants Le sommeil vient verser ses sucs assoupissants; Demain nos doux travaux devanceront l'aurore. Ces feuillages, ces fleurs, qui, trop pressés d'éclore. De leur vaste richesse étouffent ces berceaux , Il faut en soulager ces jeunes arbrisseaux; Piéprimer leur essor, trancher sans indulgence Des jets luxuriants la stérile abondance;
Had in her sober livery ail things clad;
Coo Silence accompanied : for beasl and bird,
They to their grassy couch, thèse to their nests Were slunk, ail but the wakeful nightingale; She ail night long her araorous deseant sung; Silence was pleas'd : now glow'd the firmament With living sapphires : Hespérus , that led The starry host, rode brightest, till the moon, Rising in clouded majesty, at length , Apparent queen, unvcil'd her peerless light, And o'er the dark her silver mantle threw.
6io When Adam thus to Eve. « Fair consort, the' hour Of night, and ail things now retir'd to rest , Mind us of like repose, since God hath set Labour and rest, as day and night, to men Successive; and the timely dew of slccp, Now falling with soft shimbrous weiglit, inclines Our eye-lids : other créatures ail day long Rove idle , unemploy'd, and less nced rest; iMan hath his daily work of body' or mind Aii[)ointed, which déclares his dignity,
(■^o And the regard of heaven on ail his ways ; While olher animais unactive range.
And of their doings God takcs no accouut. To-morrow, ère frcsh morning streak the east With first apjiroach of light, we must be risen. And at our pleasant labour, to rcform Yon flowcry arbours, yonder alleys grecn , Our w.ilk at noon, with branches ovcrgrown.