‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 250 sur 411 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ces dépouilles des fleurs qui loml)ent de leurs bras, Et leurs pleurs résineux, enibarrassenl nos pas; Il faut les écarter. Cependant l'ombre obscure Nous invile au sommeil : cédons à la nalure. »

De son sexe charmant le modèle eiichanlcur, Eve alors lui répond : « O charme de mon cœur! O source de ma vie ! à loi je m'abandonne. Eh! peut-on balancer quand rÉternel ordonne? Tu te soumets à Dieu, je me soumets à toi; Voir Dieu dans mon époux est ma suprême loi : Une femme doit-elle en savoir davantage .►• C'est sa première gloire et sou plus doux partage. Oui, cher époux, dans toi je trouve tous les dons; Je ne distingue point les heures, les saisons; Avec loi tout me plaît dans la nature entière. J'aime l'aube du jour et sa douce lumière, Du réveil des oiseaux le concert matinal; J'aime à voir du soleil l'éclat oriental Colorant par degrés, de ses clartés naissantes, El nos prés el nos fleurs, et nos fruits et nos plantes. Lorsque la fraîche ondée a plu du haut des cieux , J'aime de ces bosquets l'ambre délicieux; J'aime à voir, sur le sein de la terre arrosée , L'herbe où tremblent encor les gouttes de rosée. Je rêve doucement , quand le soir de retour, Vient reposer nos yeux de l'éclat d'un beau joitr, Et lorsque , reprenant sou amoureuse veille , Le tendre rossignol enchanle mon oreille, El lorsque de ses feux, pareils au diamant, L'aslre brillant des nuils pare le firmament. Mais loul ce qui me plaît dans la nature cnlière , Les prémices du jour el sa douce lumière. Des oiseaux réveillés le concert matinal. Du soleil renaissant l'éclal oriental,

That mock oiir scaiit maHuring , and reqiiirc More liands thao ours to lop tlicir wantoii gruwlh :

63o Those blossoms aiso, aud tliose dropjiing S>"ns, That lie bestrowu , unsiglitly and unsruoolli, Ask riddance, if we lacan to tread vvitli case; Mcanwhilc, as nature wills , niglit bids us rest. «

To whom thus Eve, with pcrlcct beauty adoru'd : « My author and disposer, wbat ibou bid'st Unargued I obey; so Gnd ordains; God is ihy law, tbou mine : to kiiow no more Is woman's happiesl knowledge , and ber praise. Wilb thec conversiiig I forgct ail time ;

640 ,^11 scasons , and tlicir cbange, ail please alike. Sweet is ibe bieatli of morn, lier rising swcet, Witli charm of earliest birds; plcasant tbe sun, When first on this delightRll land he spreads His orient bcams , on berb, tree, fruit, and flower, Glistcring with dew; l'ragrant tlie fertile earlb After soit sliowcrs ; and sweet tbe coming on Of grateful evening mild; thon silcnt night With tbis lier solenui bird, and tiiis l'air nioon. And thèse tiie gcms of iicaven, her starry train :

•Jio Piiit neitbcr breath of raorn, wben sbe asccnds With charm of cajliest birds; nor rising sun On tbis deiigbtl'nl land; nor berb, fruit, flower, Glisteiing with dew; nor fragrance after showers; Nor grateful evening mild; nor silent night,

El la pluie humectant la campagne arrosée, L'herbe oîi Ireniblenl encor les gouttes de rosée. Un beau soir, des bosquets l'hôte mélodieux Le repos de la nuit, son cours silencieux, Ses innombrables feux, ses légions d'étoiles, El tous ses diamants dont elle orne ses voiles , O charme de mon cœur ! que seroient-ils sans loi ? Mais ces astres des nuils, cher époux, réponds-moi , Quel est donc leur usage .'' et lorsque tout sommeille, Dis-moi, si tu le sais, pour qui leur clarté veille. ■»

« O fdle incomparable el de l'homme et de Dieu ! Lui répond son époux , tous ces globes de feu Commençant, achevant leur route régulière. Renouvellent sans fin leur course journalière ; El Dieu de leurs clartés destine le trésor A cent peuples divers qui ne sont pas eucor. Sans eux , du monde entier lugubre souveraine , La nuit ressaisiroit son antique domaine , El , rendant an néant cet univers si beau , De la vie expirante éteindroil le flambeau. Leur flamme anime tout; ainsi que la lumière, Leur chaleur se répand sur la nalure entière, Verse son influence à tous les corps divers, Nourrit, tempère, échauffe, emliellil l'univers, El prépare en secret chaque être qu'il cnfaule A sentir du soleil l'impression puissante. Ces feux, pendant la nuit, sont })erdus pour nos yeux : Mais ce n'est pas en vain qu'ils brillent dans les cieux; El sans nous, ne crois pas que ce superbe ouvrage Manquât de spectateurs, ni l'Élernel d'hommage. La nuit comme le jour, cachés à nos regards. Des millions d'esprits errent de toutes parts ; El, sans que le repos interrompe leur veille, Des mondes lumineux contemplent la merveille.

With tbis her solemn bird , nor walk by moon. Or glitternig star-light, without tbee is swcet. But wiiereof ail night long sliiiie thèse ? for whom This glorious sight, wben sleep liath shut ail eyes? » To whom our gênerai ancestor replied :

fiCo „ Daughter of God and man , accomplish'd F.\e, Thèse bave their course to finish round tbe eartb , By morrow evening, and l'rom land to land In order, though to nations yet unborii , Mmistering light prepar'd, they set aud rise ; Lest total darkncss sbould by niglit regain lier old possession , and extinguisb life In nature and ail tbiogs, whicb thèse suit lires INot only enligbten, but with kindly beat or varions influence fomcnt and warm,

Ct» Teuiper or nourish ; or in part slicd down Their stellar virtue on ail kinds that grow On eartb, made hereby apter to receive l'erfectton l'rom tbe sun's more potent ray. Thèse then, though unbebeld in deep of night, Shine not in vain; nor think , though men were none, TIkiI lieaven would want spectators , God want praise: Millions of spiiilual créatures walk tbe earth linseen, both when we wake, and wben we sleep: AH thèse with ceaselcss praise his works behold

csu HdiIi (lay and night : how olten froiu tbe sleep Of echuing hiU ur tbickct bave we heard

PARADIS PERDU

Que de fois dans la nuit , des montagnes , des bois , L'écho nous apporta leurs séraphiques voix , Tantôt seules, tantôt en concerls réunies, Solennisant de Dieu les grandeurs infinies ! Souvent leurs escadrons, sentinelles des cieux, Dans leur ronde nocturne , à leurs postes nombreux , (Nous l'avons entendu) des harpes résonnantes Joignent l'accord divin à leurs voix ravissantes ; El , divisant la nuit par leurs célestes chœurs , Au Dieu qui les envoie ils rappellent nos cœurs. »

A ce discours succède un amoureux silence : En se donnant la main , l'un et l'autre s'avance Au berceau nuptial , berceau voluptueux Que l'Éternel lui-même avoil planté pour eux , Où la terre, épuisant ses plus pures délices. Au premier des humains prodigue ses prémices. Pour former ces lamJDris , ou voit se marier L'amarante au jasmin, et le myrte au laurier ; Tous s'unissoient en voûte, et de leur vert feuillage Sembloient avec plaisir entrelacer l'ombrage ; Mille arbustes charmants, mille buissons fleuris, De deux murs de verdure appuyoient ces lambris ; Entre eux croissent des fleurs confusément écloses, Mosaïques d'iris , de jasmin et de roses ; Enfin mille autres fleurs, l'hyacinihe azuré, L'obscure violette et le safran doré, Défiant et la pourpre, et le jaspe, et l'opale, Décoroient à l'envi la couche nuptiale.

Le quadrupède errant , l'insecte , ni l'oiseau , N'eût osé de l'hymen profaner le berceau , Tant étoil respecté le souverain du monde ! Jamais lieu si secret , retraite si profonde , Dans les champs fabuleux ne reçut autrefois Les Faunes , les Sylvains , et les nymphes des bois.

Celestial voiccs to the inidnight air.

Sole, or respousive each to othcr's note, Singiug llieir great Creator ! oft in baiids Wliile they keep watch , or niglitly rounding walk , Witli lieaveoly touch of instniuieutal souiids 1q full hannooic nuinbcr joiii'd , iheir songs Divide ihe night, and lift our thoughts to heaven. « Tlius talking, hand in hand along they pass'd

(>[)" On to their blissful bower; it was a place Chos'n by ihe sovran planter, wlicn lie frara'd AU things to man's deliglitful use; the roof Of thickcst covert was inwovcn shade, Laurel and rayrtie, and what higher grew Of firra and fragrant Icaf : on eithcr side Acanthus , and each odorous busliy shrub , Fcnc'd up the verdant wall; each bcautcous flower, Iris ail hues, roses, and jessamine, liear'd high their flourish'd headsbelwcen, and wrought

700 Mosaic; uoder foot the violet.

Crocus , and hyacinth , with rich inlay Broider'd the grouud , more colour'd than witli stone Of costlicst eniblem : other créature hère, Bird, beast, iosect, or worin, durst enter uone, Such was their awe of inan. In shadier bowcr More sacred aod sequester'd, thongh but feign'd, Pan or Sylvanus never slept, Dor nyniph, Nor Faunus haunicd.

Là , tous deux vont s'unir ; de sa main virginale

Eve elle-même orna la couche conjugale.

Dans ce jour fortuné , de ses jours le plus doux ,

Où l'ange de l'hymen à son heureux époux

Conduisit par la main sa brillante conquête,

Où tout le ciel en chicur en célébra la fête.

De guirlandes de fleurs , de parfums précieux ,

Elle-même embauma l'abri mystérieux.

Là, des roses pour lit, pour témoin la nature,

La beauté fut sa dot , la pudeur sa parure ;

Sa chaste nudité l'emljcllissoit encor.

Celle à qui tous les dieux ouvrirent leur trésor,

La Pandore des Grecs ne fut point son égale ;

Ah ! puisse-t-elle au monde être un jour moins fatale !

Là, tous deux arrêtés, ils adorent tous deux Le Dieu qui fit les airs , et la terre et les cieux , Et l'astre de la nuit , et les globes sans nombre Dont la voûte étoilée étincelle dans l'ombre : « Grand Dieu! tu fis la nuit, tu fis aussi le jour. Témoin de nos travaux dans cet heureux séjour , Doux travaux que partage un couple qui l'adore. Et que le tendre amour lui rend plus doux encore ! Nous les devons à toi ces délices du cœur, Cet amour innocent, ta plus chère faveur. Nous aimer, le bénir, sont notre bien suprême. Nous te devons ces lieux embellis par toi-même : Trop féconds pour nous seuls , trop grands pour nos be- Leur sol manque de bras , leur beau té de témoins ; [ soins , El de tant de bienfaits l'abondance est perdue. Mais tu nous las promis : dans leur vaste étendue. D'autres humains un jour , fruit de nos doux liens, Ainsi que nos travaux , partageront nos biens : '

Tous , joints au grand concert de la reconnoissance , Béniront ta boulé, chanteront ta puissance,

Hère , in close recess , Wilh flowers, garlands, and sweet-smelling herbs,

710 Espoused Eve deck'd first her nuptial bed ; And heavcnlv quires the hymensean sung, Wliat day the génial angel to our sire Brought her, in naked beauty more adorn'd, More lovely, than Paodora, whoin the gods Endow'd wilh ail their gifts, and O too like In sad event, when to the' unwiser son Of Japhet brought by Hermès, she cnsnar'd Mankind with her fair looks, to be aveng'd On him who had stole Jove's authentic fire.

720 Thus, at tJieir shady lodge arriv'd, both stood, Both turn'd, and under open sky ador'd The God that inade both sky, air, earth , and beaveu , Which they bcheld, the moon's respleiident globe. And slarry pôle : « Thou also niad'st fhe night, Maker Omnipotent ! and thou the day, Wliich we, in our appointed work cmploy'd , Havc finish'd, hnppy in our mutual help And mutual love, the crown of ail our bliss Ordain'd by thee , and ihis delieious place

730 ï'op us too large, where thy abundance wants Partakers, and uncropt falls to the ground. But thou hast promis'd frora us two a race To fin the earth , who sliall with us extol Thy goodncss infinité, botli when wc wake.

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