‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 253 sur 411 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Satan n'est point troublé par ces mots menaçants; Une rage nouvelle enflamme tous ses sens : « Qui ? toi ! toi , me saisir ! loi , me charger d'entraves ! Audacieux enfant ! sais-tu bien qui tu braves ? Va, je t'apprête un coup plus pesant que mes fers. Que ces portes d'airain , barrières des enfers ; C'est pour loi désormais que sont faits les supplices. Oui, quand ton Dieu lui-même, assemblaut ses milices. Sur nous feroit gronder son foudre menaçant ; Quand tous vous seriez joints à ce Dieu si puissant, Vous qui, portant son joug, esclaves fiers de l'être, En pompe sur son char promenez voire maître ; Tremblez! » Il dit : la rage enflamme ses regards. Satan est investi d'une forêt de dards : D'épis bien moins nombreux les gucrets se hérissent , Quand sur leurs vagues d'or les vents fougueux frémissent, Et que, muet d'effroi, leur maitre suit des yeux Sa récolte incertaine et son espoir douteux. Pareil au mont Alhos, terrible, inébranlable, L'affreux Satan prépare un choc épouvantable. Eden auroit péri, les cieux auroient tremblé, El du monde naissant l'édifice eût croulé; Mais d'un combat fatal craignant la violence, Dieu saisit et suspend la célesle balance Qu'en son cours annuel le soleil voit encor. Le jour qu'il créa tout , c'est dans ses bassins d'or Qu'il pesa l'air, les flots , la masse de la terre ; Maintenant , aux mortels lorsqu'il permet la guerre, C'est là qu'il pèse encor de ses puissantes mains Le destin des combats et celui des humains. D'un côté c'est Satan , de l'autre c'est l'archange :

And seal thee so , as henceforth not to scorn The facile gâtes of bcll, too slightly barr'd. »

So tiireatcn'd he ; but Satan to no tlireats Gave beed , but waxing more in rage replied :

97" ■< Tben, when I ara tby captive , talk of ciiains, Proud liraitary cherub ! but ère ihen Far beavier load tbyself expect to feel Frora my prevailing ann, though lieaven's kiug Ride on tliy wings, and ihou with tby compecrs, Us'd to ihe yoke, draw'st bis triiiinpbant wiicels In progiess îhrougli tbe road of heaven, star-pav'd. » Wliile tiius he spake, tbe' angelic squadron bright Turn'd ficry red , sharpcniug in mooncd borns Their phalanx ; and bcgan to hem him round

9^5 With portcd spears, as ibick as when a field Of Ceres, ripe for barvest, waving bends Her bcarded giove of ears, wliich way tbe wind Sways tliem; tbe carelul plowman doubting stands. Lest on tbe thrcsbing-floor bis hopeful shcaves Prove chaff. On tbe' otlicr side, Satan, alarra'd, Coliecting ail his migbt, dilated stood, Like Teuciiff or Atlas, unremov'd :

His stature reacb'd tbe sky, and ou bis crest Sat borror pliuned ; nor wanted in liis grasp

990 What sccm'd both spear and sbield. Now dieadful deeds Migbt bave en^ucd, nor only paradise In this commotion, but tbe starry cope Of heaven perhaps, or ail tbe éléments At Icast bad gone to wrack, disturb'd and torn W illi violence of lliis conflirt, bad not soon

Égaux un seul Instant, tout-à-coup le sort change; L'esprit infernal monte, et l'ange redescend. Gabriel l'aperçoit , et d'un ton menaçant :

« Vois là-haut notre arrêt, et de l'un et de l'autre Son pouvoir a jugé; de lui seul vient le nôtre : Son ordre impérieux termine nos combats. Perfide ! j'aurois pu , de ce terrible bras , Abattre un révolté, fouler aux pieds sa tête; Mais le ciel a parlé , ma colère s'arrête ; Toi, crains de la braver; lève les yeux, et vois Combien ta destinée est légère de poids. » Satan regarde : il voit la terrible balance L'emporter dans les airs, et dicter sa sentence; En murmurant de rage aussitôt il s'enfuit, Et la nuit ténébreuse en silence le suit.

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