LIVRE V
Tous ces astres brillants que ton regard efface Sont autant d'yeux ouverts pour admirer ta grâce »
« Je nie lève , pensant rcconnoilrc ta voix ; Mais je te cherche en vain ; je m'égp.re : je crois Errer dans un désert; solilaire, éperdue, Soudain l'arbre interdit se présente à ma vue Phis charmant que jamais à mon œil enchanté. Tandis que de ses nuits j'admire la beauté, A ses pieds j'aperçois, ô surprise nouvelle! Un être qui n'a rien d'une forme mortelle. Ses ailes, son éclat , rappellent à mes yeux Ces esprits ([ui vers nous viennent du liant des cieux ; Ses beaux cheveux floltoieiH, et leurs tresses humides Distilloient l'anibrosie en diamants liquides. Il fixe, comme moi, l'arbre qui me séduit ;
— « O bel arbre , dit-il , surchargé de ton fruit, N'esl-il donc aucun être, en ces riants hospices. Dont la main te soulage et goûte les délices ? Pas un dieu ? pas un homme ? Ainsi , perdant son prix , La science divine est l'objet du mépris , Peul-êlre de l'envie! Et quel injuste niailre Garde ainsi pour lui seul les trésors qu'il fait naîlrc ? Redoute qui voudra la rigueur de sa loi , Ses arrèls menaçants ne peuvent rien sur moi. Cet arbre est-il en vain placé dans ce bocage ? Puisqu'il m'offre ses fruits, j'en saurai faire usage. " Il dit, étend vers lui son bras audacieux. Cueille son fruit , l'admire , et le goûte à mes yeux. Son discours, son forfait, d'épouvante nie glace. Lui, tressaillant de joie et redoublant d'audace : — « O fruit divin , dit-il , loi qu'un ordre jaloux , Irritant mes désirs, rend encore plus doux. Pour des dieux, je le crois, le ciel t'avoit fait naiire ;
Attracted by Ihy beaiity, stiil to gaze.
«I rose as at tliy call, but lound thce not : To find thce I directed thcn ray walk;
''" And 011, mellioiight, alone I pass'd throiigh wavs Thaï brought me on a siidden to the trec Of iiUerdicted kiiowledge : fair it seera'd, Miuli fairer to my faocy tlian by dav : And, as I wondoring look'd , beside it stood One shap'd and wing'd like one of (hose frora heaven By us oft seen; bis de«y locks distill'd Anibrosia; on ibat tree ho aiso gaz'd :
— 'And, Of air plant, (said he) witli fruit surcharg'd, Dcigns none to case thy load, and taste thy swccls;
•« Nor God, nor man? Is knowledgc so despis'd? Or cnvy, or what réserve l'orbids to taste? Forbid wbo will , none shall frora me witbhold Longer thy offer'd good; «hy elsc set liere?' This said; hc paus'd not, but with venturous arm Hc plurk'd, he tasted; me dinip borror cliill'd, At such bold words vouch'd with a dccd so bold : But he thus, overjoy'd :— 'O fruit divine! Swcet of thyself, but luucb more sweet thus eropl, Forhidden bere, it secras, as only fit
1" For Gods, yct able to make Gods of mcn :
And why not Gods of men; since good, thc mnro Gommunicated, more abundant grows, The author not impaij-'d, but bonour'd more? Ileie, happy créature, fair angrlic F.vc !
Mais jiar lui l'iiounne aux dieux peut s'égaler peut-être. Eh ! pourquoi cet espoir seroit-il défendu ? Le bien s'accroît encor lorscpi'il est répandu , Dieu même s'enrichit , alors qu'on le partage ; Et plus on en jouit, plus on lui rend hommage. Tiens donc, charmant objet, prends un nouvel essor. Ton destin déjà beau peut s'embellir encor; Goûte avec moi ce fruit dont la beauté t'invite. Et puisse ton bonheur égaler Ion mérite ! Est-ce à toi d'habiter cette étroite prison ? Non, ouvTe à la pensée un plus vaste horizon; Plane dans l'empyrée, ou dans la cour suprême, .A dinise au rang des dieux , sois déesse toi-même. »
" Il dit ; et de ma bouche il appioche ce fruit : Son coloris me plait, son parfum me séduit ; R.'a bouche impaliente aussilôt le dévore. Alors de nouveaux sens en moi semblent éclore, Je me sens enlever dans l'espace des airs ; Je monte ; sous mes pieds j'admire l'univers , El sa vaste étendue, et ses pompeux spectacles; iVIais je suis à mes yeux le premier des miracles ; Je m'élonne de moi , de ce grand changemenl. Mon guide disparoît, et, plus rapidement Que je n'étois montée au séjour du tonnerre. Je redescends des cieux , et m'endors sur la lerie. Mais enfin je le vois, le prestige s'enfuit. Et le jour a chassé les erreurs de la nuit. » Eve à peine a mis fin à ce récit fidèle, Son époux lui répond , presque aussi Irisle qu'elle ;
" O ma plus douce image, ô ma chère moitié, Du trouble de ta nuit ma tendresse a pitié ; De ces objets confus l'élonnanl assemblage. De l'ange affreux du mal est peut-être l'ouvi-age ;
Partake ihuu also; happy though thou art, Happicr thou may'st bc, worthier canst not he : Taste this, and be henceforth aniong the Gods Thyself a goddcss, not to earlh confin'd. But sonietimcs in the air, as we, sometimes So Asecnd to heaven, by merit thine, and sec
What life the Gods live there, and such live thou '
« So sayiujî, hc drew nigh , aud to me licld, F.ven to my mouth, of that saine fruit, hcld part Which be had pluck'd; the picasant savourv sniell So quicken'd appetite, tliat I, raetiiought, Could not but taste. Forlhwith u[) to the cloiids \\ itli him I flew, and undorneath bcheld The carth outstretch'd immense, a prospect widc And varions. Wonderiiig at my flight and chan"e 9" To this high exaltation; suddenlv
My guide was gone, and I, methought, sunk down, And fcll asleep; but O, howglad I wak'd To lind this but a dreani! »
Thus Eve her niglit Rclated , and thus Adam answcr'd sad :
<< Best image of myself, and dearer half, The trouble of thy thoughts this niglit in sîecp Affects me equally; nor can I like This uncouth dream, of cvil sprung, I fcar; Yct evil whence ? in thee can harbour none, '°" Created pure. But know, that in the soûl Are many lesser facullics, that serve
Je le crains : cependant d'où me vient cet effroi ?
Non , le mal ne peut point habiter avec toi :
Eve, ton cœur est pur; mais apprends à connoitre
Comment nous a formes le Dieu qui nous fit naître ;
Tout eulre dans Tespril par la porte des sens :
L'imagination des objets différents
Se compose à son gré des images factices ;
Mais la raison suprême en règle les caprices,
Dicte nos jugements, décide noire choix;
La miit elle repose , elle abdique ses droits ;
Sa rivale aussitôt, capricieuse reme,
Usurpe son empire , et règne en souveraine ;
Dans les songes sur-lout, le présent, le passé,
Dans sa peinture informe au hasard retiacé,
Nos paroles, nos faits, que sans ordre elle assemble.
Présentent mille objets étonnés d'èlre ensemble.
Le mal peut approcher ou d'un homme ou d"uu dieu.
Mais son impression, chère Eve, dure peu;
Et la raison , bientôt repoussant l'imposlure ,
Laisse l'esprit sans tache, et le cœur sans souillure.
Criminelle en rêvant, vertueuse au réveil.
Chère Eve , bannis donc les terreurs du sommeil ;
Que dans tout leur éclat je puisse voir enroi'e
Tes jeux , ces yeux plus doux qu'un rayon de l'aurore .
Viens au fond de nos bois , au bord de nos ruisseaux ,
Retrouver nos plaisirs, reprendre nos travaux;
La nuit qui les suspend en accroît les délices ;
Pour loi ces jeunes fleurs enir'ouvrent leurs calices ,
Et déjà leurs boutons prodiguent au matin
Les parfiuns que le soir renferma dans leur sein. »
Adam rassiu'e ainsi son épouse tremblante. A ces tendres accents de sa voix consolante
ReasoD as chicf, ainong thèse fancy next Her office holds; of ail extcrnal things, Wliich the five watchful sensés reprcsent, She l'orms imaginations, aery sliapcs, Which reason, joining or disjoining, frames AU what we' alKrm or what deny, and call Our knowledge or opinion; tlien retires Inlo hcr private cell, when nature rests.
"o Oft in hcr absence luimlc fancy wakes To imitate hcr; but, njisjoining shapes, Wild work produccs oit, and most in dreams; ■ 111 raatching words and deeds, long past, or late. ^ Soine such rescmblances, luelhinks, I (ind Of our last cvening's talk, in this thy dreain. But with addition strange; yet be uot sad. Evil into the inind of God or man May coine and go, so unapprov'd, and Icave No spot or blâme bchind : which gives nie hope
>2» That what ia slecp thon didst abhor to dream, Waking thon uevcr wilt consent to do.
Be not dishearten'd theu , oor cloud those looks. Thaï wont to be more cheerful and serene, Than when fair raorning first smilcs on the world; And lel us to our fresh cniployracnts rise Among the groves, the fountains, and the flowers That open now their ilioicest bosom'd smells, Ucserv'd from nighl, and kcpt for thee in store. » So cheer'd be bis fair spouse, and she was cheer'd;
'3o But silently a sentie tear let fall
Elle sourit , mais laisse échapper de ses yeux Deux larmes qu'elle essuie avec ses beaux cheveux. Dans l'humide crislal de ses yeux pleins de charmes, Adam surprend encor deux précieuses larmes ; Un baiser les arrête an moment de sortir : Il recueille ces pleurs , doux fruit du repentir , Interprèles d'un cœur délicat et sublime. Qui couuoît les remords, sans connoîlre le crime. Tous deux sortent conlenis, el devant leur berceau D'abord dti jour naissant admirent le tableau.
Le soleil, sur son char demi-plongé dans l'onde, De ses feux eu glissant effleuroil notre monde, Éc'airoit l'orient, el, sur ce beau séjour Tout brillant de rosée, il préludoit au jour. Tous deux, agenouillés, à leur Dieu tutélaire Présentant de leurs vœux le tribut ordinaire. Ils chantent l'Éternel ; le ciel entend leurs chants. Libres ou mesurés, sublimes ou louchants, Qui, sans art, sans apprêt, élans sacrés de l'ame. Jusqu'au trône de Dieu montoienl en traits de flamme , Et n'avoient pas besoin, pour euchanler les cieux , Que le lulh secondât leurs sons harmonieux. Ils comnienceut ainsi :
i< Voilà donc ton ouvrage.
Dieu puissant , dont ce monde est la brillante image, Ce monde merveilleux, mais moins encor que loi ! Mou ame, en t'admirant, frémit d'un saint effroi. Ah! qui peut exprimer tes grandeurs immortelles, Toi qui, bien au-dessus des sphères éternelles, Si loin de nos regards, sièges au haut des cieux.»' Dans ce njonde sensiljle, en vain brille à nos yeux Queltpie foible rajon de ta divine essence,
From either eyc, and wip'd thera with her liair; Two other precions drops that ready stood, Each in their crystal sltiice, he ère they fcll Kiss'd, as the gracions sigiis of sweet remorse And pious awe, that fear'd to bave oflended. So ail was clear'd, and to the field ihcy baste.
But fij-st, from under sbady arborous roof Soon as they forth were corne to open sigbt Of day-spring, and the sun, who, scarce up-risen,
»4û With wbecis jet hoverinc o'er the occan-brira, Shot parallel to the' eaith bis dewy ray , Discovering in wide landskip ail the east Of paradisc and Kden's happy plains, l^owly they bow'd adoring, and began Their orisons , each morning didy paid In varions style ; for neither various style Nor boly rapture wantcd they to praise Their Maker, in lit strains pronounc'd or sung Unmeditated ; such prompt éloquence
iSo Flow'd from their lips , in prose or numerous verse, More tuneable than needed lute or barp To add more swcetness; and they thns began:
<< Thèse are thy glorious works, parent of good, Almighty! Tbine this universal frame, Thus wondrons fair; tlipelf how wondrous llien! Unspcakabic, who sil'st above thèse hcavens To us invisible, or dimiy secn In ibcse thy lowcst works; yet thèse déclare Tby goodness bcyoud thoughl, aud power divine