LIVRE V
De ta bonté sans borne ainsi que ta puissance : C'est à vous d'eu parler, vous, anges de clartés. Vous que Dieu voit toujours debout à ses côtés, Qui, dans un jour sans nuit, l'environnez sans cesse De cantiques d'amour et d'bymnes d'alcgressc. Cieux, terre, célébrez ce maître souverain, Centre de l'univers, son principe et sa fin! O toi, qui des clartés de la nuit lumineuse Te montres la dernière et la plus radieuse, Qui viens fermer leur marcbe, et places ton retour Entre la nuit mourante et le berceau du jour , Célèbre l'Éternel, dont la main fait éclore Cette tendre lueur, prémices de l'aurore!
.< Et toi, l'ame à-la-fois et l'œil de l'univers, Soit que ton char brillant sorte du sein des mers, Soit que du haut des cieux lu domines le monde, Soit que les feux mourants redescendent dans l'onde , Soleil ! toi qu'il empreint de sa vive splendeur. Dans la course éternelle, atteste sa grandeur; Cours proclamer son nom du couchant à l'aurore ; De l'aurore au couchant cours l'annoncer encore ! El toi, modeste sœur du grand asire du jour. Qui semblés le chercher, l'éviter tour-à-tour; Orbes étincelants, qui, sans changer de place, Sur votre axe enflammé tournoyez dans l'espace; El vous, globes errants, mondes harmonieux. Qui poursuivez en chœur vos cercles radieux , Célébrez le Très-Haut, votre source première, Qui du sein de la nuit fit jaillir la lumière ! Contemporains du monde, éléments fraternels, Qui rajeunissez tout dans vos jeux éternels, Dont le fécond mélange entretient ses ouvrages , Ainsi que ses travaux, variez vos hommages !
'60 Speak, ye who bcst cm tell, ye sons of liglit, Angels; for ye bchold him, and witli songs And choral symphonies, day without night, Circle his ihrone rejoicing; ye in heaven. On earth join ail ye créatures to extol llini (irst, him last, him midst, and without end. Fairest of stars, last in the train of niMit, If bctier thon belong not to the dawn, Sure pledge of day, that crowii'st the smiling morn With thy bright circlet, praise him in thy sphère,
'70 W'hile day arises, that sweet hour of prime.
<« Thou sun, of this great world both eye and son), Acknowledgc him thy greater; sound his praise In thy etcrnal course, both whcn thou climb'st, And when high noon hast gain'd, and whcn thou faU'st. Moon, that now meet'st the orient sun, now fly'st, Witli the fix'd stars, fix'd in their orb that Aies; And ye five othcr wandering fires, that raove In inystic dance not without song, rcsound His praise, who ont of darkness call'd up light.
'«0 Air, and ye éléments, the eldest birth Of nalure's womb, that in quaternion run Perpétuai circle, multiform; and mix And nourish ail things; let your ceaseless change Vary to our great Makcr still new praise. Ye mists and exhalations, that now rise From hill or streaming Iake, dusky or gray, Till the sun paint your fleecy skirts with gold ,
Nébideuses vapeurs, sombres exhalaisons.
Fils humides des lacs, des marais et des monts, Soit (pie vous abreuviez nos campagnes brûlantes , Son qu'au gié du soleil, vos couleurs éclatantes D'or, de pourpre et d'azur embellissent le ciel. Naissez, montez, tombez, et louez rÉteruel ! Célébrez l'Éternel, fiers autans, doux zéphire ! Vous tous, à qui des airs il partagea l'empire, O vents , remplissez-les du nom de votre roi ! Forêts, inclinez-vous! cèdre allier, courbe-toi! Bénissez le Seigneur, fiers torrents, sources pures; El vous, des clairs ruisseaux mélodieux murmures ! Qu'il bénisse son nom , l'oiseau vif et joyeux Qui dès le point du jour chante aux portes des cieux ! Chœurs des airs , répétez sa louange immortelle ! Qu'elle éclate en vos sons, el vole sur votre aile. Vous tous, qui voltigez-i nagez, courez, rampez, Ilotes des bois, des champs, des sommets escarpés, Ah ! quand tout s'associe à ce concert immense, Soyez, soyez témoins si je reste en silence ! Oui, le soir, le matin , à chanter ses bienfaits J'insiruis les antres sourds et les rochers muets ; J'en parle aux champs, aux monls, à la forêt profonde Salut, Etre divin! salut, mailre du njonde ! Conduis-nous, soutiens-nous; el si l'ange du mal Nous tend durant la nuit quelque piège fatal , Dissipe, Dieu puissant, tous ces faiitomis sombres, Comme je vois dans l'air s'évanouir les ombres ! »
Tel prioit l'heureux couple, et dans leur cœur charmé Bientôt est revenu le calme accoutumé.
Le matiu les raj)pelle à leur travail champêtre; A travers mille Heurs que l'aurore a fait naître Sur la fraîche rosée ils avaucenl tous deux
In honour to the world's great Author rise; Whcther to deck with clouds the' uncolour'd sky,
'9° Or wet the thirsty earth with falling showers, Rising or falling, still advance his praise. His praise, ye winds, that from four quarters blow, Brcathe soft or loud; and, wave your tops, ye pines, VVilh every plant, in sign of worship wave. Fountains, and ye that warble, as ye flow Melodious murmiu-s, warbling tune his praise. Join voices, ail ye living soûls : yc birds, That singing up to heaven-gate ascend, Bear on your wings and in your notes his praise.
'oo Ve that in waters glide, and ye that walk The earth , and stately Iread or lowly creep • Witness if 1 be silent, morn or even, To hill or valIey, fountain or fresh shade, Made vocal by ray song, and taught his praise. Hail, universal lord, be bounteous still To give us only good; and if the night Hâve gather'd aught of evil or conceal'd. Disperse it, as now light dispels the dark ! .. So pray'd thcy innocent, and to their thuughts
2'" Firm peace recover'd soon, and wonted calm. On to their morning's rural work thcy hastc, Among sweet dcws and flowers, where anv row Of fruit-trecs over-woody reach'd too far Their pamper'd boughs, and ncedcd hands to chcck Fruitless embraces : or thcy led the vine
Aux endroits où leurs fruits, leurs fleurs on ll)esoin d'eux.
Là , des p(ants trop nourris les branches vagabondes
Dan» leurs embrassomenls languissenl infécondes ;
lis répriment leur luxe : ailleurs un soin plus doux
Ilnil la jeune vigne à l'ormeau son époux;
Ses grappes sont sa dol, et sa tige ferlile
Mêle ses fruits de pourpre au feuillage stérile :
Le roi des cieux, fjui voit leur agreste labeur,
Appelle Raphaël , céleste voyageur
Qui conduisit Tobie, et des nœuds d'hyménée
A Sara sept fois veuve unit sa destinée.
« Raphaël , lui dit-il , lu sais que des enfers S'est lancé vers Éden le monarque pervers ; Que cette même nuit, poussé par la vengeance. Il a de deux cœurs purs menacé l'innocence. » Je connois ses projets : son orgueil irrité Veut perdre ces époux et leur postérité. Pars donc, choisis l'instant propice à ton message, f)ii, calme et retiré dans le fond d'un bocage, A l'aide du sommeil ou d'un simple festin, Adam respirera des travaux du matin.
El fuira du midi la chaleur importune.
Par tes soins vigilants préviens son infortune, Donne-lui de ce jour la seconde moitié ; Ami , prends avec lui l'accent de l'amitié ; Peins-lui bien ses devoirs, son bonheur, ma tendresse. De secours suffisants j'ai muni sa foiblcsse : C'est à lui d'en user : mais, libre dans ses vœux , C'est à lui de se rendi-e heureux ou malheureux. La liberté pourroit produire l'inconslauce ; Je crains que de son cœur l'aveugle confiance Dans la sécurité ne le tienne endormi.
Dis-lui tous ses dangers; dis que son ennemi,
To wcd her elni ; shc, spous'd, aboul hlra twines Her raarriageable arras, and «itli her brings Her dower, the adopted clusters, to adorii His barren leavcs. Thera thus employ'd beheld ïio Wilh pity heaveti's high lung, and to hiin call'd Piaphael, the sociable spiiit, that deign'd To travel with Tobias , and secur'd liis marriage with ibc sevcn-times-wedded iiiaid.
« Raphaël, (said he) thou hear'st what stir on earlh Satan, frora hell 'scap'd through ihe darksomc giilf, Hath rais'd in paradise; and how disturb'd This uight ihe human pair; how he designs In tlicm at ouee to ruin ail niankind. Go, thercfore, half this day as fiiend with friend »3o Converse with Adam , in what bowcr or shade Tbiiu find'st hira from the beat of noon retir'd, To respite bis day-labonr with repast.
Or with repose; and snob discourse bring on As raay advise biiu of bis bappy state, liappiness in bis power left frec to will, Lefl to bis own free will; bis will tboiigb free, Yet mutable; whence warn liim to beware He swcrvc not, too secure • tell him witha. His danger, and from whom; what eneaiy, »<>' Late fall'n liimself fiom beavcn, is plolting now The fall of others frora like state of bliss; By violence? no, for that sliall be withstood; But bv deceit and lies : this le* him know,
Satan , veut dans sa chute entraîner des complices. Qu'il brave son pouvoir, mais non ses artifices : Contre la violence il aura mon appui, Mais la séduction peut triompher de lui. De l'esprit tentateur qu'il connoisse la ruse : Averti j)ar ta voix, il sera sans excuse; Lui seul il aura fait ses crimes et ses maux. >■ Tel est l'arrêt de Dieu; Raphaël à ces mots S'incline avec respect, et déployant ses ailes, Qui défendoient ses yeux des splendeurs éternelles, Fend la presse qui s'ouvre , arrive en un instant A la porte du ciel, dont le double battant Roule sur ses gonds d'or, et, s'ouvraul de lui-même. Du divin architecte annonce l'art suprême. Il regarde ici-bas : nul astre, nuls brouillards Dans leur rapide essor n'arrêtent ses regards ; Noire lerre bornée à sa dislance énorme Des orbes lumineux lui présente la forme; Il voit du frais Éden le séjour forlunè, Dont le pompeux sommet de cèdres couronné Surpasse en majesté les plus hautes montagnes; Il le voit, tel qu'au sein des humides campagnes L'île de Jupiter ou la verle Délos, Comme un point nébuleux, se montre aux matelots. Il s'élance : de l'air il fend les vastes ondes, Nage entre les soleils, et traverse les mondes; Tantôt, sur l'aquilon rapidement porté.
File son vol égal avec agilité ; Et tantôt, frappant l'air qui s'ouvre devant elles, D'un battement rapide il agile ses ailes, Poin'suil , arrive au point de l'empire des cieux Qu'atteint de l'aigle allier l'essor ambitieux. Du peuple ailé des airs la surprise est extrême :
Lest, wilfuUy transgressing, he prétend Surprisal, unadmonish'd , iinloicwarn'd. »
So spake the' Eternal Father; and fulHU'd AH justice : uor dclay'd the wingcd saint Aller his charge recciv'd; but from among Tbousand celestial Ardors, wberc he stood
260 Veil'd with bis gorgeous wings, up springing light,
Flew through the midst of heaven; the' aiigclic quires,
Ou cach band parting, to his speed gave way
Through ail the' empyreal road; till, at the gâte
Of heaven arriv'd, the gâte self-opeu'd wide
On golden hingcs lurning, as by work
Divine the sovran architect had fram'd.
From hence no cloud , or to obstruct his sight
Star interpos'd, bowever small : he sees,
I\ot unconl'orm to other shining globes,
afio Eartb, and the gardcn of God, with cedars crown'd Above ail hills. As when by night the glass 01 Galilen, less assur'd, observes Iraagin'd lauds and régions in the moon; Or pilot. l'rora amidst the Cyclades Dclos or Samos firsl appearing, kcns A cloiidy spot. Down tbither prone in fliglit He specds, and through the vast etbcreal sky Sails between worlds and worlds, with slcady wing; Noiv on the polar wiuds. tlicn with qnick fan
27" Winnows the buxoui air; till, within soar
Of lowcring eagles, to ail the fowls be scems