LIVRE V
Il cruii voir ie phénix, père, eul'aiit lio lui-même.
Certain, dans son trépas, de l'imniorlulilé,
El le gage éternel de sa postérité,
Quand cet oiseau brillant, la merveille du monde.
Pour remettre au soleil sa dépouille féconde,
Vile aux remparts ihébains, et, content de son sort.
Trouve au même bûcher la naissance et la mort.
Tel le ministre ailé poursuivoit son voyage.
Enfin il voit d'Eden le fortuné bocage : Là s'arrête son vol; il s'abat, il descend Sur les riants coteaux que voit le jour naissant ; Là, tout brillant de gloire, et rajonnanl de joit-, n redevient lui-même; il revêt, il déploie Six ailes, de son titre attribut éclatant; Il agile dans l'air leur plumage flottant; De leur brillant duvet sortent des étincelles, El les parfums du ciel s'exhalent autour d'elles. A peine il l'aperçoil, le bataillon divin. Sentinelle assidue aux portes du jardin , S'incline avec respect, et salue avec joie Le messager ailé que l'Éternel envoie : Il traverse leur camp, il arrive en ces bois Oîi, dans l'air embaumé , s'exhalent à-la-fois L'ambre, l'encens, le nard, la myrrhe la plus pure, Riche profusion des dons de la nature, De la nature heureuse et fraîche et vierge encor. A sa jeune vigueur elle donne l'essor.
Et sans art, sans apprêt, dans ses libres caprices, De son premier printemps prodigue les délices.
Tandis qu'il Iraversoiî ces bois délicieux, Seul , loin de son berceau , jetant au loin les yeu\ , Adam le voit venir; alors l'astre du monde
A phœnix, gaz'd by ail, as lliat sole bird , When, to enshrine liis reliques in tlic sun's Briglit temple, to Egyptlan Tliebes lie Aies.
At once on thc' castcrn clilî of paradise He lights, and to his proper sliapc rctiirns A scrapli wing'd : six wings he wore, to shade His linéaments divine; the pair that clad Each shoiilder broad, came raantling o'er his brcist
2B0 Wilh régal ornament; the middie pair
Girt like a starry zone his waist, and round Skirted his loiiis and lliighs wilh downy gold And colours dipt in hcaven; the third his fect Shadow'd from either hcel with feather'd mail , Sky-tinclnr'd grain. Like Maia's son he stood, And shook his plumes, that hcavenly fragrance Hil'd Thc circuit widc. Straiglit knew hira ail the bauds Of angels undcr watcli ; and to his state. And to his message high, iu honour rise;
'90 For on some message high thcy guess'd bim bouud. Thcir glittering tents he pass'd; and now is corne Into the ))lissful ficld, through grovcs of nivrrh. And flowcring odours, cassia, nard, and balm; A wilderncss of sweets; for nature hère Wanton'd as in lier prime, and play'd at will Her virgin fancics, pouring fortli more swect, Wild above riile or art, enorinous bliss.
Hiin through the spicy forest onward conie Adam discern'd, as in tiie door lie sat
'°° Of lus cool bower, wbile now the mounted sun
Dans les flancs de la terre et les gouffres de l'onde Dardoit ses Irails bridants; Eve, au fond du bosquet, Rangeoit les mets choisis pour leur simple banquet , Les délices des fruits, le nectar du laitage; Et des raisins ambrés exprimoii le breuvage.
« Accours, chère Eve, accours! dit Adam; j'aperçoi'» Un illustre étranger s'avançant dans nos bois; Il vient de l'orient : quel éclat le décore ! Dans l'ardeur du midi je crois revoir l'aurore ; C'est, je n'en doute point, un envoyé de Dieu : Puisse l'hôte divin honorer ce beau lieu! Va, ne perds point de temps; dans ces riants hospices, Des fruits gardés par toi qu'il goûte les délices ; Traitons-le avec honneur; chère épouse, rendons A qui nous donne tout, une part de ses dons. Vois quels biens la nature ici nous abandonne : Plus nous lui demandons, et plus elle nous doiuic ; Le fruit succède au fruit : à peine ces fruits d'or A nos heureuses mains ont livré leur trésor, Sa libérale main bientôt les renouvelle : Ah! soyons généreux et prodigues comme elle. >■ — « O toi, que Dieu forma du limon le plus pui-, Lui répond son épouse : ici plus d'un fruit mûi-. Des diverses saisons renaissante largesse. Pendant à ces rameaux , prodigue sa richesse ; Je n'ai donc réservé de ces nombreux bienfaits Que ces fruits pleins d'aigreur qui naissent irapaii'iiils, Et qui, mis en dépôt par une main soigneuse. Acquièrent par le temps leur douceur savoureuse. Mais je pars , et je cours choisir dans ce verger Ce qui peut le mieiLX plaire au céleste étranger. Le melon succulent et la poire fondante ;
Shot down direct his fcrvid rays to warm
Earth's iumost womb, more warmth than Adam nirds ,
And Eve within, due at her hour prepar'd
For dianer savoury fruits, of taste to please
True appetile, and not disrclisb tliirst
Of neclarous draughts between , from miiky streain ,
Borry or grape : to wliom thus Adam call'd :
« Ilaste hithcr, Eve, and worth thy siglit behold Eastward among those trees, what glorious shape
310 Cornes this way inoving; seems anotlier morn
Ris'n on mid-noon ; some great beliest from heavcii To us perhaps he brings , and will vouchsale This day to be our gnest. But go with spced , And, v^hat thy stores eontain, bring fortli; and pour Abundancc, fit to honour and reccive Our heavenly stranger : well may we afford Our givers their own gifls, and large bestow From large beslow'd, where nature multiplies lier fertile growth; and by disburdcniog grows
3'o More fruilful, which instructs us not to spare. » To whom^thus Eve :
« Adam, earth's hallow'd aïonlif Of God inspir'd ! small store will serve, where store. Ail sea'ons, ripe for use hangs on the staik; Save what by frugal storing (îrmness gains To nourish, and superduous raoist consumes : But 1 will haste, and from each bougli and brake, l'.acli plant and juicicst gourd, will pluek sut h ohoicc To entcrtain our angcl-guest, as he
PARADIS PERDU
En voyant de nos fruits la 1-écolle abondante, Que l'ange les admire, et convienne à nos yeux Que la terre est ici la rivale des cieux. »
Elle dit, va choisir dans la nature entière Tout ce qui peut orner sa table hospitalière, Veut que l'œil et le goiU soient llatics à-la-fois; Que les mets assortis se suivent avec choix , Et, croissant de saveur et de déiiralesse. De la fa m languissante excileni la paresse. Soudain, comme l'abeille ardente à son butin. Elle part : elle enlève au verger, au jardin , Les fruits les plus parfaits, tout ce que donne au monde La terre, heureuse mère et nourrice féconde. Tous ces dons, maintenant épars dans l'univers, Offroient dans ce lieu seul tous les climats divers. Ce que fournil le Pont et que l'Afrique étale. Les trésors que mûrit la rive orientale , Les fruits de l'occident, et ceux qu'en ses jardins Alcinoiis soignoit de ses royales mains. Ici resplendit l'or, ailleurs la pourpre éclate; L'un offre le duvet de sa peau délicate. L'autre est couvert décaille ou hérissé de dards : Charmes de l'odorat , et charmes des regards , Chacun brigue sa place, et le goût la décide. Les fruits amoncelés montent en pyramide : Eve d'un œil content voit sa riche moisson , Kxprinie de la grappe une douce boisson ; Par l'innocent nectar la joie est éveillée. L'amande , de sa peau par ses mains dépouillée , (;hange son suc exquis en lait délicieux ; Sa douceur plaît au goût , et sa blancheur aux yeux. Tous les vases sont piu's, la nature les donne; Et la reitae des fleurs , la rose , les couronne.
lîebolding shall confess, tliat hère oa earth 33o God hatli dispens'd iiis bnuiitlL'S as in lioaven. » So saying, witli dispatchl'ul looks in haste She turns, on hospitabic tiiougbt^ intcnt Wbat cboice to cboose for delicary best, What order , so contitved as not to mix Tastes, iiot well joiu'd inélégant, but briiig Taste after taste uplield with kindliest change; Bestirs ber then , and frnni each tender stalk Whatever earth, all-bearing niotber, yiclds In India East or West, or luiddlc shorc ïi" In Pontus or the Punie coast, or wbere Alcinous ifigu'd; fruit of ail kinds, in coat lîough, or smooth rind, or bcarded husk, or sbcll, She gatbers , tribnte large, and on tbt^ board llcaps with unsparing hand : for diink the grape She crusbes, inoriensive lunst, and nieathe From niany a berry, and l'roin swect kernels press'd She tempers dulrct orcams : nor tbcsc to bold Wants ber fit vcssels puie; tben strows the ground With rose and odouis fiom the shrub unfum'd. 3io Meanwhilc our primitive great sire, to meet
His god-likc guest, walks foilh, witbout more train
Actompanicd than with bis own complète
Peifections; in himsclf was ail his state,
More solcmn tban the tedious pomp that waits
On princes, when thtir ricb rctinnc long,
Of herses led , and grooms besmear'd with gokl ,
Adam vole au-devant de son hôle divin.
Il n'a point sur ses pas tout ce cortège vain Dont s'entoure en marchant la majesté terrible De ces rois dont l'orgueil, au peuple inaccessible, De l'éclat de leur or, du faste de leurs chars , Tient dans un jour de pompe éblouir les regards. Libre de ces flalteurs dont la cour les assiège, Le calme est sa grandeiu-, les vertus son cortège. L'hote céleste arrive : Adam plein de respect, Soimiis , mais confiant , s'incline à son aspect : « Prince des cieux, dit-il, car ta forme divine A décelé d'abord ton illustre origine , Puisque, laissant pour nous ton trône glorieux, Tu voulus bien descendre en ces terrestres lieux, Fais plus encor pour nous : sous ce berceau liaïuiuille, Avec nous aujourd'hui partage cet asile, Jus(|u'à l'heure où le jour amortira ses traits : Goûte en paix ces beaux fruits et ces ombrages frais. Nous sommes seuls ici , mais notre divin maiire Daigna nous accorder ce domaine champêtre ; Là nos voix s'uniront pour bèuir sa bonté. »
L'archange lui répond : « Cet asile enchanté , Ces Ilotes valent bien qu'un ange les visite. Sous ce riant berceau que la fraicheur habite, Je veux bien du soleil attendre le déclin. »
Il dit : du toit champêtre ils prennent le chemin; Lieu charmant, dont les fleurs enlacent le feuillage, Blmbaumè de parfums, et couronné d'ombrage. Simple, et joignant la grâce à la simplicité, Eve les attendoit, Eve dont la beauté.
Quand Paris décida de la pomme fatale, aiême auprès de Vénus n'eûi point eu de rivale. Aimable d'innocence et belle de candeur,
Dazzles the crowd , and sets tbcm ail agapc. Ncarer his présence Adam, thongh not aw'd, Vct with submiss approaeh and révérence meek sfi" As to a siipcrior nature bowing low,
Thus said : <■ Native of bcaveii, for odier place ^one can than heavcn such glorious sliape contain ; Since, by desccoding from ihc thrones above, Those happy places, thou hast deign'd a wlide To want, and honour thèse, vouchsaCe with us Two onlv, who yet by sovran gilt possess This spacious ground, in yondcr shady bowcr To rest; and what the garden choiccst bears To sit and taste , till this meridian beat ■■'70 Be over, and the sun more cool décline. »
NVbom thus the angclic virtuc answer'd raild. <■ Adam, 1 thereforc came; nor art thou such Creatcd, or such place hast hère to dwell. As raay not oft invite, thongh spirits of heavcn, To visit ihee : lead on dien wbere ihy bower O'crshades; for thèse mid-hours, till cvening rise, 1 bave at wil). »
So to the sylvan lodge They came, that Uke Pomona's arbour sniil'd, With flowcrets deck'd, and flagrant smclls; but Eve, '" (îndeck'd, save with herself, more lovcly fair Tban wood-nymph, or the fairesl goddess l'cign'd or thrce that in mount Ida nakcd sliove, Stood to' entcitain hcr guest fi om heavcn ; no vcd