LIVRE V
Le spectacle change;int de la pompe des cicux ) , Le soir, un doux bancpiet , baiu|Hct digne des anges , En cercle rcnnil les célestes phalanges : L'odoranle amhrosie emplit des vases d'or; Des vins d'un cru céleste épanchent leur trésor; Et dans le diamant , où leur liqueur ruisselle , En liquides rubis le neclar étincelle.
Tous , la coupe à la main , de fleurs environnés , Etendus sur des fleurs, et de fleurs couronnés, Au banquet fraternel où leur roi les convie. Boivent l'amour, la joie, el l'élernelle vie : Le plaisir sans excès est prodigué pour eux : De leur félicité Dieu lui-même est heureux. Enfin du mont divin , d'où part le jour et l'ombre , Le crépuscule jelte une leinle plus sombre; Voile foible et léger, qui dans ce beau séjour Laisse encore à la nuit quelques restes du jour : Le doux sommeil revient; déjà notre paupicre Se mouille des vapeurs de son aile légère; Tous les yeux, hors celui qui veille incessamment, Tout prêts à se fermer, s'ouvrent languissammenl. Au pied du mont sacré règne une vaste plaine Que la terre aplalie égaleroit à peine : Tout le camp se disperse, et ses nomi^reux drapeaux Du fleuve de la vie ont ombragé les eaux : De riches pavillons et de superbes tentes Soudain oui déployé leurs couleurs éclalantes ; Tout s'endori, loul se livre aux douceurs du repos, Caressé du zéphyr et bercé par les (lois. Quel(jues-uns seulement, nocturnes sentinelles, Pour célébrer de Dieu les grandeurs éleruelles , Veillent près de son Irone ; et leurs voix tour-à-tour
Wc oiirs for change délectable, not need;) •j^o Forthwith from dance to swecl repast tliey tiiru Desuoiis; ail in circles as thcy stood. Tables are set, and on a siidden pil'd Witli angels' food, and ruhied nectar (lows In peail , in diamond, and inassy gold. Fruit of delieious vines, tlie growtli of lieaven. On flowers repos'd, and with IVesli flowerets crown'd , They eat, lliey diink, and in coniiuunioQ svvcet Qua'f iniinortality and joy, sccure Of surfeit, wliere fnll incasnre only bounds <'''>" Excess, before the' ail bounleons King, wlio siiowcr'd With copions hand, rejoicing in tlieir joy. INow wlicn ambrosial niglit with clonds cxhal'd From that high niount of God, wlience liglu and sliade Spring both , tlie face of brightest heaven had cliang'd To graleful twillght, (for night cornes not tliere In darker veil) and roseat dews dispos'd AU but the unsiceping eycs of God to rcst; Wide over ail the plain, and widcr far Than ail this glubons earth in plain ontspread , 6^0 (Such are the courts of (jod) the angelie thron", Dispers'd in bands and files, tlieir camp extend liy living streams among the trees of lil'e, Pavillons nuniberless, and sudden rear'd, Celestial tabernacles, where they slept Fann'd with eool winds ; save those , who , in iheir couisc, Melodioiis hymns abont the sovran tluone Mternate ail nifrht Ions;.
Se répondent en chœur, chantant l'hymne d'amour.
" Le superbe Satan (c'est le nom qu'on lui doiuie Depuis qu'il a perdu sa céleste couronne; Son premier nom n'est plus prononcé devant Dieu ), Satan veilloil aussi, mais contre le saint lieu. Favori du Très-Haul , contre un fils qu'il abhorre Sa jalouse fm-eur en secret le dévore; Ce (ils, cet héritier du sccpire paternel. Son règne proclamé dans ce jour solennel , Importunent son cœur; et sa haine insensée Par ces honneurs nouveaux croit sa gloire éclipsée : De là ses fiers dépits et ses hardis complots. Tandis que tout se tait et se livre au repos. Il prétend, dans la nuit, entraîner à sa suite Les lâches déserteurs, compagnons de sa fuite; El , de leur cœur fidèle infâme subornem-. Laisser sou Dieu sans culte, et son roi sans honneur. Au premier après lui le perfide s'adresse. Et lenle par ces mois sa crédule foiblesse :
« Tu dors , cher compagnon ! mais sais-tu quel réveil Va bientôt succéder à ce lâche sommeil .•' Cher compagnon , tu dors ! perds-tu donc la mémoire De ce décret récent, fatal à noire gloire .? Je t'ai cru mon ami; dans plus d'un entrelien, Je t'épanchai mon cœur et lu m'ouvris le lien : Mille fois, tu le sais, je partageai tes veilles; Quand je veille pour toi , c'est donc toi qui sommeilles ! Lin maiire nous soumet à de nouvelles lois; Un zèle tout nouveau doit mainlenir nos droits : l'en dire plus ici seroil une imprudence. Toi, rassemble les chefs soumis à ma puissance; Dis-leur qu'avant le joiu', par l'ordre exprès de Dieu,
But not so wak'd Satan; (so call him now, his former narac Is lieard no more in heaven); hc of the firsl,
660 jf iiot the first arcli-angel, great in power, In favour and pre-cniinence, yet fraught With envy' against the son of God, that day llonour'd by his great Father, and proelaim'd Messiab King aiioinled, could not bear Tbroiigh pride that sight, and thonght himself impair'd. Deep malice thence conceiving and disdain, Soon as mid night brougbt on the duskv houp Fricndiiest to sicep and silence, he rcsolv'd With ail his légions to dislodge, and leave
C?» l'nworshipt, unobey'd, the ihronc suprême, Contcmptuous; and his next subordinate Awakcning, thus to bim in secret spake :
« Sleep'st thou, companion dear? What sIcep can close 'l'Iiv cye-lids? and reiuember'st what decrec Of yesterday, so late hath pass'd the li()s Of heaven's AIraigbty ? Thou to me tby thoughts Wast wont, I mine to tbec was wont, to' impart; Both v^aking we were one ; how then can now Thy sieep dissent? New laws thou seest impos'd;
C80 [\ew laws from bim who reigns, new minds niay raise In us who serve, new counsels, to debate What doubtful may ensue : more iu this place To utter is not safe. Assemble thou Of ail those niyiiads «hieh we Icad the cliief; Tell tbcm, that by commaud, eie yet dim nighl
PARA.DIS PERDU
Avec tous mes drapeaux je dois quiller ce lieu, Conduire au camp du nord les chefs que je commando. Je (;ours y préparer les honneurs qu'on demande Pour ce fils du Très-Haut, qui doit , le sceptre en main, Montrer aux légions leur nouveau souverain : Demain commencera sa marche triomphante.
Pars. »
■ — Le chef, égaré par sa voix séduisante , En reçoit dans son cœur le philtre insidieux , Transmet de chef en chef cet ordre factieux : .< Avant le jour, dit-il, l'enseigne impériale Doit partir de ces lieux ; la pompe triomphale Du nouveau souverain commande ce départ. -> Dans des mots ambigus sa voix jette avec art Des semences d'envie et des germes de haine ; 11 ébranle de l'un la constance incertaine. Corrompt la foi de l'autre, et donne le signal. Tout se range à l'instant sous son drapeau royal : Tant sur les cœurs soumis exercent de puissance Le grand nom de Satan , ses honneurs , sa vaillance , Ce front plus radieux que l'astre qui du jour A la nuit étoiiée annonce le retour.
Ce brillant Lucifer, dont le nom reste encore A ce chef qui l'usurpe et qui le déshonore ! Sa ruse enfin séduit ses crédules soldais , Et le tiers de l'armée a marché sur ses pas. [Is volent, et la nuit sert leur fuite coupable. Cependant ce pouvoir dont l'œil inévitable, De son regard perçant lit jusqu'au fond des cœurs , Du haut du mont sacré brillant de ses splendeurs ,
Où brûlent dans la nuit des lampes éternelles, A vu sans leurs secoiu's ces trames criminelles , Ses décrets méconnus, tout le nord révolté. Et déjà l'orient de ligues infesté.
Aussitôt à son fils, avec un doux sourire, Il adresse ces mots :
— « Appui de mon empiii».
Toi dans qui le Très-Haut resplendit tout entier. Toi, de mon trône antique éternel héritier, Il est temps d'assurer notre toute-puissance ! Tu vois jusqu'où du nord s'emporte la licence : Pour fonder son pouvoir, Salan combat le mien ; Au-dessus de mon trône il veut placer le sien.
i Levons-nous, armons-nous contre le téméraire; Défendons mes honneurs , mes droits, mon sanctuaire, De mes élus chéris le séjour fortuné ,
I El la montagne sainte où je t'ai couronné. " « Alors calme, serein, et rayonnant de gloire. Comme un triomphateur au sein de la victoire, Son fils lui répondit : — « Que ton juste dédain Se rit avec raison d'un ennemi si vain ! Pour moi sa haine m'ouvre une illustre carrière : Il saura si ce bras sait mettre une barrière Aux complots insolents de ces vils factieux , Et si c'est à ton fils de fléchir devant eux. » « Il dit : et cependant des légions rebelles Le chef vole, emporté sur ses rapides ailes : Ses guerriers l'ont suivi, mille fois plus nombreux Que les flots de la mer ou les astres des cieux , Le matin, sur les fleurs ou les feuilles humides.
Her shadovyy clouds witlidraws, I am to hasle. And ail who under rae tlicir banners wave, Honieward, witli flying iiiarch , wheie we possess The quarteis of the nortli ; there to prépare
C90 Fit cuterlainment to receive our Kitig,
The great Mcssiah, and his new coinmauds, Wlio spccdilv ihrongh ail the hierarciiies Intends to pass triumphant, and give laws. »
— Se spake tlie false arch-angel, and infus'd Bad influence into the' unwary breast Of his associate : he togethcr calls , Or several one by one, the rcgeut powers, Cnder him regeut; tells, as he was taiight, That the Most High commanding, now ère nigîi!,
700 [vjow ère dim night had disincuraber'd heaven, The great hierarchal standard was to move; Tells llie snggested cause, and casts hctween Anibignoiis words and jealousies, to Sound Or taint integrity : but ail obey'd The wontcd signal, and superior votée Of their greal Potentate; for great indeed His name, and high was his degrcc in lieaven; His conntenance, as the raorning-star that guides The starry flock, allur'd them, and with lies
710 Drew aftcr him the third part ot heavcn's host. Meanwhile the eternal eye , whosc sight discerns Abstrusest thoughts, from forth his holy raount. And frora within the golden lamps that buro ISightly bcfore him, saw wilhout theii- llght Rébellion rising ; saw in whom , how spread Amon^ the sons of morn, what multitudes
VVere banded to oppose his high decree; And, smiling, to his only son thus said.
— « Sou, thou in whom my glory I beliold
710 In full resplendence, hcir of ail my might, IS'early it now concerns us to bc sure Of our omnipotence, and with what arms We mean to hold what anciently we claim Of dcity or empire : such a foe Is rising, who intends to' cicct his thronc Kqual to ours, throughout the spacious nnrlli ; Nor so content, halh in his thonght to try In battle, what our power is, or our riglit. Let us advisc, and to this hazard draw
73û With speed what force is left, and ail eraph)v In our dcfcnce ; lest unawarcs we lose This our high place, our sanctuary, our hill. ..
« To whom the son with calm aspect and ckrH-, Lightning divine, ineffable, serene, Made auswer : — « Mighty Father, thou thv foes Justly hast in dérision, and, secure, Laugli'st at their vain designs and turaults vain, Mattcr to me of glory, whom their hâte Illustrâtes, when they sce ail rcgal power
740 Given me to quell their pride, and in event Know whether I be dextrous to subdue Thv rebcis, or be found the worst in heaven. »
« So spake the son ; but Satan , with his powers , Far was advanc'd on winged spccd ; an host Innnmcrablc ;is tlie stars of uiglit.
Or stars of morning, dcw-drops , which the sun Impearls on every leaf and every flower.