‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 276 sur 411 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

C'est apprendre à l'aimer, qu'apprendre à le connoîlre.

Nos cœurs lui sont voués, et ses heureux sujets

Lui doivent un amour égal à ses l)ienfails.

Toi donc, puisque, sensible au bonheur de ma race,

De ton doux entretien tu m'accordes la grâce.

Parle, achève, et découvre à nos terrestres sens

Des mystères pour nous non moins intéressants :

Dis quel art a des cieux com'bé l'immense voùle;

Quels feux si loin de nous suivent en paix leur roule;

Oii s'arrèie l'espace à nos yeux étendu ;

Comment un air fluide, en tous lieux répandu,

Embrasse doucement de sa molle ceinture

Et la terre-,- et le ciel, et loule la nature;

Pourcpioi le Créateur, sorti d'un long repos,

A lait jaillir enfin le monde du chaos;

Quel jour il a créé ces brillantes nierseilles.

Parle, si Dieu consent qu'à nos foiblcs oi cilles

Parvieinient ces récils. De mes yeux indiscrets

Je ne viens point sonder ses augustes décrets;

Mais, pour mieux l'honorer, mon cieur brûle d'apprendre

Ce qu'il permet de voir, ce qu'il permet d'entendre.

'< Le soleil a rempli la moitié de son tour, L'aulre est encore à nous; et quand l'orbe du jour Seroit prêt, à nos yeux, d'éteindre sa lumière, Ce grand astre, à la voix prolongeant sa carrière, Pour toi s'arréleroit sur le li'ône des airs, T'écouteroit conter ces prodiges divers, Dire quel jour, ouvrant sa marche solennelle, Lui-même il s'élonna de sa clarté nouvelle; Mais, si la nuit survient, à les charmants discours, Aon, non, les cieux muets ne resteront pas sourds;

For wliicli lo thc' infiiiitcly Good \ve owc linmorla! tliauks, aiid liis adiiioiiislinictit Rcccivc, «itli so'.cnin |nir|)osc- to observe huiimlablv liis sovraii «ill, llic ciid

^- or "liai «e are. Ijiil sinec tlioii liast vouelisarj Cenllv, lor oiir iiisliiielion, to iiii|)ail rliiiigs aiiovc eartlily tlioiiglit, (wliieli ycl coiicci'n'd Onr knowiiig, s lo liiglicsl wisdom sccni'd,) Peigii lo descend nuw lowcr, and relaie (Wlial inay no jcss, perliajis, avail us known,) IIow firsl began tliis lieaven wbicli wc beliold Dislanl so liigii, wilb moving (ires adorii'd Innumerablc ; and lliis which yields or (ills AU space, llie aiubicnl air widc iutcrriis'd

9° Embracing round tliis florid cartb ; whal cause Mov'd llic Creator, in bis lioly resl Througli ail ctornitv, so laie lo build lu cliaos; and ihe work begun, bow soon Absolv'd; il' unl'orbid ibou may'sl unfold Wliat we, uol lo explore ibe seercLs ask or bis elerual cni|)iÈC, but llie iiiorc To magnify liis works, Ibe niorc «c know.

« Aud Ibe greal ligbl of day yel wanls lo lun Mueb olbis race, ibougli sle('[i; suspetisc iii beavcji,

'00 lleld by liiy voicc, lliy polenl voicc, lie licars. Aud longer will dclay lo bcar lliee tell Mis gcneralion, aud llie risiug birlb Of nature froiii llie unappareut deep : Or if thc star of eveniug and llie iiioon liasle lo Iby audience, niglil willi lier «111 briug

Le silence prendra du plaisir à l'entendie ; Le repos sur nos yeux tardera de descendre; Et, forcé par tes sons d'interrompre ses lois, Le sommeil veillera pour écouler ta voix; Et nous, nous jouirons, jusqu'à ce que l'auroi'e Se lève, et te renvoie à ce Dieu que j'adore. »

« Eh bien ! mon cœur se rend à tes modestes vœux. Mais comment te parler du monarque des cieux ! Sa gloire accable l'homme; à chanter ses louanges A peine sulTiroit la voix même des anges. Mais tant que je le puis, autant que je le doi, Ces mystères des cieux vont s'ouvrir devant loi; Tu sauras ce que Dieu permet que je révèle; Dans la brillanle nuit de sa gloii-e élernelle Le reste est sous son voile, et lepose à jamais Dans l'ombre impénétrable où dorment ses secrets : Lui seul se voit lui-même, et demeure invisible. N'espère point franchir celte borne invincible : La terre, sans sonder les mystères des cieux. Offre un champ assez vaste à ton œil curieux. De même que le corps, l'ame a sa nourriture; iMais dans leurs aliments tous deux ont leur mesure. L'usage est salutaire, et l'abus dangereux.

" Enlends-moi donc : après que l'ange léiicbreux (Lucifer fut son nom, quand sa splendeur première Surpassoil en éclat les anges de lumière. Ainsi que le soleil, au céleste séjour, Éclipse, en se montrant, les astres de sa cour). Quand Satan, par son nom s'il faut (|ue je l'appelle, Dans sa chute entraînant tout un peuple rebelle, Fut tombé dans le gouffre, au séjour paternel

SilcDce; and siecp, listcning to lliec, will watcii; Or wc eau bid bis absence, lill thv song End, aud disiwiss lliee ère ihe morniiig sliinc. » "Tbus Adam bis illuslrious gucst bcsoiighl;

iif: And llms llie godlike angel answer'd iiiild : << Tliis aiso ibv request , «ilb caution ask'd, Oblaiii; ihougb to recounl aluiigbly works Wlial words or longue of serapli can suffice. Or liearl of iiian suffice lo coinprebend ? Yel wlial tliou causl altain, wliieli best n:av serve To gloril'y llic Maker, aud infer Tbee aIso lia()|)ier, sliall nol bc wilbbeld Tiiv bcaring; sucli eouimission fioin abovc 1 bave rcceiv'd, lo answer lliy désire

'20 Of knowledge williin boiiuds; beyond, abstaiii 'l'o ask; uor Ici lliine own inventions bope Tliings nol reveal'd, wliiili llie' invisiiile kiiig, Onlv oinniscieiit, liatli supprcss'd in uigbl; 'l'o uone coiuiijuuicable iu earlli or lieavcn : Enougli is lell bcsiiies lo searcli aud know. Bill kiiowlcdgc is as food , aud necds no less lier tempérance over appetile, lo know lu incasure wlial llic iiiind uiay wcll contaiu; Oppresses cise witb surfeil, and soon Inrns

'3u Wisdom to follv, as iioiirisbmenl lo wind.

« Kuow llieu , thaï, aller Ijiciler froiii lieavcu (So eall liini, brigliter once aniidst ibe liost Of angels, llian ibal slar llic stars aiuong,) Fell wilb bis flaniing légions ibrnugb ihe deep Into bis jilacc, aud tlic grcat Son rcliirn'J

PARADIS PERDU

Remonta tiioiiiphaiU le fils de l'Éternel,

Au milieu des parfums , des chants et des loiiauges.

Alors , comptant du ciel les nombreuses phalanges :

« Tu vois, dit le Très-Haut à son auguste fils, Quel salaire ont reçu tous ces fiers ennemis : Ils croy oient, attaquant la montagne où je tonne. Usurper mon empire et ravir ma couronne; Leur audace est trompée, et leurs vœux sont déçus; Le ciel qui les vomit ne les recevra plus. Mais la plus grande part me demeura fidèle ; Leur foule habile eucor sa pali'ie éternelle; Et Dieu ne manque pas de cœurs obéissants, Ma cour d'adorateurs, ni mes autels d'encens. Cependant l'ennemi pourroit , fier de nos perles , Croire qu'il a laissé ces demeures désertes : De mes mains va sorlir un nouvel univers ; D'un seul couple y naîtront mille peuples divers ; Ses heureux habitants y vivront jusqu'à l'heure Où leur foi s'ouvrira ma célcsle demeure. Ensemble s'allieront d'indissolubles nœuds L'élernilé, le temps, et la terre et les cieux. Moi, je serai de tous le monarque et le père. Vous , les premiers sujets de mon règne prospère , Triomphtileurs heureux d'un ennemi jaloux , Jouissez de vos droits , tout le ciel est à vous. Toi, mon unique enfant, mon verbe, mon image, C'est par toi que je veux accomplir mon ouvrage ; Va, parle, et qu'il soit fait; moi-même dans ton sein Je verserai mon ame et mon pouvoir divin. Plane sur le chaos, finis sa vieille guerre; Va , sépare d'un mot et le ciel et la terre :

Victorioas with liis saints, the' Omnipotent

Eternal Fatber from his throne beheld

Thcir multitude, aud to liis son tlius spake : —

' At least our cnvious foe hath fail'd, wlio thougbt

»V3 AU like himself rebellious, by wbose aid Tliis inaccessible bigh streogth, the seat Of deity suprême, us dispossess'd, Hc trusted to bave sciz'd, and into fraud Drew many, whora tbeir place knows bere no caore : Yct far tbe greater part bave kept, 1 see, Tbeir station; bcaven, yet pupulous, rctains Number sulficicut to possess lier realuis, Tbough wide, aud tliis bigb temple to IVequeut Witb ministerics due, aud solemu rites :

>i>o But, lest bis beart exall bim in tbe liann Already done, to bave dispeopled bcaven, My damage fondly deera'd, 1 oan repair Tliat dctiiiiient, if sucb it be to lose, Sell-losl : and m a moment will create Another world , out of one man a race Of meo innumerable, there to dwell, ISot bere; till, by degrees of merit rais'd, They open to tbemselves at lengtb the way []p hither, under long obédience tried :

iCo And eartb be cbang'd to bcaven , and beaven to earlb , One kingdom, joy and union without end. Meanwbile inbabit lax, ye powcis of beaven; And thou , my word, bcgottcn Son, by thee This 1 perform; speak t'»ou, and be it doue; Mv ovcrshadowing spirit and might with thee

L'abîme de l'espace éloit illimité;

Mais je le remplissois de mon immensité.

Je suis; rien n'est sans moi; seul de tout je dispose,

Produis, détruis, refais, agis ou me repose;

Donne au hasard des lois , à la puissance un frein ;

Et mes commandements sont l'arrêt du destin. »

« Il dit : le père ordonne, et le fils exécute : L'éclair dans son essor, le torrent dans sa chute. Du temps, du mouvement le cours précipité, N'égalent point sa force et sa rapidité. Ce qu'il ordonne est fait. Mais par quelles images Peindre à tes foibles yeux ses sublimes ouvrages ? A peine a retenti sa souvei-aine loi.

Tout le ciel en triomphe applaudit à son roi :

« Gloire soit au Très-Haut , au souverain du monde ! Gloire au Dieu dont l'amour descend, couve et féconde Les germes des vivants qui doivent naître un jour ! Puisse la douce paix habiter leur séjour ! Gloire au Dieu dont la main protégea l'innocence, El bannit de sa cour la rebelle insolence , Au Dieu qui fait des maux une source de biens ! Par lui, d'un ciel plus beau plus dignes cito}ens, Aux Irônes d'où sa main renversa les rebelles. Bientôt viendront s'asseoir des serviteurs fidèles : Il prépare dtja , dans leurs berceaux obscurs , Les siècles à venir et les mondes futurs. »

'< Ils chantoienl: cependant le grand œuvre commence. Dieu vient; il vient armé de la toute-puissance, La majesté rayonne en son regard divin; A ses traits la sagesse, au front calme et serein, ûléle son doux éclat , l'amour sa vive flanmie ;

I send along; ride forth, and bid the deep

Widiin appointed bouuds be heaveu and carth ;

Boundicss tbe deep, because I am wbo fill

lulînitude, nor vacuous the space; i7'> Tbough I, uncircurascrib'd myself, retire

Aud put not l'ortb my goodness , wbicb is Irce

'l'o act or not; necesslty and chance

Approaeb not me, and wbat I will is fate. '

« So spake tbe' Almighty, aud to whal hc spake

liis Word, the filial godbead, gave elîect.

Immédiate are tbe acts of God, more swifl

Than time or motion; but to buman ears

Cannot without process of speech be told,

So told as eartbiy notion can receive.

iSo Grcat triumpb and rejoicing was in beaven,

Whea sucb was beard declar'd the' Almighty's will ; ' Glory, they sung, to tbe Most High! good will

To future men, and in tbeir dwellings peace !

Glory to him , wbose just avenging ire

Has driven out tbe' ungodly from his sight

And the' habitations of the just; to him

Glory aud praise ! wbose wisdom had ordain'd

Good out of evil to create; instead

Of spirits malign , a better race le bring 'ao Into tbeir vacant room, and tbence diffuse

His good to worlds and âges infinité. '

« So sang tbe hiérarchies; — meanwbile , the Son

On bis great expédition now appear'd,

Girt wilh Omnipotence, wilh radiance crown'd

Of raajesty divine : sapience and love

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