LIVRE IX
El Dieu même , et la morl dont il nous épouvante ? Le remède du mal, c'est vous, céleste plante, C'est vous, arbre divin, c'est voire aimable fruit Dont la beauté me plaîl , dont l'odeur me séduit , Dont le palais chérit la douceur savoureuse , Et ([ui répand dans l'ame une lumière heureuse ! Allons, plus de délais, cueillons ce fruit charmant. Du corps et de l'esprit immortel aliment. »
Elle dit, et soudain, ô forfait lamentable! Sur le fruit tentateur porte une main coupable, Le saisit , le dévore. A peine il est cueilli , D'épouvante et d'horreur la terre a tressailli. La nature en ressent la blessure profonde, Et marque par son deuil la ruine du monde. L'adroit serpent s'enfuit, et dans les antres creux Va cacher, en rampant, son triomphe honteux. Mais Eve avec transport admire sa conquête, Et de ce jour affreux se fait un jour de fête. Jamais aucun des fruits, trésors de ces beaux lieux , Ne lui parut si doux ni si délicieux; Soit que de son nectar la saveur délectable Eût rempli tous ses sens d'un plaisir véritable; Ou soit que du savoir l'impatiente ardeur Eût séduit sa raison, eût abusé son cœnr; Et que d'un rang divin la perfide promesse Flattât de son orgueil l'ambitieuse ivresse.
Elle revient à l'arbre, hélas ! et ne sait pas Que l'arbre du savoir est celui du trépas. Enfui , dans les transports où son ame se noie, Ivre de ce doux suc , et d'espoir, et de joie :
" Arbre divin, dit-elle, arbre trop ignoré, Non, Dieu n'a pas en vain produit ton fi-uit sacré; Cependant de tes biens l'abondance perdue A les bras dédaignés demeuroit suspendue.
Under tbis ignorance of good and evil ,
Of God or death, of law or penalty?
Hère grows tlie cure of ail, tins fruit divine,
Fair to the eye, inviting lo tlie laste,
Of virtue to make wise. What hinders tlien
To reach, and feed at once botli bodv' and raind?"
So saying, her rasb hand in cvil liour Fortb reacbing to tbe fruit, slie pluck'd, she eal! Earth felt tbe wound; and nature from ber seat, Sigliiug ibrough ail ber works, gave signs of woe. Tbat ail was lost. Baek to tbe tliicket sluok The guilty serpent; and well migbt; for Eve, Intent now wholiy on ber taste, nought else Regarded; sueb deliglit till tben, as seem'd. In Iruit she never tasted, wbetber true Or fancicd so , tbrough expectation liigb Of knowledge; nor was godhead from ber thougbt.
Greedily sbe' ingorg'd without restraint. And knew not eating dealb. Satiate at lenglb And beigbten'd as witb wine, jocund and boon , Thus to berself sbe pleasingly began :
"O sovran, virtuous, precious of ail trecs In paradise! of opération blest To sapience, bitherto obscur'd, infam'd.
And tby fair fruit let bang, as to no end Crcated; but bencefortli iny early care, ^ Not wilbout song, eacb inorning, and due praisc,
Mais, j'en jure le ciel : de leurs riches fardeaux ,
Chaque jour me verra soulager tes rameaux,
Jusqu'à ce que ta douce et sainte nourriture
M'ait fait des immortels partager la nature.
D'un trésor qu'ils n'ont pas, les dieux semblent jaloux :
Ah ! s'il éloil leur bien , seroit-il parmi nous .■'
Et toi , ma bienfaitrice, utile expérience,
Salut ! je te dois tout , je te dois la science :
Je l'ignorai long-temps; tu parus, et par loi
La porte de son temple est ouverte pour moi.
« Peut-être aussi ( du ciel la distance est extrême ) Aux yeux des immortels j'échappe ici moi-même : Ils ne peuvent d'en-haut nous apercevoir tous; Peut-être aussi que Dieu, ce surveillant jaloux. Laissant à d'autres yeux cette pénible tâche , D'une-longue rigueur un moment se relâche , Et s'occupe de soins plus pressants ou plus doux. Mais comment retourner ? que dire à mon époux ? Dois-je lui révéler ma fortune nouvelle, Partager avec lui le sort d'une immortelle , Ou garder pour moi seule un bien si précieux ? Alors ce qu'à mon sexe ont refusé les cieux Est compensé sans doute; alors, et je l'espère, Au cœur de mon époux je deviendrai plus chère. Eve aura moins souvent besoin de son appui; Je pourrai quelquefois marcher égale à lui , Prétendre aux mêmes droits, et peut-être à l'empire. Que dis-je .►■ quels pensers un fol orgueil m'inspire ! Qui ? moi désobéir ! Cher époux, est-ce à moi D'oublier un respect dont tout me fait la loi; D'oublier mon devoir.^ Ah ! si Dieu, notre maître, Voyoil Eve coupable, Eve cesseroit d'être; Et si je n'élois pas , ô regret ! ô douleur ! Une autre Eve viendroit consoler ton malbem-.
Sball tend fbee, and tbe fertile burden ease Of tby fuli brancbes offer'd free to ail ; Till, dieted by tbee, 1 grow mature In knowledge, as tbe gods, wbo ail tbings know ; Tbough others envy wbat tbey cannot give : For, bad tbe gift been tbeirs, it bad not hère Tbus grown. Expérience, next, to thee 1 owe, Best guide; not followiog tbee, I bad rcraain'd In ignorance; tbou open'st wisdom's way
8'" And giv'st aceess, tbough secret sbe retire.
"And I perhaps a:n secret: heaven is high, High, and reniote tp see from ibence distinct Eacli thing ou earth ; and other care perbaps May bave diverted from conlinual watcb Our great forbidder, safe witb ail bis spies About bim. But to Adam in wbat sort Sball I appear? shall I to bim make known As yet my change, and give bim to partake Full bappiuess witb me; or rather not,
S20 But keep tbe odds of knowledge in my powe Without copartner? so to add wbat wanls In female sex, tbe more to draw bis love. And render me more eqiial; and perbaps, A tliing not undesirable, sometime Superior; for, inferior, wbo is free?
Tbis raay be well : but wbat if God bave And death ensue ! tben 1 shall be no more!
PARADIS PERDU
C'en est fait , cher époux ; partage avec la femme La joie, et, s'il en est, les peines de mon ame; Adam est mou bonheur, Adam est tout pour moi : Cher Adam, tous les maux me sont chers avec toi : Absent, tu manques seul à mon ame ravie; Oui , si je perds Adam , que je perde la vie ! »
Alors , après avoir rendu grâce à genoux A cet arbre, à ces fruits qui lui semblent si doux , Ou plutôt à celui que son cœur s'imagine L'auleur de ces beaux fruits, de leur vertu divine. Elle part. Son époux, impatient d'amour, Avec empressement attendoit son retour.
Il avoit, pour orner sa belle chevelure. Enlacé mille fleurs, doux prix de sa culture î Sur son trône champêtre, ainsi de ses festons La rose pare encor la reine des moissons. Quels plaisirs se promet son ame impatiente ! Combien ils seront chers , embellis par l'attente ! Cependant, de ses maux sinistre avant-coureur. Je ne sais quel effroi trouble en secret son cœur; Il ne se contient plus, il marche au-devaut d'elle; Il part, prend le chemin que son cœur lui rappelle, Ce chemin du bosquet où , la suivant des yeux , Par un tendre regard il lui fit ses adieux. Eve dans ce moment quilloit l'arbre funeste ; Au lieu des instruments de son labeur agreste, O douleur ! dans ses mains il voit les pommes d'or. Et la branche oîi pendoit ce perfide trésor : L'air en est embaumé. Brûlant d'impatience» Eve hâte ses pas; cl , s'excusaut d'avance, De loin son doux sourire et son tendre regard Demandent les premiers pardon de son retard , Puis, d'un accent plus doux qu'un ruisseau qui murmure:
« Cher époux, que te voir, dit-elle, me rassure!
And Adam, weddcd to anotlier Eve, Shall livc with lier enjoying, I cxtinct;
8^"^ A death to thiuk! confinii'd then I résolve, Adam shall sliare with me in bliss or woe: So dear I love him , that wilh him ail deallis I could endure, without him livx, no life. »
So saying, from thc trce her stcp she turn'd; But first low révérence donc, as to Ihe power That dwclt within, whose présence had iufiis'd Into the plant seiential sap, deriv'd From nectar, drink of gods. Adam the while, Waiting désirons her retuin , l)fid wove
âio 01 choicest flowers a garland, to adorn lier tresses, and her rural labours crown; As reapers oit are wont their harvest-queeu. Great joy lie promis'd to his tlioughts, aud ne* Solace in her return , so long delay'd : Yet oft his heart, divine of something ill, Misgave him : he the falteriiig measure l'elt. And forth to meet her went, the way she took That morn when first they parted : by the trec Of knowledge he must pass; there he her met,
"^f' Scarcc IVom the tree returning: in her hand A bough of fairest fruit, that downy smil'd, New gathcr'd, and ainbrosial sraell diflus'd. To him she hasted; in her face excuse Came prologue, and apology too prompt .-
Mes délais n'onl-ils pas affligé ion amour ?
Ah ! que le mien vers loi devauçoit mon retour !
Que le temps paroit long à la tendresse absente!
Que mon ame a souffert, loin de toi languissante!
Dès ce jour, c'en est fait , je ne le quille pas ;
Je vivrai sous tes yeux , marcherai sur les pas ;
Me préserve le ciel d'abandonner encore
L'ami qui me protège, et l'époux que j'adore!
Il m'en a trop coiilé. Mais apprends quel hasard,
Ou plutôt quel prodige, a causé mon relard :
Cet arbre qu'on nous peint comme fatal au monde,
Non, il n'esl point du mal l'origine féconde,
Non, crois-moi; ce beau fruit, qu'on dit pernicieux,
Illumine notre ame et nous ouvre les cieux :
Le serpent l'éprouva. Soit erreur, soil audace,
Malgré l'arrêt de mort dont le ciel nous menace,
Il a goûlé ce fruit : loin de subir la mort ,
Ce reptile ennobli s'applaudit de son sort.
Né sans voix , sans raison , il parle ; et la science
Elève son instinct à notre inlelligcnce.
Sur la foi du succès j'ai suivi son conseil;
J'ai fait la même épreuve , et l'effet est pareil.
Mes yeux sont plus perçants , ma raison plus hardie ;
Devant moi des objets la scène est agrandie.
Mon cœur est plein d'espoir, mon esprit plein de feu.
Mes pensers sont d'un ange, et mes destins d'un Dieu.
Cher époux! j'ai pour toi cherché ces avantages :
Mes plaisirs les plus doux sont ceux que lu partages.
Avec loi le bonheur a des charmes plus doux ;
El puis-je rien aimer que n'aime mon époux !
Prends cette pomme, Adam, pour loi je l'ai cueillie ;
Ainsi que même attrait, que même sort nous lie:
De biens et de penchants douce conformité !
Ces destins si brillants, celte immorlahlé,
Which, with bland words al will, she thus address'd :
« Hast thou not wonder'd, Adam, at my stay ? Tlice 1 bave miss'd, and thought it long, depriv'd Thy présence; agony of love till now Not felt, nor shall be twice; for never more
£6° Mean I to try, what rash untried I sougbt,
The pain of absence l'rom thy sight. But strange Hafh been the cause, and vvonderfui to hear : This trec is not, as we are told, a tree Of danger tasted, nor to evil unknown Opening the way, but of divine effect To open eycs, and niake ihcm gods who taste; Aud liath been tasted such ; the serpent wise , Or not restrain'd as we, or not obcying, Hath eaten of the fruit; and is become,
870 Not dead, as we are threaten'd, but thencefortli Endued with human voice and huinan sensé Reasoning to admiration; and with me Persuasivcly hath so prevail'd, that I Hâve also tasted, and hâve aiso found Thc' eflects to correspond; opener mine eyes. Dira erst; dilated spirits, ainpler heart. And growing up to godhead; which for thee Chiefly I sougbt, without thee can despisc. For bliss, as thou hast part, to me is bliss;
28" Tedious, unsbar'd with thee, and odious soon. Thou tbcrefore also t;iste, that equal lot